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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2112497

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2112497

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2112497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantCHABANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 5 octobre et 28 novembre 2021, M. D E, représenté par Me Chabane, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé son pays de destination en cas d'exécution d'office de la décision portant obligation de quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Par une ordonnance du 20 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 janvier 2022.

Par une décision du 24 janvier 2022, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juillet 2022 :

- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteur ;

- et les observations de Me Chabane, représentant M. E, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant sri-lankais né le 20 janvier 1958, est entré sur le territoire français le 10 janvier 2008, selon ses déclarations. Par un arrêté du 13 septembre 2021, dont M. E demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 24 janvier 2022, postérieure à la date d'introduction de la requête, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à plusieurs décisions :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

4. M. E se prévaut, pour demander l'annulation de l'arrêté attaqué, des risques de torture et de traitement dégradants qu'il encourrait en cas de retour au Sri-Lanka, moyen qui ne serait en tout état de cause opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. Toutefois, sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile par des décisions du 29 janvier 2010, du 4 février 2011 et du 21 mars 2017, et par ordonnances du 20 mars 2012 et du 31 octobre 2014. En outre, si le requérant se prévaut du statut de réfugié de son fils il n'en justifie pas. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine ne peut être regardé comme ayant méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant comme pays de renvoi le pays d'origine de l'intéressé.

5. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, (). " Aux termes de l'article L. 613-1 de ce même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a notamment rejeté la demande de titre de séjour de M. E, que le préfet, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en particulier le 3° de l'article L. 611-1 et l'article L. 435-1 de ce code, précise que l'intéressé est sans charge de famille en France, qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son épouse, son enfant majeur, ses parents, ses trois frères et sœurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de 50 ans. Il mentionne encore que si M. E invoque sa résidence habituelle en France depuis le 10 janvier 2008, son manque de maîtrise de la langue française ne démontre pas sa volonté de s'intégrer dans la société française et que l'intéressé ne justifie d'aucune activité salariée déclarée depuis son entrée en France, ni d'aucune autre ressource ou perspective d'évolution de sa situation. Il indique, en outre, que la décision ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, le préfet des Hauts-de-Seine, qui vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. E s'est maintenu irrégulièrement en France bien qu'il est fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 26 mars 2014 et mentionne l'absence de circonstances humanitaires s'opposant à ce que soit prononcée une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français, qui n'avaient pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, énoncent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français et de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le moyen tiré de ce que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E avant de prendre la décision litigieuse doit être écarté.

8. En deuxième lieu, par un arrêté n°2021-058 du 1er septembre 2021, régulièrement publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture ISSN 0985-5955, le préfet des Hauts-de-Seine a donné à Mme A B, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

10. M. E soutient, d'une part, que son état de santé ne lui permet pas de quitter le territoire français. Toutefois, les documents produits par le requérant à l'appui de ses allégations, à savoir une confirmation de rendez-vous du 29 septembre 2021 pour une consultation de cardiologie le 23 mars 2022 et une ordonnance du même jour par laquelle lui sont prescrits plusieurs médicaments pour traiter les angines de poitrine et l'hypertension, ne permettent pas de justifier de la gravité de son état de santé. D'autre part, si M. E fait valoir qu'il est hébergé par son fils qui séjourne régulièrement en France, il est constant que son épouse, un de ses enfants majeurs, ses parents et ses trois frères et sœurs résident dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 50 ans. Enfin, la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable à la demande de régularisation de M. E par une décision du 27 mai 2021. Dans ces conditions, les circonstances invoquées par le requérant ne sauraient suffire à caractériser un motif exceptionnel ou humanitaire d'admission au séjour pour la délivrance d'un titre de séjour au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

14. [0]Il résulte de l'instruction que M. E vit avec son fils, qui bénéficie d'une carte de résident valable jusqu'en 2026 et dont l'épouse et l'enfant séjournent également régulièrement sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant, qui justifie de liens familiaux intenses et stables en France, est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

15. Il résulte de tout ce qui précède, que M. E est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2021 portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation, autres que celles dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. E au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire de M. E.

Article 2 : La décision du préfet des Hauts-de-Seine du 13 septembre 2021 est annulée en tant qu'elle prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

M. Probert, premier conseiller,

M. Weiswald, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La présidente,

signé

S. MégretL'assesseur le plus ancien

signé

L. ProbertLa greffière

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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