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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2110582

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110582

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantPAUGAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2021, M. C B, représenté par Me Paugam, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté sa demande tendant au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 7 avril 2020 dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 15 mars 2023 et le 20 mars 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n° 2110492 du 6 septembre 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et l'ordonnance n° 2103704 du 17 mai 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Versailles ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Weiswald a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant afghan né le 5 octobre 2000, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 29 octobre 2020 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture du Val-de-Marne. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Par un courrier du 1er mars 2021, la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII l'a informé de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités. À compter du mois de mai 2021, l'OFII a suspendu le versement de l'allocation pour demandeur d'asile dont il était jusque-là bénéficiaire. Par ailleurs, par une ordonnance n° 2103704 en date du 17 mai 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Versailles a suspendu l'exécution de la décision du 23 mars 2021 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de renouveler son attestation de demandeur d'asile et l'intéressé a été mis en possession d'une nouvelle attestation de demande d'asile en procédure dite " normale " à compter du 25 juin 2021. Enfin, par une décision du 5 juillet 2021 dont il demande l'annulation, la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII a rejeté sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il ne justifiait pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les conditions auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation des conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII.

2. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

3. En premier lieu, d'une part, si l'article L. 522-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'OFII ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, ces dispositions ne sauraient être lues comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu pour l'instruction d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque l'OFII a mis fin partiellement ou totalement à celles-ci. D'autre part, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier, que la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge se serait abstenue d'examiner la situation de vulnérabilité de M. B avant de refuser de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont il avait antérieurement bénéficié. En outre, il ressort également des pièces du dossier, notamment des captures d'écran et des documents versés par le directeur général de l'OFII à l'appui de ses écritures, que le requérant, qui n'établit pas avoir fait état de circonstances nouvelles quant à sa vulnérabilité à l'appui de sa demande de rétablissement, a bénéficié d'un premier entretien de vulnérabilité lors de son passage en guichet unique, le 29 octobre 2020, à l'occasion duquel son état de vulnérabilité a été évalué à 1 sur une échelle de 0 à 3. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure en l'absence d'examen préalable de la vulnérabilité de M. B doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'État n° 428530 en date du 31 juillet 2019, point 18, mentionne que l'intéressé a fait l'objet d'une suspension de ses conditions matérielles d'accueil le 7 avril 2021 au motif qu'il n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités et que les motifs qu'il évoque à l'appui de sa demande de rétablissement ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il a consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Elle énonce enfin qu'après avoir procédé à un examen de sa situation personnelle et familiale, il n'est pas possible de donner une suite favorable à sa demande. Ainsi, cette décision comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, rappelée au point précédent, ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, les circonstances que la décision en litige indique de manière erronée, d'une part, qu'il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 7 avril 2021 et, d'autre part, que celles-ci ont été suspendues le même jour constituent de simples erreurs matérielles qui sont incidence sur la légalité de la décision de refus de rétablissement attaquée. Par suite, le moyen tiré des erreurs de fait dont serait entachée cette décision doit être écarté.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui était célibataire et âgé de vingt ans à la date de la décision contestée, ne justifie d'aucun besoin spécifique en matière d'accueil et d'aucune vulnérabilité particulière, vulnérabilité qui avait été évaluée à 1 sur une échelle de 0 à 3 lors de son passage en guichet unique le 29 octobre 2020. Par ailleurs, il ne justifie pas des raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 28 novembre 2020 et le 19 mars 2021, date de la demande de renouvellement de cette attestation auprès du préfet des Yvelines, alors même que le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne, en principe, la suspension des droits à l'allocation. En outre, il ne fournit pas davantage de précisions sur sa situation et ses conditions de vie entre la date de suspension de ses conditions matérielles d'accueil, décision qu'il n'a au demeurant pas contestée, et sa demande de rétablissement. Dans ces conditions, et alors même qu'il justifie des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil serait entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 5 juillet 2021 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'OFII lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Weiswald et Mme D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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