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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2110240

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110240

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGENIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2021, Mme B C A, représentée par Me Genies, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 juin 2021 par laquelle la directrice de l'institut de formation en soins infirmiers du groupe hospitalier Carnelle Portes-de-l'Oise lui a notifié la décision de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles de l'exclure définitivement de l'institut ;

2°) de mettre à la charge de l'institut de formation en soins infirmiers du groupement hospitalier des territoire Nord Ouest Vexin Val-d'Oise une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la séance du 10 juin 2021 s'est déroulée d'une part en visio-conférence et d'autre part sans la présence du conseil de la requérante qui avait sollicité un report ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors, d'une part, qu'elle n'a pas réalisé d'actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge le vendredi 14 mai 2021 et le lundi 17 mai 2021 lors de son stage réalisé au sein de la clinique du Parc de Saint-Ouen-L'Aumône et, d'autre part, que la sanction d'exclusion définitive est disproportionnée par rapport aux fautes reprochées.

Par un mémoire, enregistré le 8 septembre 2021, le directeur général de l'assistance publique - hôpitaux de Paris demande à être mis hors de la cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, la directrice de l'institut de formation en soins infirmiers du groupe hospitalier Carnelle Portes-de-l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, titulaire d'un diplôme d'Etat d'aide-soignante, a été admise en 2017 aux épreuves de sélection pour l'entrée à l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du groupe hospitalier Carnelle Portes de l'Oise (GHCPO), dépendant du groupement hospitalier de territoire Nord-Ouest Vexin Val-d'Oise (GHT NOVO). A la suite du redoublement de sa troisième année de formation, la commission du jury final pour le diplôme d'Etat d'infirmier a ajourné la requérante au titre de la session de mars 2021 et a décidé de la soumettre à un stage complémentaire d'une durée de dix semaines dans un service de soins de suite et réadaptation prévu du 26 avril 2021 au 2 juillet 2021. A la demande de son maître de stage, le stage complémentaire a été interrompu, puis a été suspendu par une décision de l'IFSI du 20 mai 2021. Le 10 juin 2021, la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles a prononcé l'exclusion définitive de la requérante de l'IFSI, décision qui lui a été notifiée par lettre du 14 juin 2021. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : / Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; () ", aux termes de l'article 16 de ce même arrêté : " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. Cette section doit se réunir, au maximum, dans un délai d'un mois à compter de la survenue des faits. / Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : / - soit alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ ou pratique selon des modalités fixées par la section ; / - soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive. " et aux termes de l'article 17 du même arrêté : " () Le directeur notifie, par écrit, à l'étudiant la décision prise par la section dans un délai maximal de cinq jours ouvrés après la réunion de la section. () ".

3. Si la requérante soutient que Mme D était incompétente pour signer la décision d'exclusion, il ressort toutefois des pièces du dossier que la décision contestée a été prise par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, conformément aux dispositions susmentionnées, Mme D ayant simplement, en sa qualité de directrice de l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du groupe hospitalier Carnelle Portes de l'Oise, signé la notification de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la lettre de notification de la décision attaquée est sans incidence sur la légalité de cette dernière.

4. En deuxième lieu, la requérante soutient que la lettre de notification de la décision attaquée serait insuffisamment motivée. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision d'exclusion attaquée. En tout état de cause, il n'est pas contesté que le compte-rendu de la réunion de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants a été notifié à la requérante.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux " () La section entend l'étudiant, qui peut être assisté d'une personne de son choix. / Dans le cas où l'étudiant est dans l'impossibilité d'être présent ou s'il n'a pas communiqué d'observations écrites, la section examine sa situation. / Toutefois, la section peut décider à la majorité des membres présents de renvoyer à la demande de l'étudiant l'examen de sa situation à une nouvelle réunion. Un tel report n'est possible qu'une seule fois. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu de la réunion de la section du 10 juin 2021, que la demande de report de la réunion présentée par la requérante a été soumise aux membres de la section qui l'ont rejetée, que le conseil de Mme C avait été informé par courrier du 2 juin 2021 que cette demande de report serait présentée aux membres de la section en début de séance conformément à l'article 15 susmentionné, et que ce rejet lui a été immédiatement notifié par courriel du 10 juin 2021. Par ailleurs, Mme C était présente à la réunion de section et a pu présenter ses observations. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que les droits de la défense auraient été méconnus.

