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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109404

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109404

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 juillet 2021 et 1er octobre 2021, Mme C A veuve B, représentée par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a astreinte à se présenter hebdomadairement à la préfecture des Hauts-de-Seine et à remettre son passeport à l'autorité administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son passeport ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

4°) à défaut, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les décisions portant obligation de présentation hebdomadaire en préfecture et de remise du passeport :

- elles sont illégales par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Par ordonnance du 4 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 4 novembre 2021 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lebdiri, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A veuve B, de nationalité philippine, entrée en France le 23 avril 2010 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schengen, a sollicité, le 5 décembre 2019, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 24 juin 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a astreinte à se présenter hebdomadairement à la préfecture des Hauts-de-Seine et à remettre son passeport à l'autorité administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée par un étranger sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A veuve B demeure en France de façon continue depuis le 23 avril 2010, soit depuis plus onze ans à la date de l'arrêté attaqué, et qu'elle officie depuis 2011, en qualité de garde d'enfant et d'aide-ménagère, auprès de plusieurs employeurs. Au titre des années 2018, 2019 et 2020, elle a tiré de son activité des revenus s'élevant, respectivement, à 10 100 euros, 11 000 euros et 15 288 euros. Cette augmentation de ses revenus au cours des dernières années lui assure une autonomie financière. Il est constant que Mme A veuve B déclare ses revenus à l'administration fiscale depuis son arrivée sur le territoire français. Il résulte, en outre, d'attestations produites par plusieurs de ses employeurs que la requérante donne toute satisfaction dans ses fonctions. Par ailleurs, il ressort également des justificatifs produits par la requérante que celle-ci dispose d'attaches familiales fermement établies en France, dès lors qu'y résident l'un de ses fils, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, ainsi que les quatre enfants de celui-ci, deux étant de nationalité française et les deux autres détenant, chacun, un titre de séjour pluriannuel. Mme A veuve B fait valoir, sans être contredite, que son fils, dont il ressort des pièces du dossier qu'il a été hospitalisé en janvier et février 2021 en raison d'une pneumopathie hypoméxiante grave à Sars Cov 2, a besoin de son aide et de son soutien psychologique, dans la mesure où il ne parvient pas à recouvrer l'intégralité de ses facultés physiques. Au vu des liens familiaux dont Mme A veuve B justifie, la commission du titre de séjour avait d'ailleurs émis un avis favorable à sa régularisation lors de sa séance du 8 juin 2021. Enfin, contrairement à ce qu'a relevé le préfet, la requérante indique, sans être démentie, que ses parents sont décédés. Dans ces conditions, eu égard, notamment, à l'ancienneté de son séjour en France, à la stabilité de sa situation professionnelle et à l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire français, Mme A veuve B doit être regardée comme établissant que des circonstances exceptionnelles justifient son admission au séjour, alors même qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 7 octobre 2016 à laquelle elle n'a pas déféré et qu'elle ne serait pas isolée aux Philippines. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A veuve B est fondé à demander l'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé et, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard à ces motifs, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changement de circonstances de droit ou de fait, que soit délivré à Mme A veuve B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre cette mesure dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il y a également lieu d'ordonner à l'autorité préfectorale de restituer à l'intéressée son passeport sans délai.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 24 juin 2021 est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme A veuve B, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait de la situation de l'intéressée, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de restituer sans délai son passeport à Mme A veuve B.

Article 4 : L'Etat versera à Mme A veuve B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A veuve B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Lebdiri, premier conseiller,

M. Bellity, premier conseiller,

Assistés de Mme Bonfanti, greffière

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

S. LEBDIRI

La présidente,

Signé

H. LE GRIELLa greffière,

Signé

D. BONFANTI

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

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