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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111375

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111375

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2021, M. D A, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 19 juillet 2021 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir le versement de l'allocation de demandeur d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien en vue d'évaluer sa situation de vulnérabilité avant son édiction ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les objectifs de la directive 2013/33/UE dès lors, d'une part, qu'elle est uniquement fondée sur sa non présentation aux autorités pendant la procédure " Dublin " et que l'OFII exclut, de ce seul fait, toute possibilité de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, d'autre part, que le refus de rétablir les conditions matérielles d'accueil après l'enregistrement d'une demande d'asile en procédure normale n'est pas prévue par la loi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît le principe de proportionnalité et porte atteinte à sa dignité humaine et au droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise en date du 7 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 14 juillet 1995, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 2 octobre 2019 en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Par une décision du 24 février 2020, la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Après l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée le 5 juillet 2021, l'intéressé a sollicité le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. A l'appui de sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision en date du 19 juillet 2021 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII a rejeté sa demande.

2. En vertu de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile il est possible à l'OFII, après examen de la situation personnelle du demandeur, par une décision motivée et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. En outre, si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'OFII qui doit apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'offre de prise en charge, produit par le directeur général de l'OFII et signé par M. A, que l'intéressé a certifié avoir été évalué par un agent de l'OFII, dans une langue qu'il comprend et avec le concours d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 2 octobre 2019. En outre, l'OFII a accordé un nouvel entretien à l'intéressé, mené par un auditeur asile de l'établissement, le 5 juillet 2021, soit avant l'intervention de la décision contestée. Ainsi, le moyen tiré de ce que M. A n'aurait pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision du Conseil d'Etat n° 428530 du 31 juillet 2019, mentionne que les motifs invoqués par M. A ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il a consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Elle énonce également qu'après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil est rejetée. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité. En particulier, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été reçu en entretien par un agent de l'OFII le 2 octobre 2019, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, et le 5 juillet 2021, après sa demande tendant au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, pour refuser de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A, la directrice territoriale de l'OFII se serait uniquement fondée sur sa non présentation aux autorités pendant la procédure " Dublin " et aurait exclu, de ce seul fait, toute possibilité de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Au contraire, il ressort des termes mêmes de la décision en litige que sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil a été examinée au regard des critères énoncés au point 2 en tenant compte de ses besoins en matière d'accueil, de sa situation personnelle et familiale et des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et méconnaitrait les objectifs de la directive 2013/33/UE. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la possibilité de refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ne serait pas prévue par la loi.

7. En cinquième lieu, la circonstance que la demande d'asile de M. A a été enregistrée en procédure accélérée le 5 juillet 2021 n'imposait pas à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En outre, le requérant, qui était âgé de vingt-six ans à la date de la décision attaquée, ne produit aucun élément de nature à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'aucun manquement ne peut lui être reproché, il ne conteste pas qu'il ne s'est pas présenté aux convocations des services de la préfecture des 6 et 19 novembre 2019 et n'apporte aucune explication pour expliquer son absence à ces rendez-vous. Enfin, le requérant ne fournit aucune précision sur sa situation et ses conditions de vie entre la date de suspension de ses conditions matérielles d'accueil et celle de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée et sur les raisons pour lesquelles il ne s'est pas manifesté auprès des autorités pendant cette période de plus d'une année, au cours de laquelle il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 24 février 2020 et 5 juillet 2021. Par suite, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnu le principe de proportionnalité ou porté atteinte à sa dignité humaine et au droit d'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Amazouz, premier conseiller et Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

S. BLe président,

signé

R. FÉRALLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

La greffière

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