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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2108646

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108646

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBOUKHELOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 1er juillet 2021 et 22 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Boukheloua, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 mars 2021 par lequel la maire de Châtillon l'a nommée sur les fonctions de chargée de mission en charge de la déontologie, la décision en date du 4 mars 2021 l'informant et motivant cette affectation et la décision du 26 avril 2021 par laquelle la même maire a rejeté son recours gracieux formé le 17 avril 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Châtillon la somme de 2 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa nomination du 3 mars 2021 est intervenue sans que la procédure préalable de publicité de vacance de son poste n'ait été respectée, en méconnaissance de l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- sa mutation du 3 mars 2021 n'a pas été prise dans l'intérêt du service faute de respect d'un délai raisonnable ;

- cette mutation n'a pas été prise dans l'intérêt du service mais en considération de sa personne et de sa supposée insuffisance professionnelle sans que les droits de la défense n'aient été respectés dès lors qu'elle n'a pas reçu communication de son dossier préalablement à la décision de mutation ;

- si sa mutation était justifiée par une réorganisation du service, elle aurait dû être précédée par la consultation du comité technique, en application de l'article 32 de loi du 26 janvier 1984, ce qui n'a pas été le cas ;

- l'arrêté du 3 mars 2021 est entaché d'un vice de forme car le numéro de l'arrêté est erroné ;

- l'arrêté du 3 mars 2021 est entaché d'un défaut de motivation ;

- elle ne pouvait pas être nommée sur le poste de chargée de mission en charge de la déontologie, cette mission de référent déontologique créée par l'article L. 124-2 du code général de la fonction publique étant obligatoirement dévolue au centre de gestion en application des articles L. 452-38 7°et L. 452-39 2° du même code ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur d'appréciation puisque le poste sur lequel elle a été nommée n'existait pas au moment de sa nomination ; cette nomination pour ordre était dès lors nulle et non avenue ;

- sa nomination sur le poste de chargée de mission en charge de la déontologie est dépourvue de base légale puisqu'il s'agit d'un poste non permanent destiné à être pourvu par un agent contractuel ;

- les décisions contestées sont entachées d'erreur de droit puisque Mme B n'a pas été reclassée dans un poste relevant de son grade, en méconnaissance de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 ;

- les décisions attaquées constituent un détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 13 juin 2023 et 9 août 2024, la commune de Châtillon, représentée par Me Beguin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué constitue une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours contentieux, les conclusions à fin d'annulation de la requête sont donc irrecevables ;

- les dispositions de l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984 ne s'appliquent pas en cas de mutation interne, l'absence de cette formalité n'ayant au demeurant privé Mme B d'aucune garantie ;

- la nomination de Mme B, en date du 3 mars 2021, au poste de chargée de mission en charge de la déontologie ne constitue pas une nomination pour ordre et n'est pas davantage dépourvue de base légale puisque le poste a été créé par délibération du 3 février 2021, la délibération du 14 avril 2021 n'ayant pour objet que de pérenniser ce poste ;

- le poste de chargée de mission en charge de la déontologie correspond au grade d'attaché principal territorial de Mme B ;

-la nomination de Mme B ne constitue pas un détournement de pouvoir.

Par un courrier du 17 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article L. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation, dès lors que l'arrêté du 3 mars 2021, qui porte sur l'affectation d'un agent public sur un poste à la suite de la fin de son détachement sur emploi fonctionnel, constitue une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours contentieux.

Par ordonnance du 13 août 2024, la clôture d'instruction, initialement fixée au 12 août 2024, a été reportée au 26 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 22 avril 1905 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°87-1101 du 30 décembre 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Courtois, rapporteure,

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B, ainsi que de Me Beguin, représentant la commune de Châtillon.

