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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111516

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111516

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Mathieu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 juillet 2021 par laquelle le maire de Chaumontel a exercé le droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section AA n° 64 située au 44 rue des Bonnets à Chaumontel ;

2°) d'enjoindre à la commune de Chaumontel de s'abstenir de revendre à un tiers le bien illégalement préempté ;

3°) d'enjoindre à la commune de Chaumontel, de prendre les mesures visant à rétablir les parties dans les conditions de la promesse de vente à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle, c'est-à-dire de lui proposer à nouveau le bien à la vente dans les conditions contractuelles initiales ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Chaumontel la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal administratif de Cergy-Pontoise est compétent pour connaître du recours ;

- son recours est recevable ;

- il justifie d'un intérêt et de la qualité pour agir ;

- la délibération du 30 juin 2005 par laquelle le conseil municipal de la commune de Chaumontel a institué le droit de préemption urbain n'a pas fait l'objet des formalités de publicité adéquates en méconnaissance de l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme ;

- le maire de Chaumontel est incompétent pour prendre cette décision, dès lors que la délibération du 26 mai 2000 lui délégant le droit de préemption a été adoptée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme ;

- la décision de préemption méconnaît l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme puisque l'intérêt général lié à l'installation de locaux associatifs et de services publics sur la parcelle préemptée n'est pas suffisant et que la réalité du projet d'aménagement n'est pas établie.

Par un mémoire, enregistré le 5 juillet 2022, la commune de Chaumontel, représentée par Me Lherminier, conclut, à titre principal, au constat du non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, en tout état de cause à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête puisque la décision attaquée a été abrogée par une décision du 10 février 2022 ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. D B qui n'a pas présenté d'observations.

Par une ordonnance du 22 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2022.

Par un courrier en date du 23 octobre 2024, les parties ainsi que M. B ont été invités, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire, tout élément relatif à l'actuel propriétaire de la parcelle cadastrée section AA n° 64 située au 44, rue des Bonnets à Chaumontel, à la suite de l'abrogation de la décision de préemption du 12 juillet 2021 de cette parcelle, par une décision du 10 février 2022 du maire de Chaumontel, la promesse de vente conclue entre M. C et M. B et l'éventuel acte de vente conclu entre M. B et la commune de Chaumontel.

En réponse, la commune de Chaumontel a transmis un relevé parcellaire de 2023 concernant la parcelle AA n° 64 ; cette pièce a été communiquée.

En réponse, M. C a communiqué un extrait du fichier immobilier relative à la parcelle en litige et la promesse de vente qu'il avait conclue avec M. B ; l'ensemble de ces éléments ont été communiqués.

En réponse, M. B a transmis la promesse de vente qu'il avait conclue avec M. C ; cette pièce a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;

- les observations de Me Mathieu, avocat de M. C ;

- et les observations de Me Herpin, avocate de la commune de Chaumontel.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a conclu une promesse de vente avec M. B en vue de l'acquisition de la parcelle cadastrée section AA n° 64, située au 44 rue des Bonnets à Chaumontel. Une déclaration d'intention d'aliéner a été reçue par la commune de Chaumontel le 9 juin 2021. Par une décision du 12 juillet 2021, dont M. C demande l'annulation, le maire de Chaumontel a exercé le droit de préemption urbain afin d'acquérir la parcelle.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense par la commune de Chaumontel :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Si le maire de Chaumontel fait valoir que, par une décision du 10 février 2022, il a abrogé son arrêté du 12 juillet 2021 par lequel il a exercé le droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section AA n° 64 située au 44 rue des Bonnets à Chaumontel, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté avait reçu un commencement d'exécution au cours de la période lors de laquelle il était en vigueur. Par suite, et contrairement à ce que soutient la commune de Chaumontel, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cet arrêté ont conservé leur objet. L'exception de non-lieu doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. () ". Aux termes de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. Par ailleurs, la mise en œuvre du droit de préemption urbain doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant. Le juge de l'excès de pouvoir vérifie si le projet d'action ou d'opération envisagé par le titulaire du droit de préemption est de nature à justifier légalement l'exercice de ce droit.

