jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2112511 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre |
| Avocat requérant | LERAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er octobre 2021, Mme A E, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2021, par laquelle le directeur de l'établissement public de santé Erasme l'a placée en disponibilité d'office du 1er mai 2021 au 30 avril 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021, par laquelle le directeur de l'établissement public de santé Erasme l'a placée en disponibilité d'office du 1er mai 2020 au 30 avril 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé Erasme la somme de 3 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme E soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par un auteur incompétent ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que l'établissement public de santé Erasme ne pouvait la placer en position de disponibilité, en application des dispositions de l'article 56 de la loi du 9 janvier 1986, mais aurait dû faire application des dispositions de l'article L. 886 du code de la santé publique ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation ;
- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de fermeture de la crèche de l'établissement public de santé Erasme à compter du 1er septembre 2010, qui a entrainé la suppression du poste qu'elle occupait, dès lors qu'elle n'a pas été informée de cette suppression et que la procédure obligatoire prévue à l'article 92 de la loi du 9 janvier 1986 n'a pas été respectée.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, le directeur de l'établissement public Erasme, représenté par Me Beaulac, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Robert, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique ;
- les observations de Me Sanches, représentant Mme E ;
- et les observations de Me Beaulac, représentant l'établissement public de santé Erasme.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E, auxiliaire de puériculture titulaire exerçant ses fonctions au sein de la crèche de l'établissement public de santé (EPS) Erasme depuis 1983, a été placée en détachement auprès de la ville de Rungis à compter du 1er mai 2009 pour une durée d'un an renouvelée sans discontinuité jusqu'au 30 avril 2018. Pendant cette période de détachement, la crèche de l'EPS Erasme a été fermée le 1er septembre 2010. Par un courrier du 31 janvier 2018, Mme E a informé l'EPS Erasme de son intention de se " mettre à [sa] disposition " à compter du 1er mai 2018, terme de sa dernière période de détachement. Par une décision du 24 juillet 2018, le directeur de l'EPS Erasme a placé Mme E en disponibilité d'office pour une durée d'un an, du 1er mai 2018 au 30 avril 2019, au motif de l'absence d'emploi de puéricultrice au sein de l'établissement et du refus de l'intéressée d'être affectée sur le poste d'agent des services hospitaliers qui lui avait été proposé, avec maintien de sa rémunération. La requête dirigée contre cette décision a été rejetée par un jugement du tribunal de céans du 8 avril 2021 confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles en date du 17 octobre 2023. Par une décision du 22 juillet 2021, le directeur de l'EPS Erasme a placé Mme E en disponibilité d'office pour une durée d'un an, du 1er mai 2021 au 30 avril 2022, en raison de l'absence de poste vacant correspondant à son grade et du refus du poste qui lui a été proposé. Par une décision du 29 juillet 2021, le directeur de l'EPS Erasme a placé l'intéressée en disponibilité d'office pour une durée d'un an, du 1er mai 2020 au 30 avril 2021 pour les mêmes motifs. Par la présente requête, Mme E sollicite l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les arrêtés en litige ont été signés par M. D C, responsable des ressources humaines, qui disposait d'une délégation du directeur de l'EPS Erasme à cet effet par une décision n°9-2019 du 2 décembre 2019, régulièrement publiée le 13 décembre 2019 au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Il ressort des termes des arrêtés attaqués qu'ils visent les dispositions législatives et réglementaires qui en constituent le fondement, notamment la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et le décret n°88-976 du 13 octobre 1988 relatif à certaines positions des fonctionnaires hospitaliers. En outre, ils mentionnent les considérations de fait qui justifient le placement de Mme E en disponibilité d'office, notamment l'absence de poste vacant correspondant au grade d'auxiliaire de puériculture au sein de l'établissement et le refus de l'intéressée d'accepter le poste qui lui a été proposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de leur motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 56 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable au litige : " A l'expiration de son détachement, lorsque aucun emploi correspondant à son grade n'est vacant dans son établissement d'origine, le fonctionnaire est placé en disponibilité d'office. () / L'autorité administrative compétente de l'État propose au fonctionnaire, dans un délai et selon un ordre de priorité géographique fixés par décret en Conseil d'État, trois emplois vacants correspondant à son grade. Lorsque l'intéressé a accepté l'un des emplois qui lui ont été proposés, l'autorité investie du pouvoir de nomination de l'établissement concerné procède à son recrutement à la demande de l'autorité administrative compétente de l'État () ". Aux termes de l'article 93 de la loi précitée, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'établissement ne peut offrir au fonctionnaire dont l'emploi est supprimé un autre emploi correspondant à son grade et si l'intéressé ne peut pas prétendre à une pension de retraite à jouissance immédiate et à taux plein, le fonctionnaire bénéficie () / Le décret en Conseil d'État visé au deuxième alinéa fixe également les conditions d'application de cet article et notamment le délai de réflexion laissé au fonctionnaire dont l'emploi a été supprimé pour accepter ou refuser un poste ou pour demander sa mise en disponibilité ". Aux termes de l'article L. 886 du code de la santé publique, dans sa version antérieure à son abrogation : " En dehors de l'application d'une sanction disciplinaire, le dégagement des cadres d'un agent hospitalier ne peut être prononcé qu'à la suite de suppression d'emploi décidée par mesure d'économie ; l'agent licencié dans ces conditions, sans avoir droit à pension, peut prétendre à un reclassement par priorité dans l'un des emplois vacants similaires des établissements publics d'hospitalisation, de soins ou de cure sous réserve qu'il remplisse les conditions d'aptitude nécessaires ".