Une note en délibéré, présentée par Mme B, a été enregistrée le 25 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée par la commune de Châtillon le 18 mai 1987 en qualité de stagiaire avant d'être titularisée sur le grade d'attachée territoriale. Le 1er janvier 1990, elle a été nommée sur l'emploi fonctionnel de directeur général adjoint des services de la commune de Châtillon. Par décision du 4 janvier 2021, la maire de la commune de Châtillon a informé Mme B de la fin de son détachement sur ce poste à compter du 1er mars 2021, de sa réintégration à compter de cette même date au grade d'attachée principale classée au dixième échelon et lui a proposé le poste de responsable du service de la commande publique au sein de la commune de Châtillon, poste sur lequel elle a été nommée par arrêté du 15 février 2021. Puis, par un arrêté du 3 mars 2021 et un courrier du 4 mars 2021, Mme B a été informée qu'elle était affectée dans l'intérêt du service à compter du 4 mars 2021 au poste de chargée de mission en charge de la déontologie au sein de la commune de Châtillon. Par une décision du 26 avril 2021, la maire a rejeté son recours gracieux contre ces décisions. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 3 mars 2021, du courrier du 4 mars 2021 et de la décision du 26 avril 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Châtillon :

2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir ou refusant de modifier leur affectation, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.

3. La commune de Châtillon soutient que l'affectation de Mme B sur le poste de chargée de mission en charge de la déontologie constitue une mesure d'ordre intérieur dès lors que cette affectation fait immédiatement suite à la décision de fin de son détachement et dès lors qu'elle ne lui fait pas grief, Mme B ayant conservé le bénéfice de ses primes. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'après son détachement auquel il a été mis fin par une décision du 4 janvier 2021, Mme B a tout d'abord été affectée, par arrêté du 15 février 2021, sur le poste de responsable de la commande publique puis, par arrêté du 3 mars 2021, sur le poste de chargée de mission en charge de la déontologie. A supposer même que cette mutation n'ait eu aucune incidence financière pour Mme B, ce qui n'est pas établi, il ressort des pièces du dossier, en tout état de cause, qu'elle a emporté une perte de responsabilité puisque le poste de chargée de mission en charge de la déontologie ne comporte aucun encadrement, contrairement au poste de responsable de la commande publique. Par suite, les décisions attaquées ne constituent pas de simples mesures d'ordre intérieur et les conclusions à fin d'annulation à leur encontre sont recevables. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Châtillon en défense doit dès lors être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'existence d'une décision prise dans l'intérêt du service :

S'agissant de la nature de la décision prise par l'arrêté du 3 mars 2021 :

4. Mme B soutient que sa mutation a été prise en considération de sa personne et doit être regardée comme sanctionnant son insuffisance professionnelle sur le poste de responsable de la commande publique sur lequel elle avait été initialement affectée. Pourtant, il ressort des pièces du dossier que, si Mme B a été affectée, par arrêté du 15 février 2021, sur le poste de responsable de la commande publique, le directeur général des services de la commune de Châtillon ainsi que sa directrice générale adjointe ont constaté que cette affectation induisait une perte de responsabilité injustifiée de la collègue de Mme B alors en charge des missions dévolues à ce poste, ce qui provoquait en outre un malaise des agents encadrés par cette collègue. Ils ont ainsi décidé, " après analyse des besoins et des moyens associés " et afin de garantir le bon fonctionnement du service, d'affecter Mme B sur le poste de chargée de mission en charge de la déontologie. La commune de Châtillon fait à cet égard valoir l'existence d'un contexte sensible pour la commune s'agissant de la commande publique à la suite de la mise en examen de l'ancien maire et alors qu'un audit de la chambre régionale des comptes était en cours. Cette commune fait également valoir qu'en qualité de responsable de la commande publique, Mme B aurait été la supérieure hiérarchique de son futur gendre, agent de ce service. Dans ces conditions, Mme B, qui ne saurait utilement se prévaloir de ce que sa mutation a été réalisée dans un délai bref, n'est pas fondée à soutenir que sa mutation a été prise en considération de sa personne et non pas exclusivement dans l'intérêt du service.

