mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2109876 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juillet 2021 et 2 mars 2023, la SCI du Lynx, représentée par la SELARL Adden avocats, agissant par Me Laurent Férignac, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 11 février 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune a approuvé la révision du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Saint-Witz, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 20 juin 2021 tendant au retrait de cette délibération ;
2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- la concertation préalable à la révision du PLU est irrégulière ;
- le commissaire-enquêteur n'a pas répondu à ses observations dans son rapport ;
- la commune a commis une erreur manifeste d'appréciation en classant en zone agricole une partie de la parcelle dont elle est propriétaire ;
- le classement en zone agricole n'est pas cohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, la commune de Saint-Witz, représentée par la SARL Cazin Marceau Avocats, agissant par Me Bernard Cazin, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la requérante somme de 5 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens. Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée le 2 mars 2023 par ordonnance du 1er février 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baude, rapporteur,
- les conclusions de M. Tual Louvel, rapporteur public,
- et les observations de Me Baillet, représentant la SCI du Lynx, et de Me Benmerad, représentant la commune de Saint-Witz.
Une note en délibéré présentée par la SCI du Lynx a été enregistrée le 24 mai 2023.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI du Lynx est propriétaire d'une parcelle sur le territoire de la commune de Saint-Witz, sur laquelle elle projette de construire un hôtel. Son classement partiel en zone agricole a été maintenu à l'occasion de la révision n°1 du PLU de la commune. La requérante demande au tribunal d'annuler la délibération du 11 février 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune a approuvé la révision du plan local d'urbanisme (PLU), ensemble la décision implicite de rejet du 20 juin 2021 par laquelle le maire de la commune de Saint-Witz a rejeté son recours gracieux tendant au retrait de cette délibération.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : () a) L'élaboration et la révision du () plan local d'urbanisme () ; les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par le conseil municipal ou par l'organe délibération de l'établissement public de coopération intercommunale ". Aux termes des dispositions de l'article L. 103-4 du même code : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente ".
3. Le conseil municipal de la commune de Sant-Witz, par délibération du 24 janvier 2019, a déterminé les modalités de la concertation préalable à l'approbation de la révision n°1 du PLU de la commune. Ces modalités prévoyaient, outre une exposition en mairie et la diffusion d'informations dans divers médias, l'ouverture d'un registre sur lequel le public pouvait consigner ses observations et la tenue d'une réunion publique. Il ressort des pièces du dossier que la page du site internet de la commune consacrée à la révision du PLU comportait, le 22 février 2019, l'information selon laquelle " tout au long de la procédure vous pouvez soumettre vos observations et vos suggestions : () sur un registre disponible en mairie aux jours et heures d'ouverture habituels ". Il n'est pas soutenu que cette information, alors que la commune a créé une page internet dédiée spécialement à la révision du PLU, n'a pas été maintenue sur cette page jusqu'à la clôture de la concertation préalable. La réunion d'information publique consacrée à la révision a quant à elle eu lieu le 25 janvier 2020. S'il n'est pas établi avec certitude que la date, le lieu et l'objet de cette réunion ont donné lieu à une information publique préalable sur les supports habituels de communication municipale, il ressort des pièces du dossier que cette réunion a fait l'objet d'une mention dans la " newsletter " de la commune diffusée auprès des habitants inscrits à celle-ci, s'est déroulée en présence du maire et d'un adjoint, a duré deux heures, et qu'après une présentation des enjeux de la révision les élus ont répondu aux questions de la dizaine de participants ayant pris la parole. Il résulte de ce qui précède que la mise à disposition du registre et la réunion publique ont été mises en œuvre dans des conditions conformes à la taille de la population de la commune, et que conjuguées aux autres mesures de la délibération précitée elles ont permis aux habitants de la commune de Saint-Witz d'accéder aux informations relatives au projet et de formuler des observations. Il y a lieu par conséquent d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 103-4 du code de l'urbanisme.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies () ".
