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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2108933

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108933

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108933
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juillet et le 2 décembre 2021, M. A B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " en date du 20 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 18 août 2017, 7 avril 2018, 28 octobre 2018, 20 décembre 2018, 20 septembre 2019, 23 juillet 2019, 11 juin 2020, 25 mai 2020, 14 juin 2020 et 27 juin 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points sur son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de rejeter la demande de l'Etat présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points qui ne lui ont pas été notifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les infractions des 27 juin 2020, 25 mai 2020 et 14 juin 2020 n'ont fait l'objet d'aucun retrait de points ;

- la décision de retrait de points relative à l'infraction constatée 23 juillet 2019 ne figure plus sur le relevé d'information intégral ; les conclusions dirigées contre cette décision sont donc devenues sans objet ;

- la décision " 48SI " a été retirée ; les conclusions dirigées contre cette décision sont donc devenues sans objet ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Coblence, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Coblence a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur a, par décision " 48SI " du 20 mai 2021, prononcé l'invalidation de ce permis et ordonné à M. B de restituer son titre de conduite. M. B demande l'annulation des retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 18 août 2017, 7 avril 2018, 28 octobre 2018, 20 décembre 2018, 20 septembre 2019, 23 juillet 2019, 11 juin 2020, 25 mai 2020, 14 juin 2020 et le 27 juin 2020 et de la décision du 20 mai 2021 susmentionnée.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte tant des écritures du ministre de l'intérieur que des mentions du relevé d'information intégral édité le 15 novembre 2021 que le permis de conduire de M. B a retrouvé sa validité, que les mentions relatives à l'infraction du 23 juillet 2019 ont été supprimées, que les points retirés à la suite des infractions commises les 18 août 2017, 7 avril 2018 et 20 septembre 2019 ont été restitués ou ajoutés les 7 mars 2018, 25 avril 2019 et 7 juillet 2020, soit avant l'introduction de la requête, et que les infractions des 25 mai 2020, 14 juin 2020 et du 27 juin 2020 n'ont pas donné lieu à retrait de point. Ce relevé intégral ne mentionne également plus la décision "'48 SI'" du 20 mai 2021 qui, dès lors, doit être regardée comme ayant été retirée.

3. Par suite, les conclusions à fin d'annulation des décisions des 23 juillet 2019, 18 août 2017, 7 avril 2018, 20 septembre 2019, 25 mai 2020, 14 juin 2020, 27 juin 2020 et 20 mai 2021 sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points restant en litige :

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

6. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public.

En ce qui concerne les infractions commises les 28 octobre 2018 (1 point) et 11 juin 2020 (4 points) :

7. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral de M. B que les infractions commises ont été relevées sans interception du véhicule à l'aide d'un système de contrôle automatisé et qu'il n'est pas établi que l'intéressé s'est acquitté de l'amende forfaitaire majorée. Il ne peut être regardé comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention correspondant ni même les avis d'amende forfaitaire. En outre, la circonstance, alléguée par le ministre, selon laquelle M. B aurait bénéficié de la communication de ces informations à l'occasion de l'infraction commise le 18 août 2017 n'est pas suffisante pour établir que les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été régulièrement délivrées à l'intéressé. Par suite, l'administration n'apporte pas la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Dès lors, les retraits de points correspondant à ces infractions doivent être annulés.

En ce qui concerne l'infraction commise le 20 décembre 2018 (3 points) :

8. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

9. Le ministre de l'intérieur produit le procès-verbal électronique établi le 20 décembre 2018, portant la mention " refus de signer " par le conducteur, qui revêt la même force probante que la signature de ce dernier. Il suit de là que la preuve de la délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est rapportée par le ministre s'agissant de cette infraction.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 28 octobre 2018 et 11 juin 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à l'intéressé le bénéfice des cinq points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation de M. B dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Le surplus des conclusions à fin d'injonction doit être rejeté.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de M. B présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 20 mai 2021 et des décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 18 août 2017, 7 avril 2018, 20 septembre 2019, 23 juillet 2019, 25 mai 2020, 14 juin 2020 et le 27 juin 2020.

Article 2 : Les décisions portant retraits de points sur le permis de conduire de M. B à la suite des infractions commises les 28 octobre 2018 et 11 juin 2020 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. B le bénéfice des cinq points retirés à la suite des infractions commises les 28 octobre 2018 et 11 juin 2020, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer sa situation pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La vice-présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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