vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2109501 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL VERPONT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 23 juillet 2021 et 10 janvier 2022, M. F, représenté par Me Toihiri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son expulsion du territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation sur la menace grave à l'ordre public que constituerait sa présence en France dès lors que les faits pour lesquels il a été condamné sont isolés et anciens et qu'il présente de réels gages de réinsertion ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amazouz, rapporteur,
- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique ;
- les observations de Me Toihiri, conseil de M. D et les observations orales de ce dernier.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant de la République du Congo né le 11 juillet 1995, est entré en France le 5 septembre 2010. A compter du 30 juillet 2014, l'intéressé s'est vu délivrer des titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 7 juillet 2021, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a prononcé son expulsion du territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Maurice Barate, secrétaire général de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation permanente de signature en vertu d'un arrêté du préfet de ce département n° 19-004 en date du 2 février 2018, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, aux fins de signer, notamment, tous arrêtés relevant des attributions de l'État dans le département du Val-d'Oise. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Il résulte de ces dispositions que les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
4. Il ressort des pièces du dossier que, le 4 décembre 2019, M. D a été condamné par la Cour d'assises du Val-d'Oise à une peine de cinq ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis, assorti d'une mise à l'épreuve pendant trois ans, pour avoir commis, le 14 mars 2014, des faits de violence sur un mineur de moins de quinze ans, ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente. Si ces faits datent de plus de sept ans à la date de l'arrêté en litige, le requérant ne fournit aucune précision sur les raisons de son passage à l'acte et sur les circonstances dans lesquelles ceux-ci se sont déroulés, l'intéressé se bornant à invoquer son immaturité à l'époque des faits pour expliquer son comportement, lequel a engendré des dommages irréversibles à sa victime, qui était alors âgée de moins de deux ans. De même, M. D ne livre pas davantage d'éléments suffisants sur le suivi psychologique dont il a fait l'objet à compter du mois de juin 2020. En outre, si l'intéressé fait valoir qu'il n'a pas commis d'autres faits répréhensibles entre mars 2014 et la date de l'arrêté en litige, il ressort de l'arrêt de la Cour d'assises du Val-d'Oise en date du 4 décembre 2019 qu'il a été placé sous contrôle judiciaire dès le 2 avril 2014 et qu'il a été incarcéré à compter de sa condamnation en décembre 2019. Ainsi, compte tenu de la nature et de la particulière gravité des faits commis par le requérant, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que sa présence en France constituait, à la date de l'arrêté attaqué, une menace grave pour l'ordre public, en dépit de l'avis défavorable de la commission d'expulsion des étrangers et des gages de réinsertion dont se prévaut l'intéressé depuis son placement en détention.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
6. M. D, qui se prévaut de la durée de sa présence en France depuis l'année 1995, soutient qu'il a établi le centre de ses intérêts sur le territoire français, où résident ses parents et les membres de sa fratrie. Il fait valoir qu'il justifie d'une bonne insertion dans la société française et de gages de réinsertion. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4, en dépit du caractère isolé des faits reprochés à l'intéressé et de leur date, la présence de l'intéressé en France est constitutive d'une menace grave pour l'ordre public. En outre, le requérant, âgé de vingt-cinq ans à la date de l'arrêté contesté, célibataire et sans charge de famille selon ses propres déclarations, ne démontre pas, par la seule production d'attestations rédigées par ses parents et ses sœurs, que sa présence auprès des membres de sa famille, qui séjournent en France, revêtirait pour lui un caractère indispensable. De même, il n'établit pas par les pièces produites le rôle de soutien de famille qu'il invoque. Le requérant ne justifie pas davantage de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité des autres liens de toute nature qu'il aurait noués sur le territoire français par la production de deux attestations établies par deux amis. Par ailleurs, la circonstance qu'il a obtenu son baccalauréat et poursuivait des études avant son placement en détention et qu'il occupe un emploi et est scolarisé depuis son incarcération ne suffisent pas à démontrer l'existence d'une insertion sociale ancienne. Enfin, l'intéressé ne justifie pas davantage de circonstances particulières de nature à faire obstacle à ce qu'il poursuive normalement sa vie à l'étranger et, en particulier, dans son pays d'origine, où il n'établit pas être dépourvu de toute attaches ou ne pas être en mesure de s'y réinsérer alors qu'il y a vécu jusqu'à l'âge de quinze ans. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier de la gravité des faits criminels commis par l'intéressé, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts de préservation de l'ordre public en vue desquels il a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 7 juillet 2021 prononçant son expulsion du territoire français.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, M. A et M. B premiers conseillers,
assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
signé
S. ALe président,
signé
R. FÉRALLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026