mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2110650 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | RIQUIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 août 2021, M. D B, représenté par Me Rousseau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 mai 2021 par laquelle le président de l'université Paris Nanterre a refusé son admission en première année de master mention " Droit français - droits étrangers [Droit français - Common law] " pour l'année universitaire 2021-2022, ensemble la décision du 26 juillet 2021 ayant rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à l'université Paris Nanterre de l'admettre dans les effectifs du master 1 mention " Droit français - droits étrangers [Droit français - Common law] " pour l'année universitaire 2021-2022, dans un délai de 3 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'université Paris Nanterre la somme de 2 000 euros pour Me Rousseau au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas signée et ne permet pas de savoir en quelle qualité son auteur est intervenu ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas en mesure de s'assurer de la régularité de la procédure d'admission ;
- elle est dépourvue de base légale, la délibération n°2021-00002 du 1er février 2021 relative aux admissions en Master subordonnées à l'examen du dossier du candidat, sur laquelle elle se fonde, n'ayant pas été régulièrement affichée ou publiée ni transmise au recteur chancelier des universités ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa candidature respecte les critères de sélection posés par la délibération n°2021-00002 du 1er février 2021 susvisée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de son handicap et de la dégradation épisodique de son état de santé, créant ainsi une situation de discrimination.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire enregistrés le 26 août 2022 et le 3 octobre 2023, l'université de Paris Nanterre, représentée par Me Riquier, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chaufaux,
- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public ;
- les observations de Me Gévaudan, représentant l'université de Paris Nanterre.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 12 mai 2021, le président de l'université Paris-Nanterre a refusé l'admission de M. B en première année de master mention " Droit français - droits étrangers [Droit français - Common law] " pour l'année universitaire 2021-2022, au motif que ses " acquis académiques antérieurs sont insuffisants pour accéder à la formation postulée, après avis consultatif conformément aux procédures applicables. ". Le recours gracieux exercé par le requérant à l'encontre de ce refus d'admission a été rejeté le 26 juillet 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; () " et du second alinéa de l'article L. 112-9 du même code : " Lorsqu'elle met en place un ou plusieurs téléservices, l'administration rend accessibles leurs modalités d'utilisation, notamment les modes de communication possibles. Ces modalités s'imposent au public. ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée porte l'en-tête de l'université Paris Nanterre et comporte les mentions relatives à son auteur, à savoir ses nom et prénom et sa qualité de président. D'autre part, il n'est pas contesté que l'université Paris-Nanterre a mis en place un téléservice " ecandidat.parisnanterre.fr " dont les conditions générales d'utilisation sont consultables sur le site internet de l'université. L'article 4 des conditions générales d'utilisation de ce téléservice précisent, conformément aux dispositions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration, que les décisions administratives notifiées aux candidats par l'intermédiaire de ce téléservice sont dispensées de la signature de leur auteur. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il ne pouvait savoir en quelle qualité intervenait l'auteur de la décision contestée ni que la décision serait illégale en l'absence de signature de son auteur.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'entrée en vigueur d'un acte réglementaire est subordonnée à l'accomplissement de formalités adéquates de publicité, notamment par la voie, selon les cas, d'une publication ou d'un affichage, sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables. / Un acte réglementaire entre en vigueur le lendemain du jour de l'accomplissement des formalités prévues au premier alinéa, sauf à ce qu'il en soit disposé autrement par la loi, par l'acte réglementaire lui-même ou par un autre règlement. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de ses dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de ces mesures. ". Aux termes de l'article L. 719-7 du code de l'éducation : " Les décisions des présidents des universités et des présidents ou directeurs des autres établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel ainsi que les délibérations des conseils entrent en vigueur sans approbation préalable, à l'exception des délibérations relatives aux emprunts, prises de participation et créations de filiales mentionnées à l'article L. 719-5 et sous réserve des dispositions du décret prévu à l'article L.719-9. Toutefois, les décisions et délibérations qui présentent un caractère réglementaire n'entrent en vigueur qu'après leur transmission au recteur de région académique, chancelier des universités. () ".
