mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2108663 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BABIN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 1er juillet 2021, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête présentée par Mme A, enregistrée au greffe de ce tribunal le 28 juin 2021.
Par cette requête et un mémoire enregistré le 15 juillet 2021, Mme A, représentée par Me Babin, demande au tribunal de :
1°) d'annuler l'arrêté, en date du 26 juin 2021, par lequel le préfet de la Moselle l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui restituer son passeport ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle porte atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale ;
- elle n'a pas eu connaissance de l'arrêté du 30 janvier 2020 du préfet de police rejetant sa demande de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français et ne s'est pas volontairement maintenue en situation irrégulière sur le territoire français ;
- elle est titulaire d'un contrat à durée indéterminée signé le 29 août 2019 avec la crèche " les petits chaperons rouges " à Asnières sur Seine et produit des bulletins de salaire pour les années 2020 et 2021, justifiant de son intégration professionnelle en France ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle entachée d'incompétence;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation du risque de fuite et de la menace à l'ordre public que constitue son comportement en méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle entachée d'incompétence;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
- elle entachée d'incompétence;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle
- elle est entaché d'une erreur de droit.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 27 juillet 2021, ont été produites pour Mme A.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par Mme A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Louvel, premier conseiller,
- et les observations de Me Babin, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise, née le 15 mars 1991, est entrée en France le 28 juin 2018 sous couvert d'un visa étudiant valable jusqu'au 21 juin 2019. Elle a déposé le 29 novembre 2019 une demande de titre de séjour " salarié " avec changement de statut, qui a été rejetée par un arrêté du préfet de police de Paris du 30 janvier 2020 l'obligeant en outre à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Interpellée en Allemagne le 26 juin 2021, elle a fait l'objet par les autorités de ce pays d'une décision de remise aux autorités françaises. Par l'arrêté attaqué du 26 juin 2021, le préfet de la Moselle a obligé Mme A, à quitter le territoire français sans délai. Le même arrêté fixe le pays à destination duquel l'intéressée pourra être reconduite et lui interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
3. Pour obliger Mme A à quitter le territoire français, le préfet de la Moselle s'est fondé sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le fait que, suite à l'arrêté du préfet de police du 30 janvier 2020 rejetant sa demande de titre de séjour " salarié " et l'obligeant à quitter le territoire français, l'intéressée ne pouvait justifier avoir exécuté cette décision et se maintenait en situation irrégulière en France.
4. Toutefois, Mme A soutient, sans être contredite par le préfet de la Moselle qui n'apporte aucune réponse sur ce point, n'avoir jamais eu connaissance de l'arrêté du 30 janvier 2020. Elle verse à l'appui de cette allégation plusieurs messages échangés avec les services de la préfecture de police, postérieurement à l'édiction de l'arrêté du 30 janvier 2020, qui établissent qu'elle a effectué des démarches pour obtenir des informations sur l'état d'avancement de sa demande de titre de séjour sans que l'administration l'informe à cette occasion du rejet de sa demande et de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Par ailleurs, s'il est mentionné dans l'arrêté du 26 juin 2021 attaqué, que l'arrêté du préfet de police du 30 janvier 2020 a été notifié à la requérante le 14 février 2020, aucune pièce justifiant de cette notification n'est produite en défense. Ainsi, en l'absence de preuve de la notification de l'arrêté du 30 janvier 2020 à Mme A, celle-ci est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris sur la base d'un arrêté du préfet de police qui ne lui est pas opposable.
5. Il résulte de de ce qui précède que l'arrêté du préfet de la Moselle du 26 juin 2021 doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulé () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu actuel de résidence de la requérante, de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de Mme A et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prescrire au préfet un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement, pour procéder à ce réexamen, et de délivrer, dans cette attente, à Mme A une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler un délai de quinze jours, à compter de cette même notification.
8. L'exécution du présent jugement implique également que le préfet de la Moselle procède à la restitution du passeport de Mme A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
9. Il n'y a pas lieu d'assortir les injonctions prononcées ci-dessus d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A de la somme de 1200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Moselle en date du 26 juin 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Moselle, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu actuel de résidence de l'intéressée, de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de Mme A, dans un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quinze jours, à compter de cette même notification.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de restituer le passeport de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet du Val-d'Oise et au préfet de la Moselle.
Copie en sera transmise à Monsieur le Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Pontoise.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Ferrand, première conseillère,
M. Louvel, premier conseiller.
Assistés de M. Lux, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
signé
T. Louvel
Le président,
signé
P. ThierryLe greffier,
signé
F. Lux
La République mande et ordonne au préfet Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°21086632/
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026