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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111499

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111499

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111499
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantTIGOKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Tigoki, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 28 juin 2021 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a totalement mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir ses droits aux conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens de l'instance.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence et d'erreur de droit dès lors que la directrice territoriale de l'OFII s'est estimée en situation de compétence liée pour mettre fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a été prise sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont incompatibles avec les objectifs définis par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 14 juillet 1980, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 4 février 2021 par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Après avoir été transféré aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, le 2 juin 2021, l'intéressé est de nouveau entré sur le territoire français le 6 juin 2021, où sa demande d'asile a été enregistrée en procédure dite " Dublin ". A l'appui de sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 28 juin 2021 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII a totalement mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision en litige vise les articles L. 551-16 et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquels elle a été prise, mentionne que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et énonce que ce motif justifie la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Elle précise également que, compte tenu des faits qui lui sont reprochés et après examen de ses besoins et sa situation personnelle et familiale, il a été décidé de mettre totalement fin à ses conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision en litige comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII se serait estimé en situation de compétence liée pour suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A ou qu'elle n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de l'intervention de la décision en litige. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée, de ce fait, d'incompétence négative, d'un défaut d'examen et d'une erreur de droit.

5. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a été prise sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont incompatibles avec les objectifs définis par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il ne ressort ni des mentions de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la décision en litige aurait été prise sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée pour ce motif d'une erreur de droit.

6. En quatrième lieu, si M. A fait valoir qu'il est dépourvu de ressources et de logement, il ne présente aucun élément de nature à établir l'existence d'une situation de vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil, alors que sa vulnérabilité a été évalué à 0 sur une échelle de 0 à 3. En outre, le requérant, qui ne conteste pas le motif de la décision attaquée selon lequel il n'a pas respecté les exigences des autorités de l'asile, ne soutient pas ni même n'allègue qu'après son transfert vers l'Espagne, les autorités de cet État membre, responsables de l'examen de sa demande d'asile, auraient refusé de procéder à l'examen de celle-ci ou de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en mettant fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'OFII.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. C et M. D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

S. CLe président,

signé

R. FÉRALLa greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

La Greffière

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