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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113060

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113060

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2021, sous le n° 2113060, M. D B, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur la demande qu'il a déposée le 18 mai 2021 et tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un un mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer sans délai un récépissé de demande de titre de séjour, valant autorisation provisoire de séjour et l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas démontré que l'agent ayant refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour au guichet disposait d'une délégation du préfet l'habilitant à prendre une telle décision au nom de celui-ci ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de l'ensemble des conditions prévues par les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations.

II. Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2021, sous le n° 2114127, M. D B, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 octobre 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne pouvait être fondée sur le seul motif qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles R. 311-1, R. 311-2 et R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations.

Par une lettre du 24 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite contestée dans l'instance n° 2113060 dès lors que la décision du 25 octobre 2021, contestée dans l'instance n° 2114127, s'y est substituée.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail en date du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2113060 et n° 2114127 visées ci-dessus, présentées pour M. B, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. B, ressortissant tunisien né 17 septembre 1991, est entré en France le 20 février 2018 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité de conjoint de français, valable jusqu'au 5 février 2019. Le 18 mai 2021, il a déposé auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'un ressortissant français, via la plateforme " démarches-simplifiées.fr ". A l'appui des requêtes visées ci-dessus, M. B demande l'annulation, d'une part, de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour intervenue le 18 septembre 2021 et, d'autre part, de la décision du 25 octobre 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite cette demande.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2113060.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision implicite de refus de titre de séjour en date du 18 septembre 2021 :

4. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 25 octobre 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a informé M. B que sa demande de titre de séjour n'a pas pu aboutir au motif qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français doit être regardée compte tenu de ses termes, non pas comme une décision de classement sans suite de sa demande de titre de séjour déposée le 18 mai 2021, mais comme une décision de refus de délivrance du titre de séjour sollicitée. Cette décision du 25 octobre 2021 s'étant substituée à la décision implicite de rejet de la demande de l'intéressé, intervenu le 18 septembre 2021, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette dernière décision sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour en date du 25 octobre 2021 :

6. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur le seul motif que l'intéressé avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'il devait exécuter. Toutefois, alors qu'il ressort de la capture d'écran de la plateforme " démarches-simplifiées.fr " que le requérant, à l'appui de sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français, a produit les pièces exigées à l'appui d'une telle demande et notamment les pièces attestant de son mariage avec une ressortissante française, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que le préfet des Hauts-de-Seine se serait prononcé sur sa situation au regard des conditions fixées par les dispositions précitées des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La seule circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, toujours exécutoire, ne dispensait pas le préfet d'examiner la demande de l'intéressé au regard de ces dispositions. Ainsi, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 octobre 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 7, l'exécution du présent jugement implique seulement que la situation de M. B soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de statuer à nouveau sur la demande de l'intéressé dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés aux litiges :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2113060.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de M. B, intervenue le 18 septembre 2021.

Article 3 : La décision du 25 octobre 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est annulée.

Article 4 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Amazouz, premier conseiller et Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

S. ALe président,

signé

R. FÉRALLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2114127

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