5. La délibération n° 2021/00002 relative aux admissions en Master subordonnées à l'examen du dossier du candidat, approuvée par le conseil d'administration de l'université le 1er février 2021, fixe les critères de sélection pour accéder au Master 1 ainsi que les capacités d'accueil, qui figurent dans une annexe à laquelle renvoie l'article 1 de la délibération. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'affichage établi le 16 février 2021, que cette délibération a été affichée le 16 février 2021 dans la vitrine des informations institutionnelles du bâtiment Pierre Grappin de l'université. D'autre part, il n'est pas contesté que l'université et ses bâtiments étaient ouverts et donc accessibles durant la période de candidature au master, soit de mars à mai 2021. En ce qui concerne la transmission au recteur chancelier des universités, il ressort des pièces du dossier que la délibération n° 2021/00002 a été transmise à ce dernier le 17 février 2021 comme en attestent le bordereau d'envoi et l'attestation de réception de l'académie de Versailles versés au débat. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait privée de base légale faute de modalités de publicité régulières et de transmission au recteur chancelier des universités de la délibération n° 2021/00002.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la délibération n°2021/00002 du 1er février 2021 relative aux admissions en Master subordonnées à l'examen du dossier du candidat : " L'admission dans une formation est prononcée par le président de l'université après avis consultatif du ou des enseignants chargés du recrutement de la formation, désignés par arrêté. ".
7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.
8. Le requérant soutient que la procédure d'admission est irrégulière en l'absence de toute mention de la date d'examen de sa candidature ainsi que des personnes y ayant procédé. Toutefois, l'université verse au débat une extraction de la plateforme " ecandidat.parisnanterre.fr " ainsi qu'un certificat administratif faisant apparaître que l'avis consultatif relatif à la candidature du requérant au master 1ère année droit français, droit étranger [droit français - common law], a été rendu le 11 mai 2021 par M. A C, enseignant de l'unité de formation et de recherche " Droit et Science Politique ". Ainsi, il ne ressort pas des pièces que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de sélection manque en fait et doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 de la délibération n°2021/00002 du 1er février 2021 relative aux admissions en Master subordonnées à l'examen du dossier du candidat : " L'examen du dossier du candidat doit permettre de vérifier : / - l'adéquation de la formation antérieure à la formation visée et l'aptitude du candidat à suivre cette formation (pour le M1 : mentions de Licence conseillées et critères de recrutement, notamment ; []). / - l'adéquation entre le projet professionnel de l'étudiant et les objectifs de la formation visée. () ".
10. Le requérant fait valoir que le président de l'université aurait entaché sa décision d'une erreur de droit dès lors qu'il satisfait aux critères d'admission fixés par l'article 5 précité, à savoir l'adéquation de la formation antérieure à la formation visée et l'adéquation entre le projet professionnel de l'étudiant et les objectifs de la formation visée. Toutefois, il résulte des termes mêmes de cet article que les candidatures sont également examinées au regard de l'aptitude du candidat à suivre cette formation. Par suite, en fondant sa décision sur le motif de l'insuffisance des acquis académiques antérieurs du requérant pour accéder à la formation postulée, le président de l'université n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.
11. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des relevés de note des première et deuxième années de licence du requérant, que ce dernier a obtenu une moyenne générale de 10,019/20 à l'issue de la deuxième session d'examen de la première année de licence, et une moyenne générale de 11,43 à l'issue de la première session d'examen de la deuxième année de licence. Par ailleurs, si le requérant soutient que son handicap et à la supposer établie, la dégradation épisodique de son état de santé, devaient être prises en compte dans l'appréciation de son dossier d'admission, il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié pour l'année universitaire 2020-2021 d'un aménagement de ses études, à savoir un temps majoré d'un tiers temps pour les épreuves écrites et la préparation écrite des épreuves orales en ce qui concerne le contrôle continu. Il s'ensuit que la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions des 12 mai et 26 juillet 2021 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'université qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. B demande le versement à son avocat au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens qu'il aurait exposés s'il n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par l'université Paris Nanterre sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'université Paris Nanterre sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Rousseau et à l'université Paris Nanterre.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Zaccaron-Guérin, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
La rapporteure,
signé
E. Chaufaux
La présidente,
signé
S. Edert
Le greffier,
signé
F. Lux
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026