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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109833

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109833

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBATTAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 juillet 2021, le 6 décembre 2022 et le 4 janvier 2023, M. E, représenté par Me Battais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec un délai de départ de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", dans un délai de dix jours à compter de la date de notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- la décision portant refus de délivrance de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 janvier 2023.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant haïtien, né en 1968 a sollicité le 12 avril 2019 son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (dans sa rédaction alors applicable). Par arrêté du 9 juillet 2021, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. E en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n°21-008 du 1er avril 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs dans le Val-d'Oise le même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à M. B, directeur des migrations et de l'intégration et, en cas d'empêchement de ce dernier à Mme A D, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquels figurent les arrêtés de refus de délivrance de titre de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'était pas absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Mme D disposait ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, de la compétence pour signer l'arrêté en litige.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'indication suffisante des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent à son destinataire d'en contester utilement les motifs. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ainsi, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et a deux enfants majeurs restés dans son pays d'origine, où il ne conteste pas avoir lui-même vécu jusqu'à l'âge de 38 ans. Si M. E expose qu'il dispose d'un soutien familial en France, il n'en précise ni la nature ni l'intensité. Il ne conteste pas qu'à la date de la décision attaquée il séjournait en France en étant célibataire et sans enfant. En outre, alors même qu'il produit une attestation de vie commune du 20 juillet 2022 et un justificatif de domicile du 8 novembre 2022, ces pièces, postérieures à l'arrêté attaqué, ne donnent pas d'indication sur la situation du requérant avant la date de la décision litigieuse. Les faits ainsi décrits par ces deux attestations sont sans influence sur la légalité de la décision litigieuse.

7. D'autre part, le requérant produit au dossier un certain nombre de relevés d'heures effectuées pour des agences d'intérim qui attestent qu'il a travaillé sur des chantiers en tant que plaquiste, maçon ou encore aide bardeur, ainsi que des fiches de paie pour l'agence d'intérim Manpower. Ces documents ne concernent toutefois que des périodes étalées sur quelques mois en 2016, 2017, et 2018 et ne font état que d'une expérience professionnelle courte et discontinue. Enfin, la promesse d'embauche du 18 octobre 2022, postérieure à l'arrêté attaqué, n'est pas de nature à révéler une intégration professionnelle particulière stable et durable.

8. Il en résulte qu'en dépit d'une présence sur le territoire français depuis plus de dix ans, M. E n'établit pas que le centre de ces intérêts familiaux, personnels ou professionnels est établi de manière stable et durable en France. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

10. Dans les circonstances mentionnées ci-dessus concernant la situation familiale, personnelle et professionnelle de M. E, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a pu considérer que l'admission au séjour en France du requérant ne répondait pas à des motifs exceptionnels ou des circonstances humanitaires. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. E doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les conclusions à fin d'annulation de devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. F et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le président,

signé

P. Thierry L'assesseur le plus ancien,

signé

F.-E. Baude

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21098332

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