Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110344
lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2110344 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 août 2021, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 juin 2021 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 28 décembre 2020 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande tendant à l'octroi d'une pension militaire d'invalidité ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de lui communiquer l'ensemble de ses demandes antérieures déposées à ce titre et de dire que sa demande de pension est antérieure à la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018.
3°) à titre subsidiaire de désigner un expert pour l'examiner et déterminer son taux d'incapacité ;
4°) de réserver les frais.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnait les dispositions de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 dès lors qu'il a formé, avant le 14 juillet 2018, plusieurs demandes tendant à l'octroi d'une pension depuis l'année 2000.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Colin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 19 mai 1953 en Algérie a sollicité, le 12 octobre 2018, une pension au titre du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre pour des infirmités relatives à sa jambe gauche, qu'il estime dues à l'accident dont il a été victime à l'âge de cinq ans en 1959, en Algérie. Par une décision du 28 décembre 2020, le ministre des Armées a rejeté sa demande. M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, qui a été rejeté par une décision du 9 juin 2021 par la Commission de recours de l'invalidité, au motif que la demande du requérant n'avait pas été introduite dans le délai imparti et qu'il n'apportait pas la preuve qu'il avait introduit une telle demande avant le 14 juillet 2018. M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 113-6 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, résultant du I de l'article 49 de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense : " Les personnes ayant subi en Algérie entre le 31 octobre 1954 et le 29 septembre 1962 des dommages physiques, du fait d'attentats ou de tout autre acte de violence en relation avec la guerre d'Algérie, bénéficient des pensions de victimes civiles de guerre. () / Par dérogation à l'article L. 152-1, les demandes tendant à l'attribution d'une pension au titre du présent article ne sont plus recevables à compter de la publication de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense ". Aux termes du II de l'article 49 de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense : " L'article L. 113-6 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans sa rédaction résultant du I du présent article, est applicable aux demandes tendant à l'attribution d'une pension déposées à compter du 9 février 2018, ainsi qu'aux instances en cours à la date de la publication de la présente loi ". Il résulte de ces dispositions que les demandes de pension de victime civile de la guerre d'Algérie présentées à compter du 14 juillet 2018, date de publication de la loi du 13 juillet 2018, ne sont pas recevables et que, par suite, le ministre des armées et, après lui, la commission de recours de l'invalidité sont tenus de les rejeter.
3. Pour rejeter la demande de pension de M. B, la commission de recours de l'invalidité a fondé sa décision sur la tardiveté de sa demande de pension militaire d'invalidité, transmise le 12 octobre 2018, soit postérieurement à la date du 14 juillet 2018 prévue par les dispositions précitées de l'article L. 113-6 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre. Si le requérant fait valoir qu'il a introduit à plusieurs reprises depuis l'année 2000 des demandes auprès de l'administration, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations alors que le ministre verse au dossier le courrier du 12 novembre 2020 par lequel le directeur du service des anciens combattants d'Algérie a confirmé l'absence de tout document attestant d'une telle demande qui aurait été introduite avant le 14 juillet 2018 conformément à l'analyse rappelée au point précédent. Dans ces conditions, en l'absence de réception par l'administration d'une demande avant le 14 juillet 2018, le moyen tiré de ce que c'est à tort que sa demande a été rejetée pour tardiveté doit être écarté.
4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la désignation d'un expert que la requête de M. B doit être rejetée en l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente,
Mme Colin, premier conseiller,
M. Jacquelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
C. COLIN
La présidente,
signé
H. LE GRIELLa greffière,
signé
E. PRADEL
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.