S'agissant de l'existence d'un détournement de pouvoir :

5. Mme B soutient que les décisions attaquées sont entachées de détournement de pouvoir dès lors qu'elles n'ont pas été prises dans l'intérêt du service mais aux fins de lui nuire, de la mettre à l'écart et de l'humilier en l'affectant sur un poste inexistant et sans consistance. Elle soutient aussi que le poste de responsable du service de la commande publique ne lui a finalement pas été attribué en raison du manque de souplesse qui lui aurait été reproché, de son insuffisance professionnelle et de son refus d'antidater un bon de commande dans le cadre d'un marché public arrivé à échéance. Elle se prévaut également de ce que l'adjointe de la maire de la commune de Châtillon est l'élue qui a effectué en 2014 le signalement au procureur de la République concernant la passation des marchés publics de la commune à la suite duquel elle a été auditionnée par les services de police. Toutefois, la requérante ne produit aucune pièce de nature à établir que les décisions attaquées auraient été prises dans l'intention de lui nuire ou de l'humilier, ou pour sanctionner une insuffisance professionnelle, ni qu'il lui aurait été demandé d'antidater un bon de commande. Dans ces conditions et dès lors qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'affectation de Mme B sur le poste de chargée de mission en charge de la déontologie créé par délibération du 3 février 2021 a été prise dans l'intérêt du service, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées sont entachées de détournement de pouvoir. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens de légalité externe soulevés à l'encontre de l'arrêté du 3 mars 2021 :

6. Si Mme B soutient que l'arrêté attaqué du 3 mars 2021 encourt l'annulation car il porte un numéro erroné, cette circonstance, qui relève d'une erreur de plume, n'a pas d'incidence sur la légalité. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. Mme B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure au motif que sa mutation aurait dû être précédée de la consultation du comité social territorial. Aux termes de l'article 33 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa version applicable au présent litige, " Les comités techniques sont consultés pour avis sur les questions relatives : 1° A l'organisation et au fonctionnement des services () ". Si cette consultation est en effet requise en cas de réorganisation des services, de restructuration substantielle du service ou à la suite d'une suppression d'emploi, il ressort des pièces du dossier que la nouvelle affectation de Mme B sur le poste de chargée de mission en charge de la déontologie avait justement pour effet de ne pas réorganiser les services. Dès lors, la consultation du comité social territorial n'était pas requise. Par suite le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le moyen tiré de ce que l'arrêté du 3 mars 2021 a été pris en méconnaissance de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 qui prescrit qu'un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, doit dès lors être écarté.

9. Mme B soutient également que son changement d'affectation est intervenu en méconnaissance de l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale. Toutefois, les dispositions de cet article, dans sa version applicable au litige, aux termes desquels " Lorsqu'un emploi permanent est créé ou devient vacant, l'autorité territoriale en informe le centre de gestion compétent qui assure la publicité de cette création ou de cette vacance, à l'exception des emplois susceptibles d'être pourvus exclusivement par voie d'avancement de grade ", ne s'appliquent pas à l'administration dans le cas où elle prononce une mutation dans l'intérêt du service comme c'est le cas en l'espèce, ainsi qu'il a été dit précédemment. En tout état de cause, Mme B, qui a été affectée sur ledit poste, n'a été privée d'aucune garantie par l'absence de publication de la vacance du poste sur lequel elle a été mutée, cette absence n'ayant en outre exercé aucune influence sur la décision de la nommer sur cet emploi. Par suite, le moyen tiré de l'absence de publication d'un avis de vacance d'emploi doit être écarté comme inopérant.

10. Dès lors, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, qu'il a été pris dans l'intérêt du service, l'arrêté attaqué n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et ce moyen doit également être écarté.

En ce qui concerne la nomination de Mme B sur les fonctions de chargée de mission en charge de la déontologie :

S'agissant de l'existence d'une nomination pour ordre :

11. Aux termes de l'alinéa 3 de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige, " Toute nomination ou toute promotion dans un grade qui n'intervient pas exclusivement en vue de pourvoir à un emploi vacant et de permettre à son bénéficiaire d'exercer les fonctions correspondantes est nulle () ".