7. En quatrième lieu, les dispositions de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, et notamment son chapitre 2 relatif à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, ne font pas obstacle à ce que les réunions de la commission se déroulent en visio-conférence.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux : " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. Cette section doit se réunir, au maximum, dans un délai d'un mois à compter de la survenue des faits. / Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : / - soit alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ ou pratique selon des modalités fixées par la section ; / - soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive. ".

9. D'une part, la requérante soutient qu'elle n'a pas réalisé d'actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge le vendredi 14 mai 2021 et le lundi 17 mai 2021 lors de son stage réalisé au sein de la clinique du Parc de Saint-Ouen-l'Aumône. Toutefois si les faits reprochés à la requérante durant le stage à la clinique du Parc de Saint-Ouen-l'Aumône ont principalement motivé la suspension de son stage, ils n'ont pas, à eux-seuls, justifier la sanction d'exclusion définitive de l'institut, alors que les actes reprochés à Mme C ont fait l'objet d'un rapport circonstancié rédigé le 17 mai 2021 et qu'elle a pu, lors de la réunion de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants du 10 juin 2021, présenter ses observations.

10. D'autre part, il ressort du rapport circonstancié relatif à la situation de la requérante que Mme C qui a validé de nombreuses unités d'enseignement à l'issue de la troisième session, a redoublé sa troisième année de formation puis a été ajournée à l'issue du stage complémentaire réalisé du 21 septembre 2020 au 6 novembre 2020 dans le service d'hématologie du centre hospitalier René Dubos de Pontoise. En outre, le suivi pédagogique sur l'ensemble de sa scolarité met en avant les difficultés de la requérante à comprendre les concepts théoriques. En ce qui concerne les stages, si elle soutient que ceux-ci se sont passés dans de bonnes conditions à l'exception du stage réalisé au sein de la clinique du Parc de Saint-Ouen-L'Aumône, l'évaluation du stage du semestre 5 indique que la requérante " présente, malgré des efforts évidents, de nombreuses lacunes théoriques qui la desservent dans sa pratique quotidienne " et cite comme axes d'améliorations la pharmacologie, l'approfondissement des connaissances sur les examens complémentaires et des connaissances théoriques. De même l'évaluation du stage complémentaire réalisé du 21 septembre 2020 au 6 novembre 2020 dans le service d'hématologie du centre hospitalier René Dubos de Pontoise, indique " malgré des efforts fournis tout au long du stage, des lacunes persistent au niveau des connaissances, des liens et l'organisations des soins ", et cite comme axes d'améliorations notamment les connaissances, le calcul des doses, l'organisation des soins et la prise en charge globale d'un groupe de patients, l'équipe encadrant la requérante durant ce stage précisant en outre que la requérante n'a jamais été laissée seule dans les soins. Enfin, il n'est pas contesté qu'à l'issue du redoublement de la troisième année de formation, la requérante a bénéficié d'un stage complémentaire et que l'IFSI du groupe hospitalier Carnelle Portes de l'Oise a mis en place un contrat pédagogique avec cette dernière. Ce stage complémentaire ne remplissant pas les critères de validation, l'équipe pédagogique s'interrogeant sur les compétences de la requérante et sa capacité d'exercer le métier d'infirmier, a recommandé un complément de formation, notamment un stage complémentaire, stage qui s'est effectué à la clinique du Parc de Saint-Ouen-L'Aumône et a été suspendu du fait de la réalisation par la requérante d'actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge. Ainsi, l'IFSI du groupe hospitalier Carnelle Portes de l'Oise a, préalablement à la décision d'exclusion définitive, mis en place les possibilités offertes par l'article 16 précité.

11. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de Mme C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à l'Institut de formation en soins infirmiers du groupe hospitalier Carnelle Portes de l'Oise et à Mme la directrice générale de l'assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023 .

La rapporteure,

signé

E. Chaufaux

La présidente,

signé

S. EdertLa greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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