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été prise dans le but de réaliser sur la parcelle préemptée des locaux associatifs et des services publics. Si la commune de Chaumontel, se prévaut, d'un courrier du 1er avril 2021 du président d'une association de la commune sollicitant des locaux supplémentaires et de deux décisions des 13 octobre 2020 et 7 décembre 2020 du centre communal d'action sociale décidant de la prise en charge des frais d'hôtel pour le relogement de deux familles de la commune en raison de l'incendie de leur maison, ces seuls éléments ne permettent de justifier ni de la nature ni de la réalité d'une action ou d'une opération d'aménagement répondant aux objets définis à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision de préemption, faute de faire apparaître la nature du projet envisagé sur le bien objet de la préemption et, de l'absence de justification d'un projet d'aménagement réel doivent être accueillis.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 12 juillet 2021 par laquelle le maire de Chaumontel a exercé le droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section AA n° 64 située au 44 rue des Bonnets à Chaumontel doit être annulée. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

9. Aux termes de l'article L. 213-11-1 introduit dans le code de l'urbanisme par la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové : " Lorsque, après que le transfert de propriété a été effectué, la décision de préemption est annulée ou déclarée illégale par la juridiction administrative, le titulaire du droit de préemption propose aux anciens propriétaires ou à leurs ayants cause universels ou à titre universel l'acquisition du bien en priorité. / Le prix proposé vise à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle. À défaut d'accord amiable, le prix est fixé par la juridiction compétente en matière d'expropriation, conformément aux règles mentionnées à l'article L. 213-4. / À défaut d'acceptation dans le délai de trois mois à compter de la notification de la décision juridictionnelle devenue définitive, les anciens propriétaires ou leurs ayants cause universels ou à titre universel sont réputés avoir renoncé à l'acquisition. / Dans le cas où les anciens propriétaires ou leurs ayants cause universels ou à titre universel ont renoncé expressément ou tacitement à l'acquisition dans les conditions mentionnées aux trois premiers alinéas du présent article, le titulaire du droit de préemption propose également l'acquisition à la personne qui avait l'intention d'acquérir le bien, lorsque son nom était inscrit dans la déclaration mentionnée à l'article L. 213-2 ".

10. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens par l'ancien propriétaire ou par l'acquéreur évincé et après avoir mis en cause l'autre partie à la vente initialement projetée, d'exercer les pouvoirs qu'il tient des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative afin d'ordonner, le cas échéant sous astreinte, les mesures qu'implique l'annulation, par le juge de l'excès de pouvoir, d'une décision de préemption, sous réserve de la compétence du juge judiciaire, en cas de désaccord sur le prix auquel l'acquisition du bien doit être proposée, pour fixer ce prix. A ce titre, il lui appartient, après avoir vérifié, au regard de l'ensemble des intérêts en présence, que le rétablissement de la situation initiale ne porte pas une atteinte excessive à l'intérêt général, de prescrire au titulaire du droit de préemption qui a acquis le bien illégalement préempté, s'il ne l'a pas entre-temps cédé à un tiers, de prendre toute mesure afin de mettre fin aux effets de la décision annulée et, en particulier, de proposer à l'ancien propriétaire puis, le cas échéant, à l'acquéreur évincé, d'acquérir le bien, à un prix visant à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle.

11. Il résulte de l'instruction, que la commune de Chaumontel n'a signé aucun acte de vente avec M. B qui demeure le propriétaire de la parcelle en litige, ainsi qu'en atteste le relevé parcellaire produit par la commune. Par suite, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Chaumontel demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Chaumontel une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Chaumontel du 12 juillet 2021 est annulé.

Article 2 : La commune de Chaumontel versera à M. C une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Chaumontel présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Chaumontel.

Copie pour information en sera adressée à M. D B.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président ;

M. Ausseil, conseiller ;

Mme L'Hermine, conseillère ;

Assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

M. L'Hermine

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui le la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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