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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2108900

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108900

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantIVANOVIC FAUVEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 28 mai 2021 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 28 mai 2021 dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été informé de ses droits et obligations dans une langue qu'il comprend préalablement à la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 11 octobre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Vu :

- l'ordonnance n° 2108888 du 27 juillet 2021 du juge des référés du tribunal de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan né le 2 octobre 1994, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 26 juin 2020 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture de police de Paris. Le 29 juin 2020, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Après avoir fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités roumaines le 10 août 2021, l'intéressé a été déclaré en fuite en raison de sa non-présentation aux autorités chargées de l'asile. Le 30 avril 2021, sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée. Après l'avoir informé de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil par un courrier du 3 mai 2021 et l'avoir invité à présenter ses observations, le directeur territorial de Cergy de l'OFII a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil par une décision du 28 mai 2021. A l'appui de sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été accordé à M. B par une décision du 11 octobre 2021. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur () ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été informé dans une langue qu'il comprend, en l'occurrence le pachto, des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil lors de la signature de l'offre de prise en charge le 29 juin 2020. Par suite, le moyen tiré de que la décision en litige serait entaché d'un vice de procédure en l'absence d'information préalable sur ses droits et obligations manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquelles elle a été prise, mentionne notamment que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Elle énonce également que, compte tenu des faits qui lui sont reprochés et après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, il est mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision en litige comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée rappelée au point précédent ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, le directeur territorial de Cergy de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité. En particulier, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été reçu en entretien par un agent de l'OFII le 29 juin 2020 lors de l'enregistrement de sa demande d'asile qui a procédé à une évaluation de sa vulnérabilité et que cette évaluation a été réitérée le 3 mai 2021 préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si la décision attaquée du 28 mai 2021 mentionne de manière erronée que M. B ne présentait pas d'attestation de demandeur d'asile depuis le 10 décembre 2020 alors qu'il s'est vu délivrer une nouvelle attestation de demandeur d'asile le 30 avril 2021, cette circonstance n'est toutefois pas de nature à justifier l'annulation de la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil contestée qui est aussi fondée sur l'absence de présentation de l'intéressé aux autorités chargées de l'asile, en méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité et qu'il ressort de l'instruction que le directeur territorial de l'OFII aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait dont la décision litigieuse serait entachée doit être écarté.

8. En dernier lieu, le requérant, qui était célibataire et âgé de vingt-six ans à la date de la décision contestée et dont la situation de vulnérabilité avait été évaluée, ainsi qu'il a été dit au point 6, à deux reprises les 29 juin 2020 et 3 mai 2021, n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'existence d'une situation de vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Par ailleurs, s'il soutient qu'il a respecté l'ensemble de ses obligations, il ressort des éléments produits en défense par l'OFII, non contestés par le requérant, qu'il a été absent à deux rendez-vous fixé par la préfecture de police de Paris les 2 septembre et 3 novembre 2020 dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure " Dublin ", la circonstance qu'il ait été placé à l'HUDA de Pontoise à compter du 20 août 2020 et jusqu'au 1er juillet 2021 étant à cet égard sans incidence. De plus, l'intéressé, qui se borne à faire valoir que l'attestation de demandeur d'asile relève du préfet de département dans lequel le demandeur d'asile est domicilié, ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'aurait pas fait procéder au renouvellement de cette attestation auprès du préfet du Val-d'Oise, territorialement compétent, lors de la période correspondant à la fuite. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant, par la décision en litige, la cessation de ses conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de Cergy de l'OFII aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que de celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. B.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. C et M. D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. D

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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