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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2110793

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110793

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 août et 25 octobre 2021 ainsi que les 3 et 21 juin 2022, Mme B E épouse A (Mme A), représentée par Me Tagne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de renouveler son titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est entrée en France sous couvert d'un visa ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé, révélant ainsi que le préfet du Val-d'Oise s'est cru lié à tort par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- la décision par laquelle le préfet a refusé de renouveler son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que le traitement rendu nécessaire par son état de santé est disponible au Cameroun, est entachée d'erreur d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme A a produit un nouveau mémoire le 13 septembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Tagne, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 3 septembre 1952, demande l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui, à compter du 1er mai 2021, s'est substitué aux anciennes dispositions du 11° de son article L. 313-11 : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour délivré en 2019 à Mme A sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise a estimé que, si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour l'intéressée des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pourrait toutefois bénéficier d'un traitement approprié à cet état au Cameroun. La requérante soutient que, ce faisant, il a entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Il ressort des pièces du dossier et notamment des divers certificats médicaux produits qu'elle a souffert d'un cancer de la vessie en 2013, qui a été soigné en pratiquant une ablation de cet organe et que, depuis lors, elle est définitivement porteuse d'une stomie nécessitant des soins infirmier quotidiens. Elle soutient sans être utilement contestée que l'intervention régulière d'un infirmier stomathérapeute est indispensable, et que cette spécialité n'existe pas au Cameroun. Par ailleurs, elle fait valoir que " l'association des stomisés du Cameroun ", dont l'existence lui a été indiquée par le préfet le 13 septembre 2021 en réponse à son recours gracieux et avec laquelle elle a ensuite cherché à entrer en contact, n'exerce en réalité aucune activité. Enfin, elle produit une attestation rédigée par le chef du service d'urologie de l'hôpital central de Yaoundé le 13 août 2021, qui indique que l'approvisionnement en poches urinaires est difficile au Cameroun et que cette prise en charge nécessite un centre équipé, qui est en cours de construction dans ce pays. Le préfet du Val-d'Oise, se borne à produire une copie d'écran de la page " LinkedIn " de cette association, le programme de la " journée mondiale des personnes stomisées " au cours de laquelle intervient une professionnelle camerounaise, et un extrait de la nomenclature douanière de ce pays où figurent les appareillages de stomie. Ce faisant, il ne conteste pas utilement les allégations circonstanciées ni les pièces produites par la requérante.

4. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet en refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme A doit être accueilli et, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyes de la requête, l'arrêté litigieux du 27 juillet 2021 doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Les motifs du présent jugement impliquent qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 27 juillet 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient

Mme Van Muylder, présidente,

Mme C et M. D, premiers conseillers,

assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

G. DLa présidente,

signé

C. Van MuylderLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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