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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113061

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113061

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantZANATTA DOS ANJOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 octobre 2021 et 9 mai 2022, Mme B F, représentée par Me Zanatta, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et lui a fait obligation de remettre son passeport et de se présenter chaque semaine en préfecture ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation personnelle dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

s'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision est entachée d'un vice de compétence, dès lors qu'aucun arrêté de délégation de signature n'était joint à la décision ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que son activité professionnelle est continue et à temps plein depuis le mois d'octobre 2019, auprès du même employeur ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la mesure d'éloignement :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

s'agissant de la décision retirant le passeport et obligeant à se présenter au commissariat:

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

s'agissant de la décision d'interdiction de retour :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,

- les observations de Me Zanatta, représentant Mme F, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante brésilienne, née le 28 juin 1988, déclare être entrée en France en 2016. Le 4 mai 2021, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 octobre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et lui a fait obligation de remettre son passeport et de se présenter chaque semaine en préfecture.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C A, cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté PCI n° 2021-058 du préfet des Hauts-de-Seine du 1er octobre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour énonce les considérations de droit et de fait qui constitue son fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier que le préfet n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme F avant de prendre la décision attaquée. Le moyen ainsi soulevé doit par suite être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui a commencé à travailler de manière partielle à compter d'octobre 2018, a travaillé à plein-temps entre octobre 2019 et octobre 2021 en qualité d'agent de service hôtelier pour une résidence médicalisée en percevant un salaire supérieur au SMIC. Dans ces conditions, en qualifiant son activité professionnelle de " sporadique ", le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet aurait également refusé de régulariser Mme F à titre discrétionnaire s'il ne s'était fondé que sur les deux autres motifs de la décision, non contestés par la requérante, tirés de la circonstance que l'intéressée a fait l'objet d'une condamnation le 24 février 2020 par le tribunal correctionnel de Versailles pour obtention frauduleuse de documents administratifs qui a été inscrite au bulletin n°2 de son casier judiciaire et qu'elle a continué après cette date à se prévaloir frauduleusement d'une nationalité portugaise, qui lui avait notamment permis d'obtenir son emploi d'agent de service.

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

10. Mme F se prévaut de la présence en France de sa mère, de son frère et de sa sœur ayant tous acquis la nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la famille de la requérante réside en Saône-et-Loire quand cette dernière, qui a vécu séparée d'eux pendant la majeure partie de sa vie, habite en région parisienne. Il ressort de ces mêmes pièces que Mme F, qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 28 ans, est célibataire et sans enfant sur le territoire national. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

11. En dernier lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu à égard à ses conséquences sur sa situation personnelle, elle se prévaut des mêmes circonstances déjà examinées aux points 6 et 10. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'éloignement :

12. Dès lors qu'il ne résulte pas des énonciations du présent jugement que la décision de refus de séjour soit entachée d'une illégalité justifiant son annulation, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision d'éloignement par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de justifier des diligences dans la préparation de son départ :

13. Il résulte de ce qui précède que la décision d'éloignement n'est entachée d'aucune illégalité, de sorte que la requérante n'est pas fondée à demander sur ce fondement l'annulation de la décision l'obligeant à remettre son passeport et à se présenter de manière hebdomadaire en préfecture en vue d'informer l'autorité préfectorale des diligences de son départ.

En ce qui concerne la légalité interne de l'interdiction de retour sur le territoire :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision d'éloignement n'est entachée d'aucune illégalité, de sorte que la requérante n'est pas fondée à demander sur ce fondement l'annulation par voie de conséquence de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

16. La décision d'interdiction de retour sur le territoire français énonce les considérations de droit et de fait qui constitue son fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

18. Si la requérante se prévaut de ses liens familiaux avec la France, elle ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 14 juin 2018 à laquelle elle ne s'est pas conformée. Par suite, en fixant à une année la durée de l'interdiction de retour, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Le moyen ne peut ainsi qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement n'implique aucune des mesures d'exécution sollicitées. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante.

Sur les frais liés à l'instance :

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée par Mme F sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le Tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme D et M. E, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

M. DLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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