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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2110590

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110590

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantCABINET GARRIGUES BEAULAC ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 août 2021 et 17 juin 2024 sous le numéro 2110590, Mme C A, représentée par Me Beaulac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2021, par laquelle la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) a refusé d'accéder à sa demande de révision des bases de calcul de sa pension ;

2°) d'enjoindre à la CNRACL de réviser sa pension, avec effet au 1er mai 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations, gestionnaire de la CNRACL, la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision attaquée a été prise par un auteur incompétent ;

- elle est entachée d'une première erreur de droit dans la mesure où la CNRACL a pris en compte le dernier indice brut qu'elle détenait en qualité d'assistante socio-éducative et non l'indice brut qu'elle détenait depuis juin 2000 en qualité de cadre socio-éducative, alors même que la durée de suspension de ses fonctions au sein du Centre d'accueil et de soins hospitaliers (CASH) de Nanterre du 21 mars 2001 au 1er août 2005 était illégale ;

- elle est entachée d'une seconde erreur de droit dans la mesure où la CNRACL n'a pas pris en compte la période de suspension de fonctions précitée dans le calcul de sa pension de retraite, alors même qu'un agent suspendu demeure en position d'activité avec tous les droits liés à cette position.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2022, le directeur de la Caisse des dépôts conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que, par une décision du 23 août 2021, la CNRACL a procédé à la révision des bases de liquidation de la pension en prenant en compte la période de suspension en tant que période de services effectifs, avec un effet rétroactif au 1er mai 2021, et que les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2024, le directeur du Centre d'accueil et de soins hospitaliers (CASH) de Nanterre, représenté par Me Frouin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées le 3 octobre 2024 de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 juin 2021 en tant qu'elle refuserait de prendre en compte la période de suspension de Mme A dans le calcul de sa pension, dès lors que, sur ce point, la décision précitée s'est bornée à l'informer que sa demande était en cours d'instruction.

II. Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 12 mai 2022, 20 mai 2022 et 17 mai 2024 sous le numéro 2207089, Mme C A, représentée par Me Beaulac, demande au tribunal :

1°) de condamner le Centre d'accueil et de soins hospitaliers (CASH) de Nanterre à lui verser une somme de 15 000 euros, avec paiement des intérêts au taux légal à compter du 4 février 2022, en réparation des préjudices subis liés à la régularisation tardive de sa situation administrative ;

2°) d'enjoindre au CASH de Nanterre de produire la décision du 21 mars 2001 portant suspension de ses fonctions et le jugement du tribunal administratif de Paris n°0111172/5 du 7 février 2002 ;

3°) de mettre à la charge du CASH de Nanterre la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- le CASH de Nanterre a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, dès lors que la suspension de fonctions, dont elle a fait l'objet entre le 21 mars 2001 et le 31 juillet 2005, n'a été régularisée que par un arrêté du 28 septembre 2020, soit plus de quinze années après la fin de cette mesure conservatoire ;

- en raison de la tardiveté de cette régularisation, elle n'a pu bénéficier de l'intégralité de sa pension qu'à compter du mois de septembre 2021, soit quatre mois après son départ en retraite ;

- son préjudice est constitué par un préjudice moral évalué à 7 500 euros et par des troubles dans ses conditions d'existence évaluées à 7 500 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2024, le directeur du Centre d'accueil et de soins hospitaliers (CASH) de Nanterre, représenté par Me Frouin conclut, à titre principal, au rejet de la requête pour tardiveté et, à titre subsidiaire, à son rejet comme étant non fondée, et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des frais d'instance.

