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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2110911

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110911

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110911
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE GOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 août 2021, 21 octobre 2021, 2 novembre 2021, 27 décembre 2022 et 12 janvier 2023, Mme B, représentée par Me Carine Le Goff, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour en France pendant un an ;

2°) de procéder à l'effacement du nom de la requérante du fichier SIS ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 200 euros à verser à Me Le Goff, en application au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

sur du refus de titre de séjour :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision est entaché d'un défaut de motivation ;

- la décision, est entachée d'un défaut d'examen

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet en refusant de lui délivrer un titre de séjour a commis une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences du refus sur la situation personnelle de l'intéressée.

sur de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L611-3 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale en conséquence de l'illégalité du refuis de titre ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision et méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

sur de l'interdiction de retour sur le territoire français : que la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021 le Préfet des Hauts-de-Seine a communiqué l'ensemble des pièces en sa possession et conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé, sur sa demande, la rapporteure publique de prononcer des conclusions.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baude, rapporteur,

- les conclusions de Mme Maisonneuve, rapporteure public,

- et les observations de Me Le Goff, représentant Mme B .

Les parties ont été informées le 5 janvier 2023 que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.

L'avocat de Mme B a produit des observations en réponse au à cette information le 12 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B demande au tribunal administratif d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de titre de séjour qu'elle a déposé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour en France pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

4. En outre, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile, le préfet, s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) rendu le 3 juin 2021. Le collège a considéré dans cet avis que le défaut de prise en charge médicale de la requérante pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que celle-ci pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers celui-ci. Il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins, avant d'émettre un avis sur la situation de Mme B, a toutefois estimé nécessaire de la soumettre à un examen médical préalable. Celui-ci avait pour objet de réaliser un examen clinique, des examens complémentaires, un bilan sanguin et de porter à la connaissance du collège les pièces médicales en possession de la requérante, que la convocation l'invitait à produire lors de cet examen préalable. La convocation à cet examen, fixé le 13 avril 2021, a toutefois été adressée le 16 mars 2021 par l'OFII à une adresse différente de celle renseignée par la requérante dans sa demande de titre de séjour, de sorte que Mme B n'a pas pu s'y présenter et que l'avis du collège a été rendu sans qu'il ait eu lieu. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cet examen avait pour seul objet de déterminer l'état de santé du demandeur, et non de déterminer également si, au vu du traitement suivi en France par l'intéressée, un traitement approprié à son état de santé existait dans son pays d'origine. Il ne ressort pas d'avantage de ces mêmes pièces que Mme B a entendu se soustraire à cet examen. Dans ces conditions le préfet, en fondant sa décision sur un avis rendu sans qu'ait été réalisé l'examen médical préalable pourtant jugé nécessaire par le collège, n'a pas procédé à un examen complet de la situation de la requérante. Dans ces circonstances, Mme B est fondée à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'un défaut d'examen de sa demande de titre de séjour et à en demander l'annulation.

6. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

7. Il résulte de ces dispositions que l'inscription de l'identité d'un ressortissant étranger aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) est l'un des effets induits par l'adoption à son égard d'une décision préfectorale d'interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, en signalant l'étranger aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, le préfet ne procède à l'adoption d'aucun acte décisoire susceptible de faire l'objet d'un recours en annulation. Par suite, les conclusions susvisées, qui tendent à l'annulation d'une décision matériellement inexistante, sont dépourvues d'objet. Elles sont, dès lors, irrecevables, et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. " L'article L. 911-2 du même code dispose : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. "

9. Le motif d'annulation de la décision litigieuse n'implique pas que le préfet des Hauts-de-Seine délivre à Mme B le titre de séjour sollicité, mais seulement qu'il réexamine sa demande. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative de procéder à ce réexamen de la demande de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

10. Mme B étant admise à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Goff de la somme de 1 200 euros au titre des frais non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 juin 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : l'Etat versera à Me Carine Le Goff, avocate de Mme B, une somme de 1200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, au préfet des Hauts-de-Seine et à Me Le Goff.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Louvel, premier conseiller,

M. Baude, premier conseiller,

.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

Le rapporteur,

F.-E. Baude Le président,

P. Thierry

La greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21109112

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