5. Considérant qu'il résulte de ces dispositions que le commissaire enquêteur doit, d'une part, établir un rapport relatant le déroulement de l'enquête et procéder à un examen des observations recueillies lors de celle-ci, en résumant leur contenu. Il doit, d'autre part, indiquer dans un document séparé, ses conclusions motivées sur l'opération, en tenant compte de ces observations mais sans être tenu de répondre à chacune d'elles.
6. La requérante, à l'occasion de l'enquête, a adressé le 20 novembre 2020 au commissaire-enquêteur une lettre d'observations sur le projet de révision mis à l'enquête critiquant le classement d'une partie de sa propriété en zone agricole. Si la requérante soutient que cette observation n'a pas donné lieu à une réponse circonstanciée de la part du commissaire-enquêteur, il ressort toutefois des pièces du dossier que le rapport de ce dernier mentionne ces observations, les analyse, et comporte à la fois la réponse du commissaire-enquêteur et celle de la commune. En faisant valoir, dans sa réponse, qu'aucune modification du classement de la parcelle de la requérante n'était envisagée par rapport à la situation préexistante, le commissaire-enquêteur a suffisamment répondu aux observations de la requérante, dès lors que le projet mis à l'enquête concernait la révision et non l'élaboration du plan local d'urbanisme de la commune. Dès lors il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 123-19 du code de l'environnement.
7. En troisième lieu, aux termes des dispositions de de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Et aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
8. Il appartient aux auteurs d'un PLU de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction et que, dès lors, l'appréciation portée par les auteurs du PLU sur la modification du zonage ne peut être censurée par le juge administratif que dans le cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
9. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle dont la requérante est propriétaire, qui jouxte une zone hôtelière, est bordée au nord et à l'est de vastes terres agricoles, ne supporte aucune construction, n'est pas artificialisée, et était déjà classée partiellement en zone agricole dans le zonage du plan local d'urbanisme approuvé en 2017. Les requérants n'établissent pas, en se limitant à faire valoir qu'elle n'est pas actuellement mise en culture, que son potentiel agronomique est inférieur à celui des terres voisines. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle est inexploitable alors, au contraire qu'elle est contiguë à d'autres parcelles agricoles. La circonstance, par ailleurs invoquée, que cette parcelle est desservie par des réseaux est, indifférente au classement en zone agricole. Il y a lieu, dans ces conditions d'écarter le moyen tiré de ce que le conseil municipal a commis une erreur manifeste d'appréciation en maintenant le classement de la parcelle litigieuse partiellement en zone agricole.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables définit : " 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune () ". Et, aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols () ".
11. Le projet d'aménagement et de développement durables du PLU de la commune de fixe parmi ses orientations, celle (N°2) de " soutenir l'économie locale ", dont l'économie agricole, et celle (N°3) de " protéger la mosaïque paysagère et ses écosystèmes ", et notamment " les milieux agricoles, paysages ouverts de champs cultivés " et les " milieux que l'on pourrait qualifier d'agro-naturels, de transition entre les espaces urbains et les grands espaces agricoles ", milieu auquel la parcelle litigieuse est susceptible d'appartenir. Si l'orientation N°2 insiste sur la nécessité de " conforter les zones d'activités existantes ", elle n'envisage pas expressément leur extension. Dans ces conditions, le classement partiel de la parcelle litigieuse en zone agricole n'est pas incohérent avec ces dispositions. Dès lors il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la SCI du Lynx.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
14. Les conclusions à fin d'annulation de la SCI du Lynx devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en effet obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SCI du Lynx la somme demandée par la commune de Saint-Witz sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI du Lynx est rejetée.
Article 2 :les conclusions de la commune de Saint-Witz tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la SCI du Lynx et à la commune de Saint-Witz.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Zaccaron Guérin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
Le rapporteur,
F.-E. Baude Le président,
P. Thierry
La greffière,
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21098762
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026