Il fait valoir que le principe de sécurité juridique s'oppose à la remise en cause de la décision du 21 mars 2001 portant suspension de Mme A et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- le jugement du tribunal administratif de Paris n°0111172/5 du 7 février 2002 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- les rapports de M. Robert, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, assistante socio-éducative au sein du Centre d'accueil et de soins hospitaliers (CASH) de Nanterre depuis 1992, a été nommée cadre socio-éducative stagiaire dans ce même centre le 23 juin 2000. Par un arrêté du 21 mars 2001, le CASH de Nanterre a prononcé la suspension de Mme A à titre conservatoire, au motif qu'il avait eu connaissance d'éléments laissant supposer que l'intéressée aurait commis des infractions pénales dans le cadre de ses fonctions. Malgré un jugement du 7 février 2002, par lequel le tribunal administratif de Paris a partiellement annulé cet arrêté pour ses effets à compter du 22 juillet 2001, celui-ci est resté en vigueur jusqu'à la démission de Mme A le 1er août 2005. Par un courrier adressé au CASH de Nanterre en février 2020, l'intéressée a sollicité l'établissement de sa retraite. Par un arrêté du 28 septembre 2020 portant la mention " régularisation ", le CASH de Nanterre a rétroactivement prononcé une mesure de suspension de fonctions de Mme A du 21 mars 2001 au 31 juillet 2005. Par un brevet de pension non daté, la CNRACL a établi la pension de l'intéressée à un montant de 502 euros net mensuels à compter du 1er septembre 2020. Par courrier du 9 juin 2021, Mme A a sollicité une révision des bases de calcul de sa pension, dès lors que celle-ci ne prenait pas en compte son grade de cadre socio-éducative et la période de suspension de fonctions du 21 mars 2001 au 31 juillet 2005. Par une décision du 23 juin 2021, la CNRACL a refusé d'accéder à sa demande de prise en compte du grade de cadre socio-éducative et l'a informée que sa demande de prise en compte de la période de suspension précitée était en cours d'instruction. Par courrier du 22 février 2022, Mme A a sollicité du CASH de Nanterre l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la régularisation tardive de sa situation administrative. Par les présentes requêtes, Mme A sollicite l'annulation de la décision de la CNRACL du 23 juin 2021 et la condamnation du CASH de Nanterre à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2110590 et n°2207089 concernent une même personne, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur la requête n°2110590 :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

3. Mme A sollicite l'annulation de la décision de la CNRACL du 23 juin 2021 en tant, notamment, qu'elle refuserait de prendre en compte la période de suspension de fonctions du 21 mars 2001 au 31 juillet 2005 dans le calcul de sa pension. Toutefois, il ressort des termes de la décision attaquée que, sur ce point, celle-ci se borne à informer Mme A que sa demande de révision des bases de calcul de sa pension était en cours d'instruction. Cette réponse d'attente ne comportant aucune décision susceptible de lier le contentieux, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 juin 2021, en tant qu'elle refuserait de prendre en compte la période de suspension de fonctions de Mme A dans le calcul de sa pension, sont irrecevables et doivent être rejetées.

4. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 23 août 2021, la CNRACL a procédé à la révision des bases de liquidation de la pension de la requérante en prenant en compte la période de suspension de fonctions précitée, avec un effet rétroactif.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. D, adjoint au directeur des gestions mutualisées, qui disposait d'une délégation du directeur général de la Caisse des dépôts à cet effet par un arrêté AD21015 du 1er mars 2021 et un arrêté DSD21014 du même jour, régulièrement publiés sur le site internet de la Caisse des dépôts. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 17-I du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, dans sa version applicable au litige : " I. - Aux fins de sa liquidation, le montant de la pension est calculé en multipliant le pourcentage de liquidation tel qu'il résulte de l'application de l'article 16 par le traitement soumis à retenue afférent à l'indice correspondant à l'emploi, grade, classe et échelon effectivement détenus depuis six mois au moins par le fonctionnaire au moment de la cessation des services valables pour la retraite ou, à défaut, par le traitement soumis à retenue afférent à l'emploi, grade, classe et échelon antérieurement occupés d'une manière effective, sauf s'il y a eu rétrogradation par mesure disciplinaire () ". Pour l'application de ces dispositions, il ne peut être tenu compte, pour la condition d'ancienneté de six mois, de la période de stage accomplie préalablement à la titularisation dans un nouvelle catégorie d'emploi.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est même pas allégué, que Mme A, qui a été nommée cadre socio-éducative stagiaire à compter du 23 juin 2000, ait été titularisée dans ce grade. Ainsi, nonobstant la durée de sa suspension de fonctions, elle conservait, au moment de sa radiation des cadres, la qualité de stagiaire comme l'indique d'ailleurs la décision du 20 juillet 2005, par laquelle le directeur du CASH a accepté sa démission. Dans ces circonstances, Mme A ne remplissait pas la condition d'ancienneté de six mois pour bénéficier d'une pension de retraite calculée sur la base du traitement afférent au grade de cadre socio-éducative au 4ème échelon, indice brut 535. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la CNRACL a calculé ses droits à pension sur la base du grade qu'elle détenait auparavant depuis plus de six mois en qualité de titulaire, à savoir celui d'assistante socio-éducative au 9ème échelon, indice brut 527. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doit être rejeté, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

