mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2112987 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | QOSSAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2021, M. B, représenté par Me Qossay, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qui sera versée à Me Qossay sur le fondement de l'article et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est dépourvu de motivation ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen individuel ;
- le préfet a commis une erreur de droit en lui refusant un titre de séjour sur le fondement de dans l'application de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'étant titulaire d'un CAP en art culinaire il en réunissait les conditions de délivrance ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en ne tenant pas compte de son insertion professionnelle en France et de son absence d'attaches familiales en Azerbaïdjan, et porté ainsi également atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;
- le choix du pays de destination l'expose à des risques pour sa personne ;
- l'interdiction de retour en France pendant deux ans n'est pas justifiée au regard des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2021, le préfet des Hauts de Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant ;
Par ordonnance du 14 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A,
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant azerbaïdjanais, né le 22 août 1998, demande l'annulation de l'arrêté en date du 17 septembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, lui a interdit de retour en France pendant deux ans et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. L'arrêté mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel intervient la décision, et les circonstances de fait pour lesquelles le requérant ne peut prétendre obtenir un titre de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise " sur le fondement de l'article L. 422-10 de ce code. Il mentionne également que la situation de l'intéressé a été examinée d'office par le préfet sur le fondement du pouvoir de régularisation qui lui appartient même sans texte, et indique les motifs, tirés de sa situation familiale et personnelle, qui lui permettent de comprendre pourquoi un titre ne lui est pas délivré sur ce fondement. L'arrêté est ainsi suffisamment motivé.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été convoqué par les services préfectoraux le 18 novembre 2020 puis le 20 janvier 2021 à deux entretiens destinés à instruire sa demande de titre de séjour, sans toutefois qu'il se présente au second d'entre eux. Il résulte en outre des termes de l'arrêté attaqué, notamment en tant qu'il mentionne les motifs de son interpellation par les services de police en 2018 et décrit le parcours de formation de l'intéressé afin de déterminer s'il entre dans le champ d'application de l'article du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il demande l'application, que la situation de M. B a fait l'objet d'un examen individuel par le préfet.
5. Aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants :1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en 2017, a obtenu en juillet 2017 un certificat d'aptitude professionnelle dans le domaine de la restauration. Ce titre professionnel, qui n'est pas équivalent au grade de master, n'est pas au nombre de ceux permettant à un étranger de se prévaloir de la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B, après l'obtention de son certificat, a poursuivi en 2018 et 2019 sa formation dans le domaine de l'hôtellerie et de la restauration, sans qu'il soit établi qu'il a obtenu un titre professionnel au terme de cette formation. Il a ensuite travaillé en tant que salarié dans un établissement de restauration rapide à Puteaux de décembre 2020 à juin 2021 avant d'être embauché dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée en tant que " demi-chef de partie " dans un établissement de Clamart à compter de juillet 2021. Il est célibataire sans enfant et ne soutient pas avoir des attaches affectives ou familiales en France. Dans ces conditions, au regard des faibles durées de son séjour et de son expérience professionnelle en France, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation ni porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
9. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
10. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé vit en France depuis 2017, y est entré régulièrement, y a accompli sa formation professionnelle avec succès, y a été recruté en juin 2021 dans un emploi salarié à durée indéterminée correspondant aux acquis de cette formation et ne s'est pas soustrait à la mise en œuvre d'une mesure d'éloignement. Il n'est pas, en outre allégué que les faits de consommation de stupéfiants pour lesquels il a été interpellé en 2018 ont donné lieu à des condamnations pénales. Dès lors, en prononçant à l'égard de M. B une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans le préfet a entachée la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une erreur d'appréciation. M. B et par suite fondé à demander l'annulation de cette décision.
11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
12. En assortissant sa requête d'un moyen tiré des risques auxquels sa personne serait exposée s'il était contraint de retourner en Azerbaïdjan, M B doit être regardé comme invoquant le bénéfice les dispositions précitées. M. B, qui n'a d'ailleurs pas demandé à bénéficier en France de la protection internationale, n'établit toutefois par aucune des pièces qu'il produit la réalité d'une menace ou d'un risque d'être personnellement soumis à des traitements proscrits par les stipulations précitées en cas de retour dans son pays d'origine.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté seulement en tant qu'il interdit à M. B le retour pendant une période de deux ans sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15.Les conclusions à fin d'annulation du requérant devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er: M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :La décision du 17 septembre 2021 du préfet des Hauts-de-Seine est annulée en tant uniquement qu'elle porte interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Hauts-de-Seine
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Baude, conseiller,
Mme Zaccaron Guérin, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le rapporteur,
signé
F.-E. A Le président,
signé
P. Thierry
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21129872
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026