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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109281

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109281

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantNEMATOLLAHI-GILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 juillet 2021, 14 août 2022 et 6 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Nematollahi-Gillet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour dans les quinze jours suivant cette notification, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de cette somme à son profit.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine ne justifie pas avoir saisi la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 et que l'avis de la commission visé dans l'arrêté en litige ne lui a jamais été communiqué ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de fait en tant qu'il mentionne qu'il a fait l'objet d'une précédente décision portant refus de titre de séjour le 24 octobre 2013, notifié le 12 juin 2013 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit au regard de ces dispositions ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à l'actualité et la gravité de la menace à l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amazouz, rapporteur,

- et les observations de Me Nematollahi-Gillet, avocate de M. B, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 26 décembre 1983, entré en France 1992 selon ses déclarations, a bénéficié de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du 28 novembre 2009 au 27 novembre 2011. Le 24 octobre 2017, l'intéressé a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 18 mai 2021, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris à l'article L. 435-1 de ce code à compter du 1er mai 2021 : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. / () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 312-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris à l'article R. 432-14 de ce code à compter du 1er mai 2021 : " Devant la commission, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ". Il résulte de ces dispositions que l'avis motivé de la commission doit être transmis à l'intéressé et au préfet avant que ce dernier ne statue sur la demande dont il a été saisi. Une telle communication constitue une garantie instituée au profit de l'étranger qui doit connaître le sens et les motifs de l'avis de la commission avant que le préfet ne prenne sa décision.

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. B le 24 octobre 2017, sur le fondement des dispositions alors en vigueur de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été soumise pour avis à la commission du titre de séjour par le préfet des Hauts-de-Seine dès lors que l'intéressé justifie d'une résidence habituelle en France de plus de dix ans. Cette commission, qui s'est réunie le 12 décembre 2018, a rendu un avis défavorable à la régularisation de l'intéressé en relevant que son casier judiciaire caractérisait un défaut d'intégration et une menace pour l'ordre public. Le préfet des Hauts-de-Seine a tenu compte de l'avis défavorable de cette commission, qu'il a visé dans l'arrêté en litige, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B. Toutefois, ainsi que le soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine lui aurait communiqué cet avis, ni sa teneur avant d'édicter l'arrêté litigieux, le préfet se bornant à faire valoir que ce document est produit dans le cadre de la présente instance. Ainsi, le défaut de communication à M. B, dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article R. 312-8 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, du sens et des motifs de l'avis de la commission du titre de séjour a été de nature à le priver d'une garantie. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière et qu'il est entaché d'illégalité. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué portant refus de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu et alors qu'en l'état de l'instruction, aucun autre moyen n'apparaît de nature à entacher d'illégalité l'arrêté attaqué, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 18 mai 2021 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. C et M. D, premiers conseillers,

assistés de Mme Magen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

S. CLe président,

signé

R. FÉRALLa greffière,

signé

N. MAGEN

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

Le Greffier

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