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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111607

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111607

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantVICTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 septembre et 1er novembre 2021 et 8 avril 2023, M. B A, représenté par Me Victor, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 5 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Montrouge a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif à compter de septembre 2021, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'État, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à lui verser la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas été informé préalablement des conséquences du non-respect de ses obligations ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de prise en compte de sa situation de vulnérabilité ;

- les manquements qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Vu :

- l'ordonnance n° 2111604 du 17 septembre 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Weiswald a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 28 août 1993, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 23 février 2017 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. À l'expiration du délai de transfert, M. A s'est présenté auprès des services de la préfecture et sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée le 24 septembre 2019. Par courriel du 8 juillet 2021, il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, demande qui a été rejetée par une décision du 5 octobre 2021 de la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 27 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'État n° 428530 en date du 31 juillet 2019, point 18, mentionne que M. A ne justifie ni de ses conditions d'existence, ni des raisons pour lesquelles il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français entre le 7 novembre 2017 et le 24 septembre 2019. Elle énonce également que l'examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale effectué le 20 septembre et le 1er octobre 2021 ne permet de donner une suite favorable à sa demande. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort de l'offre de prise en charge en date du 24 février 2017, signée par le requérant, qu'il certifie avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

7. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. D'une part, M. A ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 23 février 2017, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, il résulte de ce qui est énoncé au point précédent que sa situation doit être appréciée au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction en vigueur avant le 1er janvier 2019.

9. D'autre part, M. A soutient qu'il présente une situation de particulière vulnérabilité en raison de son état de santé. Toutefois, si les ordonnances médicales et le certificat médical établi par un médecin généraliste le 13 septembre 2021 indiquent qu'il souffre d'hypertension artérielle et d'hypercholestérolémie connues et traitées depuis environ cinq ans et qu'un défaut de soins pourrait mettre en jeu son pronostic vital à terme, l'intéressé n'établit pas qu'en l'absence de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, il ne pourrait plus bénéficier d'un traitement et d'un suivi médical adapté à ses pathologies alors qu'à la date de la décision attaquée, il disposait d'une attestation de demandeur d'asile en cours de validité qui lui ouvre droit à une prise en charge médicale. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet, préalablement à la décision litigieuse, d'une évaluation de sa vulnérabilité réalisée par un agent de l'OFII le 20 septembre 2021 avec le concours d'un interprète en langue pachto ainsi que par le médecin coordonnateur de la zone Île-de-France de l'OFII qui, dans son avis rendu par le 1er octobre 2021 a reconnu que son état de santé nécessitait une priorité pour un hébergement mais sans caractère d'urgence. Par ailleurs, M. A ne fournit aucune précision sur sa situation et ses conditions de vie entre la date à laquelle il a cessé de percevoir les conditions matérielles d'accueil et la date de sa demande de rétablissement ainsi que sur les raisons pour lesquelles il ne s'est pas manifesté auprès des autorités au cours de cette période. Enfin, s'il soutient que l'OFII n'établit pas les manquements qui lui sont reprochés, il ne conteste pas, ainsi que cela est mentionné dans la décision attaquée, être resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 7 novembre 2017 et le 24 septembre 2019, période correspondant à la fuite et ne pas d'être manifesté auprès des autorités chargées de l'asile pendant cette période. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ou qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Weiswald et Mme D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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