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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109531

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109531

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109531
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 juillet 2021 et 2 septembre 2021, M. A, représenté par Me Kone, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour d'un an sous astreinte ou au besoin, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros à verser à Me Kone sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été précédé de la saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'il aurait dû se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 4 ° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis plus de dix ans ;

Par lettre du 16 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a été mis en demeure de produire, dans un délai de quinze jours, des observations en réponse à la requête de M. A, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, né en 1978, qui déclare être entré en France en 2009, a été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " salarié " à compter de l'année 2019, renouvelé à deux reprises jusqu'en 2020. Le 23 novembre 2020, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 14 juin 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

3. En application de ces dispositions, le préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré la mise en demeure de produire des observations qui lui a été adressée le 16 juin 2022 est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par M. A dans ses écritures, sous réserve que leur inexactitude ne ressorte pas des pièces du dossier.

4. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". L'article L. 435-1 de ce code prévoit que " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

5. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui justifient effectivement, dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour fondée sur l'article L. 435-1 précité, résider en France habituellement depuis plus de dix ans, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité.

6. M. A soutient qu'à la date de l'arrêté attaqué, pris le 14 juin 2021, il justifiait d'un séjour continu de plus de dix ans sur le territoire français. Les pièces qu'il produit ne sont pas de nature à révéler l'inexactitude de cette allégation. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit au point 3, M. A est fondé à soutenir qu'en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, le préfet a entaché sa décision d'un vice de procédure.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 juin 2021, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation de son pays de destination et interdiction de retour en France pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas que l'administration prenne une nouvelle décision dans un sens déterminé. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que lui soit délivré un titre de séjour doivent être rejetées. Il y a seulement lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il lui délivrera, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée par M. A au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposé.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 14 juin 2021 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans un délai de quinze jours, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Louvel, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Assisté de M. Lux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21095312

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