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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113036

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113036

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGAUTRIAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 octobre 2021 et 29 septembre 2022, M. A D représenté par Me Landolsi demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2021 en tant que le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail, dès lors que le préfet ne peut lui faire grief de ne pas lui avoir présenté une autorisation de travail alors que, n'ayant pas droit au séjour, il ne pouvait solliciter une telle autorisation ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses liens personnels et familiaux et France, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant de Russie, né le 13 octobre 1994, est entré en France le 2 septembre 2014 sous couvert d'un visa étudiant, à la suite duquel il a été mis en possession de plusieurs titres de séjour " étudiant " successifs, le dernier ayant expiré le 9 octobre 2018. Le 4 juin 2021, il a sollicité son admission au séjour. Par un arrêté du 24 juin 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. D demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la recevabilité :

2. Aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions du I de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () de l'article L. 511-3-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. Dans le cas où le pli contenant la décision attaquée, envoyé en recommandé à l'adresse de l'administré, a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ", le délai mentionné ci-dessus court de la date à laquelle l'intéressé doit être regardé comme ayant été régulièrement avisé que ce pli était à sa disposition au bureau de poste dont il relève.

4. Le préfet soutient que M. D a été avisé pour la première fois de l'arrêté litigieux, qui comporte l'exposé des voies et délais de recours, par un pli recommandé avisé le 28 juin 2021 à l'adresse du requérant au centre communal d'action social (CCAS) de Boulogne-Billancourt, 37 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt et qu'il n'est jamais venu réclamer le pli. Il fait valoir qu'en conséquence, la requête, introduite le 17 octobre 2021 est tardive. Toutefois et d'une part M. D soutient, sans être contredit, qu'il n'a jamais été domicilié au CCAS de sa commune, qui est au demeurant sis au 64 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt et que, s'il demeure bien au 37 rue de la Saussière, c'est au sein de la résidence Le Vendôme, appartement n° 418 depuis le 3 février 2018. Il fait valoir que les mentions erronées relatives à son adresse ont nécessairement fait obstacle à ce qu'il puisse prendre connaissance de l'avis postal. Dans ces conditions, le préfet ne saurait être regardé comme ayant adressé l'arrêté litigieux à l'adresse de l'administré et ne saurait donc se prévaloir de l'avis de réception postale correspondant à cette adresse. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est présenté en préfecture le 17 septembre 2021 pour obtenir l'arrêté litigieux, après avoir démarché, par le biais de son conseil, la préfecture en vue d'obtenir des informations sur l'état d'avancement de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, M. D, qui doit être regardé comme ayant eu connaissance de l'arrêté à compter du 17 décembre 2021, n'était pas tardif à contester les décisions qu'il contient par la présente requête.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté opposée par le préfet des Hauts-de-Seine doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité des décisions attaquées :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D, titulaire d'un baccalauréat scientifique français obtenu après une scolarité au lycée français de Moscou est arrivé en France en septembre 2014 muni d'un visa de long-séjour étudiant pour suivre des études à l'ESCE Paris, établissement d'enseignement supérieur dans lequel il a validé un master 2 en novembre 2019, résidant continûment sur le territoire français. Il a été muni chaque année d'un titre de séjour étudiant, à l'exception de la dernière année, le requérant faisant valoir sans être contredit avoir oublié de renouveler son dernier titre de séjour expirant en octobre 2018. Il ressort des pièces du dossier qu'il a entamé des recherches en vue d'obtenir un premier emploi en France en cohérence avec son cursus universitaire et a sollicité à cette fin, dès le 3 décembre 2019, un titre de séjour, sur le fondement des anciennes dispositions de l'article L. 313-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort de ces mêmes pièces que la préfecture lui a opposé le 25 février 2020 le délai écoulé depuis sa dernière demande de titre de séjour, ainsi que l'absence de production d'un diplôme équivalent à un grade de master, alors que la remise de son diplôme était officiellement prévue le 25 mars 2020, l'évènement ayant finalement été annulé en raison de la crise sanitaire, M. D produisant ledit diplôme à l'instance. En outre, il ressort des pièces du dossier que la mère et le frère cadet du requérant résident régulièrement en France depuis 2015, ce dernier ayant été scolarisé depuis la classe de 5ème à Paris. Dans les circonstances de l'espèce, qui témoignent d'une particulière insertion dans la société française et d'une vie personnelle et familiale située durablement en France, M. D est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision de refuser de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de la vie privée et familiale d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que la décision du 24 juin 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'admettre M. D au séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision par laquelle il l'éloigne du territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard au motif sur lequel se fonde le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le Tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 24 juin 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. D dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. D la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme B et M. C, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

M. BLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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