12. Mme B soutient que sa nomination au poste de chargée de mission en charge de la déontologie constitue une nomination pour ordre. Toutefois, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, dès le 8 décembre 2020, l'organigramme de la commune de Châtillon faisait apparaître le poste de référent déontologue et que la délibération du 3 février 2021 a créé un emploi non permanent de catégorie A, au grade d'attaché principal, à temps complet, pour la mise en place des outils nécessaires afin de garantir la connaissance et le respect des règles de déontologie, ayant vocation à être pourvu par un agent contractuel. Il ressort encore des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que la maire de Châtillon a décidé, par arrêté du 3 mars 2021, d'affecter Mme B, titulaire, sur cet emploi non permanent, avec pour principal objectif de réaliser une charte de déontologie à destination des élus, agents et services de la commune de Châtillon et de mettre en place des outils de contrôle adaptés, et d'autre part, que, par délibération du 14 avril 2021, la commune de Châtillon a, à nouveau, approuvé la création de cet emploi aux fins d'acter son caractère permanent, ce dont il résulte que Mme B avait effectivement vocation à exercer ces fonctions. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que son affectation sur le poste de chargée de mission des questions de déontologie à la commune de Châtillon constitue une nomination pour ordre et ce moyen sera donc écarté.

S'agissant du défaut de base légale à cette nomination :

13. Aux termes de l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa version applicable au présent litige : " Les dispositions de la présente loi s'appliquent aux personnes qui, régies par le titre Ier du statut général des fonctionnaires de l'Etat et des collectivités territoriales, ont été nommées dans un emploi permanent et titularisées dans un grade de la hiérarchie administrative des communes, des départements, des régions ou des établissements publics en relevant, à l'exception des agents comptables des caisses de crédit municipal " et aux termes de l'article 4 de cette même loi : " Les fonctionnaires territoriaux appartiennent à des cadres d'emplois régis par des statuts particuliers, communs aux fonctionnaires des communes, des départements, des régions et de leurs établissements publics./ Ces statuts particuliers ont un caractère national./ Un cadre d'emplois regroupe les fonctionnaires soumis au même statut particulier, titulaires d'un grade leur donnant vocation à occuper un ensemble d'emplois. Chaque titulaire d'un grade a vocation à occuper certains des emplois correspondant à ce grade./ Le cadre d'emplois peut regrouper plusieurs grades./ Les grades sont organisés en grade initial et en grades d'avancement./ L'accès aux grades dans chaque cadre d'emplois s'effectue par voie de concours, de promotion interne ou d'avancement, dans les conditions fixées par les statuts particuliers./ Les fonctionnaires territoriaux sont gérés par la collectivité ou l'établissement dont ils relèvent ; leur nomination est faite par l'autorité territoriale ". Il résulte de ces dispositions que les fonctionnaires territoriaux sont les personnes nommées dans un emploi permanent et titularisées dans un grade de la hiérarchie administrative des collectivités territoriales ou de leurs établissements publics administratifs, la nomination d'un fonctionnaire sur un emploi préalablement créé ayant dès lors nécessairement pour effet de rendre cet emploi permanent, sans que sa qualification, par l'autorité territoriale, d'emploi permanent ou non permanent ne puisse avoir d'incidence sur la légalité de la nomination du fonctionnaire.

14. En l'espèce, Mme B soutient que sa nomination sur le poste de chargée de mission en charge de la déontologie est dépourvue de base légale au motif qu'elle a été affectée sur un poste qui, au jour de sa nomination, avait certes bien été créé par l'autorité territoriale, mais était un emploi non permanent destiné à être occupé par un agent contractuel. Il ressort des pièces du dossier que le poste de chargée de mission en charge de la déontologie a été créé, par délibération du 3 février 2021, sur le fondement du II de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 permettant aux collectivités territoriales de recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents, l'autorité territoriale ayant en outre inscrit les crédits nécessaires à sa rémunération au budget de la commune sur la base de la grille indiciaire d'attaché territorial principal qui est le grade de Mme B. Ainsi, ce poste existait au jour de la nomination de Mme B, ce dont il résulte qu'elle n'était aucunement dépourvue de base légale. En tout état de cause, Mme B n'a pas contesté, pas même par la voie de l'exception, l'illégalité des délibérations du 3 février 2021 et du 14 avril 2021 évoquées ci-dessus. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté.

