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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111490

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111490

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSELARL LEHMANN & ALAIMO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2021, Mme B A, représentée par Me Lehmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mars 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'État, d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

3°) de condamner l'OFII aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas signée et, en tout état de cause, il n'est pas démontré qu'elle aurait été signée par une autorité compétente, faute de délégation de signature régulièrement publiée ;

- cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas démontré qu'elle se serait vu proposer l'offre de prise en charge au titre des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 744-6 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Weiswald a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 30 novembre 1985, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 26 mars 2021 en procédure dite " accélérée " par les services de la préfecture des Yvelines. Par une décision du 26 mars 2021, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, contrairement à ce qu'indique Mme A, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par Mme C, directrice territoriale de l'OFII de Montrouge, qui a reçu une délégation à cette fin par une décision du directeur général de cet établissement en date du 3 décembre 2018, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur (BOMI) n° 2019-01 du 17 janvier 2019. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie le 26 mars 2021 par un agent de l'OFII et signée par Mme A, que la requérante a présenté une demande d'asile le 26 mars 2021 et que les conditions matérielles d'accueil lui ont été proposées le même jour. Par suite, le moyen tiré de la décision en litige aurait été édictée au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'offre de prise en charge au titre des conditions matérielles d'accueil manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, la décision litigieuse, qui vise les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article D. 744-37 du même code, mentionne que Mme A a présenté, sans motif légitime, sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Ainsi, la décision attaquée, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressée, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, rappelée au point précédent, ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ".

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A a déclaré être entrée en France le 1er décembre 2019 et a déposé une demande d'asile au guichet unique de la préfecture des Yvelines le 26 mars 2021, soit plus de quatre-vingt-dix jours après son arrivée sur le territoire français. La requérante, qui ne fait état d'aucun motif légitime justifiant le dépassement de ce délai, a fait l'objet d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 26 mars 2021, a répondu " non " à chacune des questions permettant d'évaluer ses besoins, n'a fait état d'aucun problème de santé, n'a pas sollicité l'avis du médecin de l'OFII et a indiqué qu'elle était hébergée. En outre, elle ne fait état à l'appui de son recours d'aucune situation de vulnérabilité particulière. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'erreurs de droit au regard des articles L. 744-6 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 26 mars 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées, de même que ses conclusions relatives aux dépens qui sont d'ailleurs sans objet en l'absence de dépens dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Weiswald et Mme E, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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