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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2112400

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2112400

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2112400
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSIMOND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er octobre 2021 et le 14 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Simon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement des données la concernant du Système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

s'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que le certificat médical manquant à son dossier ne lui a jamais été réclamé ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors qu'il appartenait au préfet d'examiner sa demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa vie privée et familiale est en France et qu'elle ne représente pas une menace à l'ordre public ;

s'agissant de la mesure d'éloignement :

- la décision méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions du III de l'article L. 511-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 14 janvier 2022, le préfet de Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision du 14 juin 2021 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise a admise Mme A à l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa codification applicable jusqu'au 30 avril 2021 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne, née le 26 juillet 1996, déclare être entrée en France le 12 août 2009. Par un arrêté du 3 décembre 2020, le préfet de Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et lui a interdit d'y retourner pour une durée de trois ans. Mme A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 114-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () La liste des pièces et informations manquantes, le délai fixé pour leur production et la mention des dispositions prévues, selon les cas, au deuxième ou au troisième alinéa du présent article figurent dans l'accusé de réception prévu à l'article L. 112-3. Lorsque celui-ci a déjà été délivré, ces éléments sont communiqués par lettre au demandeur ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées à la quatrième phrase du 11° de l'article L. 313-11 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, pour l'application des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier ". Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " Le certificat médical, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'adresse a été préalablement communiquée au demandeur. " Enfin, l'article 3 du même arrêté dispose que le médecin de l'office établit un rapport médical au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent.

4. Il résulte de ces dispositions combinées que, dans le cas où le médecin de l'office chargé d'établir un rapport médical, sur la base duquel le collège de médecins de l'office doit rendre un avis destiné au préfet auquel a été adressée une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ou de parents d'étranger malade, n'est pas à même de se prononcer sur l'état de santé du demandeur, faute d'avoir reçu, de la part du médecin qui suit habituellement l'étranger ou du médecin praticien hospitalier, le certificat médical que celui-ci doit établir, il appartient au médecin de l'office d'en informer l'autorité préfectorale. Il incombe alors à cette dernière de porter cet élément, qui fait obstacle à la poursuite de l'instruction de la demande de séjour, à la connaissance de l'étranger afin de le mettre à même soit d'obtenir de son médecin ou du praticien hospitalier initialement saisi qu'il accomplisse les diligences nécessaires soit, le cas échéant, de choisir un autre médecin ou praticien.

5. Il ressort des termes de la décision litigieuse que, pour refuser d'admettre Mme A en qualité d'étranger malade en application des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable, le préfet fait valoir que l'OFII avait clôturé le dossier de Mme A après avoir constaté que cette dernière n'avait pas transmis le certificat médical exigé par les dispositions précitées. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet ait indiqué à l'intéressée, par écrit, que cette pièce était manquante et lui ait fixé un délai pour la transmettre. Par suite, la procédure préalable à l'édiction de la décision de refus de séjour, qui a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit être regardée comme entachée d'un vice de procédure.

6. Toutefois un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 31 mars 2020, le service médical de l'OFII a informé Mme A de ce que le dossier qu'elle avait transmis ne permettait pas son traitement en l'état, indiquant que la raison en était le " défaut de réception du CM (dans les 3 mois) ", lui demandant de retourner sons " dossier en bonne et due forme dans les meilleurs délais ". Eu égard aux termes imprécis dans lesquels ce courrier est rédigé, cette démarche n'a donc pas été de nature à offrir au requérant une garantie équivalente à celle résultant de l'application par le préfet des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration. De plus, il ressort des termes mêmes de la décision que, pour refuser d'admettre Mme A au séjour en qualité d'étranger malade, fondement de sa demande, le préfet ne se fonde, comme il a été dit au point 5, que sur l'incomplétude de son dossier, de sorte que ce vice doit être regardé comme ayant exercé une influence déterminante sur le sens de la décision. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que ce vice de procédure a entaché d'illégalité la décision du préfet de refuser de l'admettre au séjour.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de refus de séjour du 3 décembre 2020 et que doivent être annulées, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui faisant interdiction d'y retourner pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. D'une part, l'annulation, par le présent jugement, de la décision de refus de titre de séjour du préfet de Seine-Saint-Denis, implique seulement, eu égard à ses motifs, que la situation de Mme A soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de la requérante de procéder à ce réexamen dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

10. D'autre part, le présent jugement annulant l'interdiction de retour sur le territoire français, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement des données concernant Mme A dans le système d'information Schengen dans le délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocat, Me Simond, peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État au bénéfice de Me Simond la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.

Par ces motifs, le Tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 3 décembre 2020 du préfet de Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement des données concernant Mme A dans le système d'information Schengen dans le délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à Me Simond, avocat de Mme A, la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, Me Jean-Baptiste Simond et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme C et M. D, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

M. CLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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