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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111014

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111014

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2021, Mme A C, représentée par Me Thomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle le conseil départemental du Val-d'Oise lui a retiré son agrément d'assistante maternelle ;

2°) de mettre à la charge du conseil départemental du Val-d'Oise une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2022, le conseil départemental du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ausseil ;

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;

- et les observations de Me Thomas, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a bénéficié d'un agrément en qualité d'assistante maternelle depuis le 20 janvier 2011. A la suite d'un signalement de parents d'un des enfants accueillis par l'intéressée, la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a, par une décision du 2 mars 2021, suspendu l'agrément de Mme C pour une durée ne pouvant excéder quatre mois. Par une décision du 30 juin 2021, la même autorité a procédé au retrait de l'agrément de Mme C. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être.

4. Pour retirer l'agrément d'assistante maternelle de Mme C, la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise s'est fondée sur le signalement reçu le 22 février 2021, par lequel les parents du jeune B pris en charge par la requérante ont, d'une part, signalé avoir retrouvé le 19 février 2021 ce qu'ils estimaient être des poils pubiens dans la couche de leur fils et, d'autre part, rapporté des propos de leur fils pouvant être interprétés comme accréditant la thèse d'une agression sexuelle.

5. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, si les suspicions résultant du signalement portent sur des faits graves, l'enquête menée par les services du département du Val-d'Oise, qui s'est notamment traduite par une visite domiciliaire des services de la protection maternelle et infantile (PMI) et une rencontre avec la cadre de santé réalisées, respectivement, les 23 et 24 février 2021, n'ont pas permis d'en corroborer la véracité alors au demeurant que la requérante verse au débat de précédents rapports d'évaluation très positifs du département et des attestations, non contestées, d'autres parents faisant état de leur grande satisfaction. Dans ces conditions, faute d'investigations supplémentaires du département, alors même que la décision de retrait de l'agrément a été précédée d'une suspension d'une durée de près de quatre mois, la décision de la présidente du conseil départemental ne peut être regardée comme étant fondée sur des faits suffisamment sérieux, précis et concordants. Par suite, le retrait d'agrément est entaché d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision de la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise en date du 30 juin 2021.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise du 30 juin 2021 est annulée.

Article 2 : Le département du Val-d'Oise versera, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros à Mme C.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au conseil départemental du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Buisson, président ;

- Mme Garona, première conseillère ;

- M. Ausseil, conseiller ;

assistés de Mme Duroux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Ausseil

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

C. Duroux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2111014

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