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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2112688

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2112688

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2112688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNESSAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2021, M. D B, représenté par Me Nessah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination en cas d'exécution d'office de la décision portant obligation de quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre ses documents d'identité, retenus par les services de la préfecture ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale dès lors que la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) d'Ile-de-France n'était pas fondée à se prononcer défavorablement sur sa demande d'autorisation de travail, dès lors qu'il a complété son dossier dans le délai imparti ; par suite, le préfet s'est appuyé sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa durée de résidence en France et de son insertion professionnelle ; à cet égard, le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, dès lors notamment qu'il remplit les critères prévus par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de l'ensemble des quatre critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet, qui n'a pas pris en considération l'ensemble de sa situation, a inexactement apprécié la nature de ses liens familiaux en France et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 24 mai 1985, est entré sur le territoire français le 15 décembre 2014. Par un arrêté du 30 juillet 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de certificat de résidence en qualité de salarié, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision de refus de séjour contestée, prise au visa notamment de l'article 7b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, mentionne, en particulier que , si M. B est titulaire d'un contrat à durée indéterminée en qualité de cuisinier depuis le 27 juillet 2020, il ne dispose pas d'une autorisation de travail visée par la " DIRECCTE d'Ile-de-France, laquelle a rejeté, le 21 juin 2021, la demande présentée à cette fin au motif du caractère incomplet du dossier présenté. Cette décision relève par ailleurs que l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, conserve de nombreuses attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans, de sorte qu'il ne peut se prévaloir des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l'accord franco-algérien. Elle précise, enfin, que sa situation administrative et personnelle ne permet pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel. Ladite décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite suffisamment motivée au regard des exigences posées par les dispositions de l'article L. 211-5 du code de relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Par ailleurs, il ressort de cette motivation que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () / b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 3 mai 2021, DIRECCTE d'Ile-de-France, après avoir constaté que le dossier était incomplet en l'absence du formulaire Cerfa n° 15186*03 et d'une copie de déclaration préalable à l'embauche effectuée auprès de l'URSSAF, a adressé une demande à l'employeur de M. B en vue de la production de ces pièces. Si le requérant, qui produit ces documents à l'appui de la présente requête, soutient qu'ils ont été adressés à l'administration par lettre recommandée avec accusé de réception, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de fait que le préfet a relevé que, faute de disposer d'un contrat de travail visé en raison d'un dossier incomplet, M. B ne remplissait pas les conditions exigées par l'article 7b) de l'accord franco-algérien précité.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Si M. B soutient qu'il est présent en France depuis 2014, il ne l'établit pas en se bornant à produire des documents épars qui ne couvrent que partiellement les années en cause. Par ailleurs, il ne peut se prévaloir d'une intégration professionnelle ancienne et stable, dès lors que son premier contrat de travail à durée indéterminée, en qualité de cuisinier, n'a pris effet que le 2 janvier 2018 et ce, uniquement pour un temps partiel, étant relevé que ce n'est qu'à compter du 1er mai 2019 qu'il a bénéficié d'un temps complet. Du reste, l'intéressé qui est célibataire et sans charge de famille et dont toute la famille proche réside en Algérie et qui ne fait précisément état d'aucun lien social ou amical en France, ne se prévaut d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à ce qu'il poursuive normalement sa vie dans son pays d'origine et, en particulier, à ce qu'il y exerce une activité salariée. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Enfin, à cet égard, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012, qui sont dépourvues de caractère réglementaire.

Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée, qu'après avoir rappelé l'économie de ces textes, le préfet a indiqué que M. B était célibataire, sans enfant ni attaches familiales intenses en France et ne justifiait pas de motifs humanitaires. Il a ainsi estimé que, dans les circonstances de l'espèce, une durée d'interdiction de retour d'un an ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. N'ayant pas retenu la menace pour l'ordre public et l'absence de mesure d'éloignement antérieure au nombre des motifs de sa décision, le préfet n'était pas tenu de la motiver expressément sur ces deux points. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure en cause serait insuffisamment motivée ou n'aurait pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle.

10. En second lieu, si M. B fait valoir qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ne justifie pas en France d'attaches familiales ou personnelles telles qu'en lui faisant interdiction de retour pour une durée limitée à un an, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou aurait commis une erreur d'appréciation de sa situation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

M. C et M. A, premiers conseillers,

Assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

L'assesseur le plus ancien,

signé

S. C

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2112688

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