15. Mme B soutient en outre qu'elle ne pouvait pas être nommée sur le poste de chargée de mission en charge de la déontologie, qui n'aurait pas dû être créé, dès lors que la mission de référent déontologique créé par l'article L. 124-2 du code général de la fonction publique serait obligatoirement dévolue aux centres de gestion de la fonction publique territoriale en application des articles L. 452-38 7° et L. 452-39 2 du même code. Toutefois, ces dispositions n'interdisent pas à une commune, pour des raisons propres, de créer un poste de chargée de mission en charge de la déontologie alors, qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme B n'a pas contesté la légalité de la délibération de la commune de Châtillon en date du 3 février 2021 créant cet emploi. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

S'agissant de la nomination sur un emploi correspondant à son grade :

16. Aux termes l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa version applicable au litige, " Lorsqu'il est mis fin au détachement d'un fonctionnaire occupant un emploi fonctionnel mentionné aux alinéas ci-dessous et que la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade, celui-ci peut demander à la collectivité ou l'établissement dans lequel il occupait l'emploi fonctionnel soit à être reclassé dans les conditions prévues aux articles 97 et 97 bis, soit à bénéficier, de droit, du congé spécial mentionné à l'article 99, soit à percevoir une indemnité de licenciement dans les conditions prévues à l'article 98 () " et aux termes de l'article 2 du décret du 30 décembre 1987 portant statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux, " Les membres du cadre d'emplois participent à la conception, à l'élaboration et à la mise en œuvre des politiques décidées dans les domaines administratif, financier, économique, sanitaire, social, culturel, de l'animation et de l'urbanisme. Ils peuvent ainsi se voir confier des missions, des études ou des fonctions comportant des responsabilités particulières, notamment en matière de gestion des ressources humaines, de gestion des achats et des marchés publics, de gestion financière et de contrôle de gestion, de gestion immobilière et foncière et de conseil juridique. Ils peuvent également être chargés des actions de communication interne et externe et de celles liées au développement, à l'aménagement et à l'animation économique, sociale et culturelle de la collectivité. Ils exercent des fonctions d'encadrement et assurent la direction de bureau ou de service () ".

17. En l'espèce, Mme B, titulaire du grade d'attachée territoriale principale, a été affectée sur un poste de catégorie A, dont la création avait été envisagée dès la fin de l'année 2020 par la commune de Châtillon, désireuse de s'assurer que les règles de déontologie soient connues et respectées par ses agents et ses élus. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la description de ce poste au sein des délibérations des 3 février et 14 avril 2021 que la chargée de mission en charge de la déontologie a pour missions principales de mettre en œuvre, par l'élaboration d'une charte et d'outils permettant son respect ainsi que par des actions de sensibilisation et de formation des différents acteurs de la collectivité, l'ensemble du dispositif communal visant au respect par les agents et élus des principes déontologiques associés à leurs fonctions, ce dont il résulte que ce poste nécessite un certain degré d'expertise et d'expérience professionnelle qui correspond au grade de la requérante. Les circonstances qu'à la création de ce poste, il ait été envisagé de le pourvoir par un agent contractuel ou encore que d'autres postes de catégorie A auraient pu être proposés à la requérante, ce qui n'est au demeurant pas établi, demeurent sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. Par suite, le moyen sera écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Châtillon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

20. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la commune de Châtillon au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions en ce sens de la commune de Châtillon doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Châtillon présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Châtillon.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Courtois, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La rapporteur,

signé

M-A Courtois

La présidente,

signé

E. Drevon-Coblence Le greffier,

signé

D. Haude.

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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