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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109832

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109832

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109832
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET CONSEILS FISCAUX REUNIS (2CFR)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 26 juillet 2021 et 23 avril 2022, l'Entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) BTM, représentée par Me Thierry, demande au tribunal :

1°) la décharge, et subsidiairement la réduction, de l'amende du 1 du I de l'article 1737 du code général des impôts qui a été mise à sa charge au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, l'administration n'établit pas le bien-fondé de cette amende ;

- subsidiairement le montant de l'amende est exagéré dès lors que l'administration fiscale ne devait retenir que les chèques établis à des personnes physiques ;

- ainsi le montant de l'amende doit être réduit, à minima, pour 2015 et 2016 de respectivement 28 168 euros et 12 275,50 euros ;

- si l'administration justifie l'application de l'amende par le paiement de personnes physiques en lieu et place de sous-traitants, elle ne remet pas en cause la réalité des travaux réalisés ;

- elle n'établit pas qu'il s'agit de factures de complaisance.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL BTM, qui exerce une activité dans le domaine des travaux du bâtiment, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2015 et 2016. A l'issue de ces opérations, l'administration a estimé qu'elle avait réglé des factures de complaisance à des personnes physiques et des factures fictives à son propre gérant et son épouse. L'administration fiscale l'a ainsi informée, par une proposition de rectification du 20 novembre 2018, qu'elle entendait l'assujettir à ces cotisions supplémentaires à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée pour les années et la période correspondantes. Après l'admission partielle de sa réclamation préalable, l'EURL BTM demande la décharge de l'amende du 1 du I de l'article 1737 du code général des impôts qui a été mise à sa charge au titre des années 2015 et 2016 pour un montant de 144 621 euros.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1737 du code général des impôts : " I. Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : / 1. Des sommes versées ou reçues, le fait de travestir ou dissimuler l'identité ou l'adresse de ses fournisseurs ou de ses clients, les éléments d'identification mentionnés aux articles 289 et 289 B et aux textes pris pour l'application de ces articles ou de sciemment accepter l'utilisation d'une identité fictive ou d'un prête-nom ; / 2. De la facture, le fait de délivrer une facture ne correspondant pas à une livraison ou à une prestation de service réelle () ". Il appartient à l'administration, lorsqu'elle a mis en recouvrement une amende fiscale sur le fondement de ces dispositions d'apporter la preuve que les faits retenus à l'encontre du redevable entrent bien dans leurs prévisions.

3. L'administration fiscale a assujetti l'EURL BTM à l'amende du 1 et du 2 de l'article 1737 du code général des impôts à raison de factures qu'elle a qualifiées de complaisance et de fictive. D'une part, ainsi que cela ressort de la proposition de rectification du 20 novembre 2018, elle a constaté que la requérante avait comptabilisé au titre des années 2015 et 2016 des factures de sous-traitance dont il ressort, à l'issue de l'exercice du droit de communication par l'administration auprès de la banque Crédit lyonnais, qu'elles ont été réglées non pas aux sociétés facturières mais à des personnes physiques. L'EURL BTM ne disposant pas de salariés, eu égard au chiffre d'affaires déclaré et aux sommes versées, l'administration fiscale a considéré que ces factures avaient servi à rémunérer des tiers qui avaient contribué à la réalisation de prestations effectuées dans le domaine du bâtiment, qu'il s'agissait de factures de complaisance, et qu'elles devaient être assujetties à l'amende en litige au titre du 1 du I de l'article 1737 précité. D'autre part, les copies des pièces bancaires ont aussi révélé que certaines factures de sous-traitance avaient en réalité servi à rémunérer le dirigeant de la société et son épouse, et non les entreprises facturières. Ces sommes, considérées comme des factures fictives, ont été assujetties à l'amende du 2 du I de l'article 1737 précité. Suite à l'admission partielle de la réclamation préalable de l'EURL BTM, ne demeure plus en litige que l'amende fondée sur le 1° du I de l'article 1737.