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier des courriers que l'EPS Erasme a adressés à l'intéressée les 13 avril 2018, 2 mai 2018 et 4 juillet 2018 et à l'agence régionale de santé d'Ile-de-France le 24 juillet 2018, et ce point n'est pas contesté, que l'EPS Erasme ne disposait, depuis la fermeture de la crèche le 1er septembre 2010, d'aucun poste d'auxiliaire de puériculture. Ainsi, à l'expiration du détachement de la requérante, le 1er mai 2018, aucun emploi correspondant à son grade n'existait au sein de l'établissement précité. Dans ces conditions, les décisions attaquées trouvent leur fondement légal dans les dispositions du premier alinéa de l'article 56 de la loi du 9 janvier 1986. En outre, et conformément aux dispositions du deuxième alinéa de cet article, l'EPS Erasme établit avoir, par un courrier du 24 juillet 2018, sollicité l'agence régionale de santé d'Ile-de-France afin que cette dernière propose à Mme E trois emplois vacants correspondant à son grade au sein d'autres établissements. La circonstance que l'agence régionale de santé n'aurait pas fait de propositions d'emplois vacants à Mme E est sans incidence sur la légalité des décisions de placement en disponibilité prises par l'EPS Erasme, qui n'avait pour seule obligation, après avoir constaté qu'il n'existait aucun emploi correspondant à son grade, que de saisir l'agence régionale de santé. Par ailleurs, l'intéressée n'établit pas, ni même n'allègue, avoir sollicité, à son initiative, cette autorité pour obtenir des propositions de postes.
7. D'autre part, si, ainsi que le soutient Mme E, à la date de la décision en litige, les dispositions de l'article 93 de la loi du 9 janvier 1986, qui devaient se substituer à celles de l'article L. 886 du code de la santé publique, n'étaient pas applicables en l'absence d'adoption du décret d'application nécessaire à leur mise en œuvre, la requérante ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 886 du code de la santé publique, lesquelles régissaient la possibilité de prononcer le dégagement des cadres d'un agent hospitalier à la suite d'une suppression d'emploi décidée par mesure d'économie, mesure dont ne relève pas le placement en disponibilité d'office, dont l'intéressée a fait l'objet dans l'attente de sa réintégration sur un emploi correspondant à son grade. Au demeurant, Mme E, placée en détachement au sein de la ville de Rungis depuis le 1er mai 2009, n'occupait pas un emploi au sein de la crèche de l'EPS Erasme lors de sa fermeture le 1er septembre 2010. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.
8. En quatrième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.
9. D'une part, la décision attaquée portant placement en disponibilité d'office de Mme E n'a pas été prise pour l'application de la décision procédant à la fermeture de la crèche au sein de l'établissement public de santé Erasme à compter du 1er septembre 2010. Cette dernière décision ne constitue pas davantage la base légale de la décision attaquée. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer, à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision la plaçant en disponibilité d'office, l'illégalité par voie d'exception de la décision portant fermeture de la crèche de l'EPS Erasme.
10. D'autre part, aux termes de l'article 51 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa version applicable au litige : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine () ". Il est constant que c'est à la suite de sa demande de réintégration dans son établissement d'origine, après avoir été placée en détachement au sein de la ville de Rungis depuis le 1er mai 2009, soit antérieurement à la fermeture de la crèche, que Mme E a été placée en position de disponibilité d'office par la décision attaquée. Elle n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle aurait été placée en disponibilité d'office à la suite d'une décision portant suppression de son poste et à se prévaloir ainsi de l'illégalité de cette décision. Le moyen soulevé, par la voie de l'exception, de l'illégalité d'une telle décision, inexistante, ne peut donc qu'être écarté.
11. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, les moyens tirés d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'EPS Erasme, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par Mme E et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'EPS Erasme présentées sur le fondement des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement public de santé Erasme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au directeur de l'établissement public de santé Erasme.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Prost, premier conseiller,
M. Robert, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. RobertLe président,
signé
P.-H. d'ArgensonLa greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2112511
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026