Sur la requête n°2207089 :

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

9. Mme A soutient qu'elle n'a pas perçu l'intégralité de sa pension entre mai et septembre 2021 en raison de la régularisation tardive, par un arrêté du CASH de Nanterre du 28 septembre 2020, de la suspension de ses fonctions au sein dudit CASH entre le 21 mars 2001 et le 31 juillet 2005.

10. Toutefois, la requérante ne produit aucun élément justifiant que cette régularisation tardive serait à l'origine des préjudices allégués. A l'inverse, il résulte de l'instruction que l'absence de prise en compte de cette période de suspension dans le calcul initial de la pension de Mme A résulte d'une erreur de droit commise par la CNRACL, qui avait bien connaissance de la période de suspension litigieuse. Dans ces conditions, même à supposer qu'aucune décision explicite n'aurait été édictée par le CASH de Nanterre le 21 mars 2001, ce qui, au demeurant, est démenti par le jugement du tribunal administratif de Paris du 7 février 2002, cette irrégularité ne serait pas à l'origine des préjudices allégués. Mme A n'est donc pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité du CASH de Nanterre.

11. Même à supposer que la régularisation tardive, par un arrêté du 28 septembre 2020, de la suspension de fonctions dont elle a fait l'objet entre le 21 mars 2001 et le 31 juillet 2005 présente un caractère fautif, il est constant que l'intéressée n'a pas cherché à obtenir la régularisation de sa situation, que ce soit en demandant l'exécution du jugement du tribunal administratif de Paris du 7 février 2002 ou en sollicitant directement l'administration, jusqu'à sa démission en 2005, alors qu'elle continuait d'être rémunérée, cette absence de diligence étant de nature à exonérer l'administration, dans ces circonstances, de sa responsabilité. En tout état de cause, l'engagement de démarches de plusieurs mois pour obtenir en 2020 la régularisation de sa pension, délai qui ne présente pas de caractère anormal dans le cadre d'une démarche administrative, ne saurait être regardé comme ayant pu générer un préjudice moral. Enfin, l'intéressée n'établit pas l'existence des troubles allégués dans les conditions d'existence pour le montant chiffré à 7 500 euros, qu'elle se borne, sans donner de calcul précis, à réclamer au titre " de la différence de trimestres figurant sur les décomptes de pension de la CNRACL ".

12. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu d'enjoindre au CASH de Nanterre de produire la décision du 21 mars 2001 portant suspension de ses fonctions et le jugement du tribunal administratif de Paris n°0111172/5 du 7 février 2002.

En ce qui concerne les frais de l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge du CASH de Nanterre qui, dans la présente instance, n'est pas la partie perdante.

14. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions au profit du CASH de Nanterre.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées n°2110590 et n°2207089 de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre d'accueil et de soins hospitaliers de Nanterre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la Caisse des dépôts et au centre d'accueil et de soins hospitaliers de Nanterre.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Prost, premier conseiller,

M. Robert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

D. RobertLe président,

signé

P.-H. d'ArgensonLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2110590 - N°2207089

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