4. Il résulte des dispositions de l'article 1737, I-1 du CGI que l'amende pour factures de complaisance peut être appliquée aussi bien à la personne qui a délivré la facture qu'à la personne destinataire de cette facture, s'il est établi que la personne concernée a soit travesti ou dissimulé l'identité, l'adresse ou les éléments d'identification de son client ou de son fournisseur, soit accepté l'utilisation, en toute connaissance de cause, d'une identité fictive ou d'un prête-nom.

5. Pour infliger l'amende en cause, l'administration fiscale n'a pas estimé que les factures libellées au nom des sociétés EGB, Prestige Deco Bat, SBR et SEM correspondaient à des prestations réelles effectuées par ces sociétés mais versées à des tiers, mais que, sous couvert de factures émises par ces sociétés, qui avaient en réalité été établies par l'EURL BTM, cette dernière avait rémunéré des tiers, qui avaient réalisé pour elle des prestations de service. Pour l'établir, l'administration fiscale a exercé un droit de communication auprès des fournisseurs de l'entreprise requérante qui a permis d'établir que ceux-ci n'avaient pas facturé les sommes en cause. Le droit de communication exercé auprès de la banque de la requérante a quant à lui permis d'identifier les tiers rémunérés. Elle ajoute, sans être sérieusement contredite sur ce point, que le chiffre d'affaires réalisé au titre des années 2015 et 2016, de respectivement 164 326 euros et 205 936 euros, et la circonstance que l'EURL BTM ne comptait aucun salarié, corroboraient la réalisation par des tiers non identifiés de prestations de sous-traitance. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme démontrant que l'EURL BTM a travesti l'identité de ses sous-traitants en établissant des factures présentées comme émise par des sous-traitants habituels pour rémunérer des tiers, ayant réalisé des prestations de sous-traitance à son profit. Il s'ensuit que c'est à bon droit que l'administration fiscale a appliqué à ces factures l'amende du 1 du I de l'article 1737 du code général des impôts.

6. En second lieu, et subsidiairement, l'EURL BTM conteste le montant de l'amende aux motifs que certaines facturations ne correspondent pas au montant des chèques établis pour rémunérer les tiers qui auraient réalisés les prestations de services correspondantes, que certains bénéficiaires de règlements en cause n'ont pas été identifiés et que des chèques n'ont pas été établis au profit de personnes physiques. D'une part, il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des indications portées dans la proposition de rectification, que l'administration a, selon le nom de la société porté sur la facture, ventilé entre chaque société et facture les chèques ou versements espèces obtenus par le biais du droit de communication par bénéficiaire identifié ou non sans que, les sommes servants de base à l'amende en litige, constituées des seuls débits justifiés des factures comptabilisées au compte 611 " sous-traitance ", n'excèdent les sommes comptabilisées ou que n'apparaissent de doublons. D'autre part, si certains chèques établis sous le nom d'une société sous-traitante ont été versés à une personne morale tout en étant retenus dans les bases de l'amende en litige, la circonstance qu'il ne s'agisse pas d'une personne physique est sans incidence sur la qualification de facture de complaisance. Enfin, si certains bénéficiaires des règlements n'ont pas été identifiés faute d'obtention par l'administration de la copie du chèque, l'administration établit néanmoins que ces versements ont été consentis à des tiers pour la réalisation de prestations comptabilisées sous le nom d'une société tierce et que, ce faisant, il devait en être tenu compte dans la détermination de la base de l'amende en litige. Par suite, les bases de l'amende en litige au titre des années 2015 et 2016 ont été établies à bon droit par l'administration fiscale à respectivement 134 199 euros et 155 044 euros.

7. Il résulte de ce qui précède que l'EURL BTM n'est fondée à demander ni la décharge ni la réduction de l'amende du 1 du I de l'article 1737 du code général des impôts qui a été mise à sa charge au titre des années 2015 et 2016. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent également qu'être rejetées

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL BTM est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL BTM et au directeur départemental des finances publiques du département du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

S. Amazouz

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2109832

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