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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2110318

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110318

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantGUEZ GUEZ SEFIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 9 août 2021 et le 14 novembre 2021, A B, représenté par Guez Guez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet né du silence gardé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur sa demande du 9 avril 2021 tendant à obtenir la restitution des points de son permis de conduire et le paiement de la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice subi ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à la restitution des points irrégulièrement retirés sur son permis de conduire à la suite des infractions commises les 12 avril 2019 et 13 juin 2019 ;

3°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice subi en raison du retrait illégal des points de son permis de conduire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu notification des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 12 avril 2019 et 13 juin 2019 ;

- il n'a pas reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement à ces décisions de retrait de points ;

- la réalité des infractions n'est pas établie ;

- les décisions du ministre de l'intérieur et des outre-mer méconnaissent le principe du contradictoire ;

- il est fondé à obtenir une somme de 2 000 euros en réparation de ses préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut, à titre principal à l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté et, à titre subsidiaire, à son rejet ; et à ce que soit mis à la charge de M. B la somme de 500 euros à verser à l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- l'administration n'a commis aucune faute ; le lien de causalité et la réalité du préjudice ne sont pas établis ;

- pour le surplus, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Coblence, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Coblence a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fins de restitution et d'injonction :

1. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : "'La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ()'". Aux termes de l'article R. 223-3 du code de la route : "'() Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception°".

2. Lorsque l'administration oppose à un justiciable une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif à l'encontre d'une décision, il lui incombe d'établir que l'intéressé a reçu notification régulière de cette décision.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'avis de réception de la lettre recommandée, produit par le ministre de l'intérieur, que le pli de notification de la décision " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul et récapitulé l'ensemble des décisions de retrait de points consécutives aux infractions successivement commises a été retourné à l'administration revêtu des mentions " pli avisé et non réclamé " et " présenté / avisé le 15/05/2020 ". Ces mentions claires, précises et concordantes permettent d'établir que M. B a bien été avisé de ce qu'un pli était en instance et à retirer au bureau de poste. La décision " 48 SI " en litige, établie selon un modèle-type, comportait nécessairement au verso la mention des voies et délais de recours. Le requérant n'établit pas que l'adresse à laquelle le pli a été envoyé ne correspondait pas effectivement, à la date à laquelle le pli lui a été expédié, à son domicile. Il suit de là que la décision " 48 SI " doit être regardée comme régulièrement notifiée à la date du 15 mai 2020. Si l'exercice d'un recours gracieux proroge en règle générale le délai de recours contentieux, celui-ci n'a été exercé en l'espèce que le 9 avril 2021 et n'a ainsi pas eu pour conséquence de proroger ce délai qui était déjà expiré à cette date. Dès lors, le requérant n'est pas recevable à invoquer, à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de retirer les décisions successives de retrait de points et de restituer ceux-ci, l'illégalité de ces dernières décisions devenues définitives à la date d'introduction de la requête le 9 août 2021.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin de restitution doivent être rejetées comme, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. Si l'illégalité d'une décision administrative constitue une faute, elle n'est toutefois pas nécessairement de nature à engager la responsabilité de l'administration. En particulier, une décision entachée de vice de procédure peut n'ouvrir droit à aucune indemnisation si elle apparaît justifiée au fond. Ainsi, le vice de procédure entachant un retrait de points d'un permis de conduire ne constitue pas la cause du préjudice résultant de ce retrait de points dès lors que la réalité de l'infraction commise par le titulaire du permis est établie.

6. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". Il résulte de cette disposition ainsi que de celles de l'article L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

7. En l'espèce, il résulte des mentions du relevé d'information intégral du 29 octobre 2021 qu'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée a été émis pour les infractions en litige des 12 avril 2019 et 13 juin 2019, sans que l'intéressé ne fasse valoir qu'il aurait déposé des réclamations ayant entraîné l'annulation de ces titres exécutoires. Par suite, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie. Les vices de procédures dont M. B se prévaut, tenant à ce qu'il n'aurait pas reçu notification des décisions de retrait de points ni reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route préalablement aux retraits de points consécutifs aux infractions qui lui sont reprochées, ne peuvent être regardés comme la cause des préjudices matériels et moral, invoqués par l'intéressé, ayant résulté pour lui de la perte du droit de conduire un véhicule automobile. M. B n'est dès lors pas fondé à engager la responsabilité de l'Etat, alors qu'au demeurant il n'apporte aucun élément pour caractériser les préjudices qu'il estime avoir subi. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

8. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente espèce, la somme demandée par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ni, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B de somme au titre des frais exposés par l'Etat et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La vice-présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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