mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2110342 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | WEINBERG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 aout 2021 et le 12 juillet 2022, Mme A, représentée par Me Weinberg, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec un délai de trente jours, l'a astreinte à se présenter tous les mardis à la préfecture, lui a fait obligation de lui remettre son passeport, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour " mention vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
la décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- doit être annulé en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- est entachée d'une erreur de droit le préfet s'étant estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard d'un défaut d'examen complet de sa situation, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant pas examiné sa demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 425-9, L. 423-23 et L. 435-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
L'obligation de quitter le territoire français : méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
la décision fixant le pays de renvoi : est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
la mesure d'astreinte à se présenter tous les mardis à la préfecture et à remettre son passeport est :
- illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
- entachée d'une incompétence de son signataire ;
- entachée d'un défaut de motivation ;
- entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 721-7 et L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
L'interdiction de retour sur le territoire français est :
- illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français
- entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;
- entachée d'une erreur de fait ;
- entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier de la requérante.
Par une ordonnance du 16 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Thierry, président-rapporteur ;
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante marocaine, née le 20 mai 1992, entrée en France en juin 2015 où elle vit depuis lors, a bénéficié d'un titre de séjour au titre de sa santé le 5 février 2019. Le renouvellement de ce titre lui ayant été refusé, elle a formé le 5 mars 2021 une nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 23 juin 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours, l'a astreinte à se présenter tous les mardis à la préfecture, l'a obligée à remettre son passeport, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A. Ces indications qui constituent le fondement de la décision litigieuse permettent au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, et alors même qu'elles ne reprennent pas l'ensemble des éléments propres à la situation de l'intéressée, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, alors que la décision fait état de la prise en considération d'éléments propres à la situation de Mme A, aucun élément du dossier ne permet d'établir que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation.
4. En troisième lieu, aucun texte ne prévoyant l'obligation pour le préfet de produire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, Mme A ne peut utilement se prévaloir de l'absence de production de cet avis pour demander l'annulation de la décision litigieuse. En tout état de cause, le préfet des Hauts-de-Seine a produit ledit avis rendu le 27 mai 2021 sur la situation de Mme A.
5. En quatrième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet des Hauts-de-Seine, qui a examiné la situation personnelle de Mme A, s'est estimé en situation de compétence liée au regard de cet avis. Le moyen tiré de la méconnaissance de sa propre compétence par le préfet des Hauts-de-Seine doit ainsi être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ".
7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. En l'espèce, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme A, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment approprié l'avis du collège des médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration du 27 mai 2021 indiquant que, si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale et peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, et peut voyager sans risques. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre d'une infection par le VIH connue depuis le mois d'octobre 2016. Cette affection de longue durée nécessite un traitement médicamenteux, dont la prise en continu d'un comprimé par jour de la spécialité pharmaceutique stribild. Mme A produit plusieurs certificats médicaux d'un praticien hospitalier en médecine interne, datés du 6 février 2017, du 22 janvier 2018, et du 30 décembre 2019, estimant que cette dernière ne pourrait pas bénéficier d'un traitement optimal et ne pourrait pas être prise en charge de la même façon dans son pays d'origine. Elle expose également que le Maroc, en voie de développement, n'offre pas les mêmes garanties en matière de suivi médical et d'accès aux soins que la France. Ces éléments sont toutefois insuffisants pour démontrer que Mme A ne sera pas en mesure de bénéficier effectivement d'un suivi et d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que Mme A a formé sa demande en qualité d'étranger malade sur le seul fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'était, dès lors, pas tenu de rechercher si un titre de séjour pouvait lui être délivré sur un autre fondement que celui sur lequel elle avait déposé sa demande. Il en résulte que Mme A ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre le refus de titre de séjour.
10. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Mme A établit qu'elle est arrivée en France en 2015, à l'âge de 23 ans, qu'elle y réside depuis lors, soit six ans à la date de la décision contestée et qu'elle y dispose d'attaches familiales, sa sœur et son compagnon y résidant en situation régulière. Il ressort toutefois des pièces du dossier, qu'à la date de la décision attaquée, Mme A n'avait pas d'enfant et que la relation de concubinage dont elle se prévaut était récente. Si, depuis lors, Mme A a donné naissance à un enfant le 9 mars 2022, cette circonstance, postérieure à la date de la décision attaquée est sans influence sur sa légalité. Par ailleurs, si Mme A produit deux contrats de travail à durée déterminée qui lui ont permis de travailler de septembre 2019 à juin 2021 en qualité d'employée polyvalente de restauration puis d'aide à domicile, ces contrats sont prévus pour des durées partielles inférieures à un mi-temps et n'ont couru que sur une période relativement courte. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne décision fixant le pays de renvoi
13. Il résulte de ce qui précède que l'unique moyen soulevé par Mme A contre la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé. Dès lors Mme A n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la mesure d'astreinte à se présenter tous les mardis à la préfecture et à remettre son passeport :
14. En premier lieu, Il résulte de ce qui précède que l'unique moyen soulevé par Mme A contre la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé. Dès lors Mme A n'est pas davantage fondé à soutenir que la mesure d'astreinte à se présenter tous les mardis à la préfecture et à remettre son passeport doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
15. En deuxième lieu, M. D C, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, disposait d'une délégation de signature que lui a consentie le préfet des Hauts-de-Seine par un arrêté n° 2021 - 039 du 14 juin 2021 lui conférant la compétence pour signer la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de son incompétence doit être écarté.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ".
17. L'obligation de présentation à laquelle un étranger est susceptible d'être astreint sur le fondement de ces dispositions a le caractère d'une décision distincte de l'obligation de quitter le territoire français. Dès lors toutefois qu'elle tend à assurer que l'étranger accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui est imparti, elle concourt à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, la décision qui prévoit cette obligation, doit être motivée au titre des mesures de police, et sa motivation peut se confondre avec celle de l'obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire.
18. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A. Ces indications qui constituent le fondement de la décision litigieuse permettent au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Cette motivation se confondant avec celle applicable à la décision concernant l'obligation de présentation, le moyen tiré de son insuffisance doit être écarté.
19. En quatrième lieu, au regard du pouvoir d'appréciation dont dispose, aux termes de la loi, l'autorité administrative pour apprécier la nécessité d'imposer une obligation de présentation sur le fondement de l'article L. 721-7, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste tant dans sa décision de recourir à cette mesure que dans le choix des modalités de celle-ci.
20. En l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé d'obliger Mme A à remettre son passeport et à se présenter tous les mardis matin en matinée, à la préfecture des Hauts-de-Seine. Mme A n'étant plus autorisée à travailler en raison du refus de titre de séjour qui lui est opposée, elle n'est pas fondée à soutenir que cette décision l'empêche de se rendre à son travail. Elle ne fait par ailleurs valoir aucun autre élément qui l'empêcherait de se rendre à la préfecture le temps de la mesure, dont la durée est du reste limitée au délai de départ volontaire, soit trente jours, ce qui ne représente que quatre déplacements au maximum. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant la mesure contestée le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et qu'il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
21. En vertu de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsqu'un étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec délai et qu'il ne s'est pas maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà de ce délai de départ volontaire, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur ce territoire pour une durée, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. En vertu de l'article L.612-10 pour fixer la durée cette interdiction de retour l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
22. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
23. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour justifier la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine, après avoir mentionné la date d'arrivée en France de Mme A, son célibat et l'absence d'intensité de ses liens en France, indique que la durée d'un an de cette interdiction ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé. Alors que Mme A n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne ressort d'aucun élément du dossier que sa présence représente une menace pour l'ordre public le préfet des Hauts-de-Seine ne mentionne aucun élément de nature à justifier de la nécessité ou même du simple intérêt de cette décision. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit, Mme A justifie de la présence régulière de sa sœur et de son compagnon en France. Elle y a également travaillé et ainsi noué des liens professionnel et sociaux. Il n'est pas contesté qu'à la date de la décision attaquée elle entretenait des liens affectifs avec celui qui est, postérieurement à la décision, devenu le père de son enfant. Enfin, elle a suivi un parcours de soins en France dont elle ne retrouvera pas nécessairement la qualité dans son pays d'origine. Dans ces conditions, bien que ces éléments ne soient pas de nature à justifier l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, ils sont en revanche propres à justifier que Mme A ne soit pas empêchée de revenir en France pendant une période d'un an. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation, qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle doit pour ces motifs être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. La seule annulation l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse n'implique ni que le préfet lui délivre un titre de séjour ni qu'il réexamine sa demande de titre de séjour. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction de Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
25. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
26. Ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie essentiellement perdante, une somme à ce titre, les conclusions de Mme A en ce sens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 juin 2021 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en tant qu'il interdit à Mme A le retour sur le territoire français.
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Zaccaron Guerin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
Le président,
signé
P. Thierry L'assesseur le plus ancien,
signé
F.-E. Baude
La greffière,
sigé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21103422
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026