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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109274

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109274

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2021 et le 7 avril 2023, M. B A, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 11 décembre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Cergy lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et lui verser l'allocation de demandeur d'asile, à titre rétroactif à compter du 11 décembre 2020 dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII d'examiner sa demande d'admission dans un lieu prévu à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'effectuer une évaluation de sa vulnérabilité conformément aux dispositions de l'article L. 744-6 du même code, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'État, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code de relations entre le public et l'administration ainsi que la directive 2013/33/UE dès lors qu'il n'a pas été préalablement informé de l'intention de l'OFII de suspendre ses conditions matérielles d'accueil ;

- l'OFII ne démontre pas qu'une proposition d'hébergement lui aurait été adressée préalablement à l'édiction de cette décision ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE et les dispositions relatives au droit à des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Vu :

- l'ordonnance n° 2109388 du 26 juillet 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Weiswald a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 5 juillet 1977, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 12 décembre 2019 en procédure dite " normale " par les services de la préfecture du Val-d'Oise. Le 13 décembre 2019, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Par une décision du 11 décembre 2020, le directeur territorial de l'OFII à Cergy lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a refusé une proposition d'hébergement le 18 septembre 2020. A l'appui de la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 26 octobre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. M. A ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 13 décembre 2019, sa situation est notamment régie par l'articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018. Si dans sa décision du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, n° 428530, 428564, le Conseil d'État a jugé que ces articles, qui créaient des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il a également jugé que, dans l'attente de leur modification par le législateur, il reste néanmoins possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par courrier en date du 21 septembre 2020, notifié le 28 septembre suivant, le directeur territorial de l'OFII de Cergy a notifié à M. A son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ce courrier lui indiquait qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas été informé, préalablement à l'intervention de la décision contestée du 11 décembre 2020, de l'intention de l'OFII de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou de ce que cette décision aurait été prise avant l'expiration du délai de quinze jours dont il bénéficiait pour présenter ses observations, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code de relations entre le public et l'administration et de la directive 2013/33/UE.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'une proposition d'hébergement au CADA ADOMA Saint-Avold à Folschviller (Moselle) a été adressée à M. A et que ce dernier a refusé cette orientation le 18 septembre 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige n'aurait pas été précédée d'une telle proposition manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'offre de prise en charge en date du 13 décembre 2019, signée par M. A, que ce dernier a été informé, dans une langue qu'il comprend, qu'il s'engeait à accepter tout hébergement proposé ainsi que des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. En outre, il ressort également des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 5 du jugement, que l'OFII a informé le requérant de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a refusé une proposition d'hébergement le 18septembre 2020 et lui a indiqué qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations. L'intéressé n'a présenté aucune observation en réponse à ce courrier et n'a notamment pas contesté le motif qui lui était opposé. Dans ces conditions, quand bien même l'offre d'hébergement faite au requérant qu'il a refusée en la signant n'aurait pas été faite en présence d'un interprète, l'OFII a pu, sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

8. En quatrième lieu, la décision en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'État n° 428530 en date du 31 juillet 2019, point 18, mentionne que l'intéressé a refusé une proposition d'hébergement le 18 septembre 2020. Elle indique également que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du CESEDA, ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, cette décision, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, rappelée au point précédent, ni des autres pièces du dossier qu'avant de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A, le directeur territorial de l'OFII à Cergy n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ".

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, lors de son passage en guichet unique le 13 décembre 2019, M. A a fait l'objet d'une évaluation de sa vulnérabilité réalisée par un agent de l'OFII avec le concours d'un interprète en langue kurde et que, lors de cet examen, l'intéressé n'a fait état d'aucun problème de santé ou de besoin particulier en matière d'accueil. D'autre part, il ne résulte ni des dispositions de l'article L. 744-6 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'aucune autre disposition ou principe, qu'un nouvel entretien d'évaluation de vulnérabilité soit réalisé avant l'édiction de la décision suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En outre, il ressort des termes mêmes de la décision contestée, rappelée au point 6 du présent jugement, que le directeur territorial de l'OFII à Cergy a examiné la situation de vulnérabilité de M. A avant de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont il avait antérieurement bénéficié. À cet égard, si, à l'appui de son recours, le requérant fait valoir, sans au demeurant l'établir, qu'il est suivi médicalement en raison d'une lombalgie chronique, il ne démontre pas qu'il aurait informé l'OFII de cet élément préalablement à l'édiction de la décision litigieuse alors même qu'il avait été invité par courrier du 20 septembre 2020 à présenter ses observations avant son édiction. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît les articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'entretien personnel et d'examen de sa vulnérabilité doit être écarté.

12. En septième lieu, M. A soutient, d'une part, qu'il a refusé la proposition d'hébergement qui lui a été faite au motif qu'il était déjà hébergé et qu'on ne saurait donc lui reprocher son refus alors que le nombre d'hébergements pour les demandeurs d'asile est insuffisant. Toutefois, un tel motif, à le supposer même établi par la seule attestation d'hébergement non circonstanciée et datée du 6 avril 2023 produite par le requérant, ne constitue pas un motif légitime de refus de la proposition d'hébergement qui lui a été formulée par l'OFII. D'autre part, en se bornant à soutenir que la proposition d'hébergement qui lui a été faite ne correspondait plus à sa situation familiale dès lors qu'il avait deux enfants à charge supplémentaires, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette proposition d'hébergement n'aurait pas été adaptée à sa situation familiale. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a jamais fait état d'aucune de ces deux circonstances préalablement à la décision attaquée et, notamment lorsqu'il a été invité à présenter ses observations préalablement à son édiction.

13. En huitième lieu, par les pièces qu'il produit à l'instance, M. A ne justifie d'aucune vulnérabilité particulière ou de besoins particuliers en matière d'accueil. En conséquence, l'OFII, qui ne s'est pas cru en situation de compétence liée du seul fait de son refus de proposition d'hébergement, a pu, compte tenu de cette circonstance, lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans méconnaître les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

14. En neuvième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 5 et 9 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE et des dispositions relatives au droit à des conditions matérielles d'accueil doivent être écartés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Weiswald et Mme D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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