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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111507

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111507

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2111507, les 14 septembre et 12 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 16 juin 2021 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai sous la même astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sans délai sous la même astreinte, et dans tous les cas de procéder à la fin de son signalement dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît le 2° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision refusant un délai de départ volontaire :

- devra être annulée à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- devra être annulée à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 18 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la requête en raison de l'inexistence des décisions attaquées.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2112833, le 12 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 16 juin 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai sous la même astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sans délai sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour M. A par Me Namigohar a été enregistré le 24 janvier 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertoncini a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2111507 et 2112833 présentées pour M. A, concernent la situation d'un même étranger et portent sur la légalité du même arrêté. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la requête n°2111507 :

2 Aucune des décisions attaquées n'ayant été prise par le préfet du Val-d'Oise, qui s'est borné à refuser d'admettre M. A au séjour, les conclusions aux fins d'annulation de ces décisions, inexistantes, sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

En ce qui concerne la requête 2112833 :

3. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () " La demande d'avis est accompagnée, conformément à l'article R. 432-7 de ce code, " des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, comportant notamment les motifs qui conduisent le préfet à envisager une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour () ainsi que les pièces justifiant que l'étranger qui sollicite une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 réside habituellement en France depuis plus de dix ans ". Aux termes de l'article R. 432-8 du même code : " Si la commission du titre de séjour régulièrement saisie n'a pas émis son avis à l'issue des trois mois qui suivent la date d'enregistrement de la saisine du préfet à son secrétariat, son avis est réputé rendu et le préfet peut statuer ". En vertu des dispositions combinées des articles L. 432-15 et R. 432-11 de ce code, l'étranger est convoqué devant la commission du titre de séjour, au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission, par une lettre qui précise la date, l'heure et le lieu de réunion de la commission et qui mentionne qu'il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix, bénéficier de l'aide juridictionnelle, être entendu avec l'assistance d'un interprète et demander à ce que soit entendu le maire de sa commune de résidence. Enfin, aux termes de l'article R. 432-14 du même code : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ".

4. Une irrégularité affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'elle a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'elle a privé les intéressés d'une garantie.

5. D'une part, sont seuls susceptibles d'être privés de la garantie correspondant à la saisine de la commission du titre de séjour les étrangers qui justifient résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou qui remplissent effectivement les conditions de délivrance des titres de séjour mentionnés aux 1° et 2° de l'article R. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, si le préfet, à titre facultatif ou obligatoire, a saisi la commission du titre de séjour, les irrégularités relatives aux modalités de convocation des étrangers devant la commission du titre de séjour, à la composition de cette commission, aux documents mentionnés à l'article R. 432-7 ou au déroulement de la séance peuvent être susceptibles d'exercer une influence sur le sens de la décision prise ou, le cas échéant, de priver les intéressés d'une garantie.

6. M. A, qui sollicitait son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soutient que la convocation devant la commission du titre de séjour ne lui a pas été notifiée, ni ne l'a été à l'avocat qui l'accompagne dans ses démarches auprès de l'autorité préfectorale. Le préfet du Val-d'Oise se borne à produire, en défense, une copie de l'avis de cette commission indiquant que le requérant n'était pas présent, toutefois il n'établit pas l'avoir convoqué devant cette commission alors que M. A le conteste. Le défaut de preuve de cette convocation, en privant le requérant de la possibilité de faire valoir ses observations orales devant la commission, ainsi que de prendre connaissance des possibilités de représentation qui s'y rattachent, a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise par le préfet du Val-d'Oise et l'a, en tout état de cause, privé d'une garantie d'être entendu. Par suite, l'autorité préfectorale a pris la décision querellée au terme d'une procédure irrégulière.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 16 juin 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu et au fondement initial de la demande de titre de séjour de l'intéressé au titre de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente du réexamen de sa situation, d'une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu, en application des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'assortir d'une autorisation de travail. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas davantage lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 16 juin 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n°2112833, ensemble la requête n°2111507, sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Amazouz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

Le président-rapporteur,

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Z. Saïh

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2111507-2112833

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