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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2110756

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110756

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFOUCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2021, M. A, représenté par Me Fouchard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai ; dans tous les cas, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et professionnelle ;

- en s'abstenant d'examiner sa demande au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a commis une erreur de droit ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- l'interdiction de retour en France pour une durée d'un an est insuffisamment motivée dès lors que le préfet se contente de mentionner qu'il s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement en 2015 et 2016 et qu'il n'a pas tenu compte des autres critères prévus à l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'il justifie d'une durée de présence significative sur le territoire français qui n'a nullement été prise en compte par le préfet et qu'il y est intégré socialement et professionnellement ;

- en tout état de cause, eu égard à sa situation spécifique, il ne mérite pas une telle décision d'interdiction de retour en France pour une durée d'un an ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée pour prononcer cette interdiction de retour en France d'une durée d'un an alors que les dispositions de l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dénie tout caractère automatique au prononcé d'une telle décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles au dossier.

Des pièces complémentaires enregistrées pour M. A ont été communiquées au préfet des Hauts-de-Seine le 25 octobre 2022.

En application de l'article R.613-2 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant la date de l'audience indiquée dans l'avis d'audience prévu à l'article R. 711-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure,

- et les observations de Me Fouchard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né en 1992, déclare être entré en France le 25 septembre 2013. Le 1er octobre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 juillet 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée.

4. Pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les circonstances que d'une part, la demande d'autorisation de travail établie par la société " Bistro Indochine " pour employer l'intéressé en qualité d'aide cuisinier a fait l'objet d'un avis défavorable de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, compte tenu du fait que la rémunération perçue par ce dernier n'était pas conforme au salaire minimum de croissance (SMIC) et que d'autre part, M. A n'a pas exécuté les deux mesures d'éloignement qui ont été prises à son encontre en 2015 et 2016. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France au cours de l'année 2013, et qu'il y résidait de façon habituelle depuis presque huit ans à la date de l'arrêté en litige. Il établit, par la production de la quasi-totalité de ses bulletins de salaire pour la période allant du 1er janvier 2018 au 31 août 2021, qu'à la date de la décision attaquée, il travaillait au sein de la société " Bistro Indochine " depuis 3 ans et 5 mois, en qualité d'aide cuisinier, à temps complet, pour une rémunération brute mensuelle supérieure au salaire minimum de croissance (SMIC). La circonstance que la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) a rendu un avis défavorable à l'autorisation de travail adressée par la société " Bistro Indochine ", n'est pas susceptible de remettre en cause la pérennité et la stabilité de l'emploi de M. A, attestées par les pièces versées au dossier, dont l'authenticité n'est d'ailleurs pas contestée par le préfet. Dans ces conditions, eu égard à la durée de sa présence et de son activité professionnelle en France, au sein de la même société, et de la stabilité de cette intégration professionnelle, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 et a entaché sa décision de refus d'admission au séjour d'illégalité.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 22 juillet 2021, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi ainsi que de la décision portant interdiction de retour en France pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire soit délivrée au requérant. Il y a lieu, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " à M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il lui délivrera, dans l'attente, et dans un délai de quinze jour à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qu'il paiera à M. A au titre des frais non compris dans les dépens que ce dernier a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 22 juillet 2021 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Louvel, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Assistés de M. Lux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21107562

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