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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109627

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109627

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 20 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points auxquelles elle se réfère, à la suite des infractions commises le 9 octobre 2018 (1 point), le 28 octobre 2018 (1 point), le 20 juillet 2019 (1 point), le 13 octobre 2019 à 8 heures 49 (1 point), le 13 octobre 2019 à 17 heures 31 (3 points), le 16 juillet 2020 (4 points) et le 9 septembre 2020 (4 points) ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer son capital de points, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des décisions successives de retrait de points :

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de délivrance de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant de la décision " 48 SI " :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions successives de retrait de points.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre les décisions de retrait des points consécutifs aux infractions commises les 28 octobre 2018, 20 juillet 2019 et 13 octobre 2019 à 8 heures 49 ont perdu leur objet dès lors que les points perdus ont été restitués à M. A ;

- les conclusions dirigées contre la décision " 48 SI " a perdu son objet dès lors qu'une nouvelle décision portant invalidation de son permis de conduire lui a été notifiée le 1er juillet 2021 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 mars 2023 à 12 heures

Par un courrier du 30 juin 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décision portant retrait de points à la suite des infractions commises le 28 octobre 2018, le 20 juillet 2019, et le 13 octobre 2019 à 8 heures 49, dès lors que les points perdus ont été restitués à M. A les 26 septembre 2019, 30 mars 2020 et 21 juillet 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Sitbon, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision " 48 SI " du 20 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points auxquelles elle se réfère, à la suite des infractions commises le 9 octobre 2018 (1 point), le 28 octobre 2018 (1 point), le 20 juillet 2019 (1 point), le 13 octobre 2019 à 8 heures 49 (1 point), le 13 octobre 2019 à 17 heures 31 (3 points), le 16 juillet 2020 (4 points) et le 9 septembre 2020 (4 points).

Sur la recevabilité des conclusions :

2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral de M. A que les points qui lui ont été retirés à la suite des infractions commises les 28 octobre 2018, 20 juillet 2019 et 13 octobre 2019 à 8 heures 49 lui ont été restitués les 26 septembre 2019, 30 mars 2020 et 21 juillet 2020 respectivement. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions de retrait de points ont perdu leur objet avant l'instance, sont donc irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les exceptions de non-lieu soulevées par le ministre en défense :

3. En premier lieu, si, ainsi qu'il a été dit au point 2 ci-dessus, les points retirés du permis de conduire de M. A à la suite des infractions commises les 28 octobre 2018, 20 juillet 2019 et 13 octobre 2019 à 8 heures 49 lui ont été restitués, les conclusions dirigées contre ces retraits de points étaient dépourvues d'objet à la date de l'introduction de l'instance. L'exception de non-lieu à statuer soulevée par le ministre en défense à leur encontre doit, dès lors, être écartée.

4. En second lieu, si le ministre de l'intérieur affirme que la décision " 48 SI " attaquée a été rapportée et qu'une nouvelle décision " 48 SI " a été notifiée à M. A le 1er juillet 2021, son relevé d'information intégral fait état d'une seule décision " 48 SI ", notifiée le 1er juillet 2021. Dans ces conditions, la décision " 48 SI " notifiée le 1er juillet 2021, n'est pas une " nouvelle décision " qui se serait substituée à la décision attaquée mais constitue, précisément, la décision que M. A conteste. Dès lors, l'exception de non-lieu soulevée par le ministre en défense manque en fait et doit donc être écartée.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions successives portant retrait de points :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions commises le 9 octobre 2018 et le 16 juillet 2020 :

6. Il résulte de l'instruction, notamment de l'examen du relevé d'information intégral de M. A versé à l'instance par le ministre en défense, que les infractions des 9 octobre 2018 et 16 juillet 2020 ont été constatées par un radar automatique et ont donné lieu, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire, à une amende forfaitaire majorée. Toutefois, si le ministre fait valoir qu'un avis de contravention puis un avis d'amende forfaitaire majorée, comportant l'ensemble des informations requises, ont été présentées au domicile du requérant, il ne le justifie par aucune pièce. Dans ces conditions, en l'absence de preuve de notification régulière de ces avis ou de paiement de l'amende forfaitaire ou de l'amende forfaitaire majorée, le ministre de l'intérieur n'établit pas avoir dispensé l'information préalable exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, M. A est fondé à soutenir que les décisions portant retraits de points consécutives aux infractions commises le 9 octobre 2018 et le 16 juillet 2020 ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière et à demander, pour ce motif, leur annulation.

S'agissant des infractions commises le 13 octobre 2019 et le 9 septembre 2020 :

7. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral que les infractions commises le 13 octobre 2019 et le 9 septembre 2020 ont été constatées par l'intermédiaire de procès-verbaux électroniques n°s 6013316355 et 6093761063. Sur cette base, l'agent verbalisateur a constaté les infractions sur un outil dédié, avant de télétransmettre les données y afférentes au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Il résulte de l'instruction, et notamment des bordereaux de transmission qui portent les mêmes numéros que les procès-verbaux électroniques, que le CNT-CSA a envoyé automatiquement au domicile de M. A des avis de contravention, lesquelles n'ont pas été retournés avec la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée " et sont réputés comporter l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, alors que M. A n'établit pas, ni même n'allègue, que les avis de contraventions qu'il a reçus seraient incomplets ou inexacts, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant dispensé l'information préalable requise par les dispositions susmentionnées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises le 13 octobre 2019 et le 9 septembre 2020 ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre ces décisions doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision " 48 SI " portant invalidation du permis de conduire de M. A pour solde de points nul :

8. La décision du ministre constatant l'invalidation du permis de conduire de M. A récapitule les décisions de retrait de points, dont celles consécutives aux infractions des 9 octobre 2018 et 16 juillet 2020. Or, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Ainsi, dès lors que, par le présent jugement, il est procédé à l'annulation de deux décisions de retrait de 1 et 4 points et en tenant compte des ajouts et restitutions de points mentionnés sur le relevé d'information intégral de M A, le solde de points rattaché à son permis de conduire est redevenu positif. Dès lors, la décision " 48 SI " du 20 mai 2021 doit aussi être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Si l'annulation contentieuse d'une décision de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. A le bénéfice des cinq points irrégulièrement retirés de son permis de conduire à la suite des infractions commises le 9 octobre 2018 et le 16 juillet 2020 et de réexaminer sa situation dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions portant retrait de points sur le permis de conduire de M. A à la suite des infractions commises le 9 octobre 2018 et le 16 juillet 2020, ainsi que la décision " 48 SI " du 20 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. A le bénéfice des cinq points retirés à la suite des infractions commises le 9 octobre 2018 et le 16 juillet 2020, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer sa situation pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente et Mme C et M. Sitbon, conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. Sitbon

La présidente,

Signé

C. Oriol La greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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