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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2108670

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108670

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET DAMY RAYNAL HERVE-LANCIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 juillet 2021, 1er septembre 2022 et 19 janvier 2023, Mme A E, représentée par Me Damy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2018 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

s'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision est entachée d'un vice de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions du 11° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

s'agissant de la décision d'éloignement :

- la décision est entachée d'un vice de compétence ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions du 11° et du 7° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision du 25 juillet 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme E le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable avant le 30 avril 2021 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, rapporteure, a été entendu lors de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante de République démocratique du Congo née le 10 octobre 1987, déclare être entrée en France le 20 mars 2013. Le 6 juin 2017, l'intéressée a sollicité le renouvellement d'un titre séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 mai 2018, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français en fixant le pays de destination. Mme E demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur des décisions de refus de séjour et d'éloignement :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D F, cheffe du bureau du contentieux des étrangers de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté du 23 mars 2018 du préfet du Val-d'Oise, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département disponible sur le site Internet de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées sera écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la légalité du refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision de refus de séjour énonce les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement, permettant à la requérante d'en comprendre les motifs à sa seule lecture. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 30 mai 2018 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé à Mme E la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade a été prise notamment au vu de l'avis émis le 23 avril 2018 par le collège de médecins de l'OFII qui a considéré que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments de son dossier, son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Pour contester cet avis, Mme E se prévaut d'un seul certificat médical établi par un médecin psychiatre plus d'un an avant l'intervention de la décision attaquée, qui atteste qu'elle souffre d'un état de stress post-traumatique, que cet état résulterait, selon les déclarations de l'intéressée, de menaces subies dans son pays d'origine par un général de l'armée congolaise et précise que " l'éventualité d'un retour au pays d'origine où elle dit avoir subi les menaces citées plus haut pourrait être à l'origine d'une recrudescence massive des symptômes et entraîner une symptomatologie d'une exceptionnelle gravité avec engagement du pronostic vital ". Ce seul certificat, ancien et imprécis quant aux faits rapportés, ne permet pas d'établir l'existence d'un risque de réactivation du syndrome post-traumatique de Mme E en cas de retour de vers son pays d'origine et ne remet ainsi pas en cause l'appréciation portée par l'administration sur l'état de santé de la requérante. Dès lors, en refusant, par la décision attaquée, de délivrer à Mme E le titre de séjour sollicité, le préfet du Val-d'Oise n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable.

8. En troisième lieu, aux termes du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention 'vie privée et familiale' est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes du 1er alinéa l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Pour justifier l'existence d'une vie privée et familiale en France, Mme E ne se prévaut que de son insertion professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne travaillait que quelques heures par mois en tant qu'agent de service depuis le mois d'août 2016, alors qu'elle est célibataire et sans enfant, sans aucun lien familial ou personnel sur le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'éloignement :

10. En premier lieu, il résulte des termes du présent jugement que l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision d'éloignement par voie de conséquence de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance des 7° et 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision d'éloignement. Ces moyens, inopérants, doivent être écartés.

12. En troisième lieu, si la requérante soutient, à l'appui des mêmes arguments que ceux énoncés au point 9 du présent jugement, que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs.

13. En dernier lieu, si Mme E soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu à égard à ses conséquences sur sa situation personnelle, elle se prévaut des mêmes circonstances relatives à son état de santé et à sa vie privée et familiale déjà examinées aux points 7 et 9. Son moyen ne peut dès lors qu'être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés à ces mêmes points.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

14. Si Mme E demande l'annulation de cette décision, elle n'articule aucun moyen spécifique à l'encontre de cette décision.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par ces motifs, le Tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à Me Damy et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme B et M. C, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

signé

M. BLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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