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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113065

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113065

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantPARAVEMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2021, Mme C A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021, par lequel le directeur du centre hospitalier René Dubos l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 15 septembre 2021 jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination.

Mme A soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle était enceinte, qu'elle bénéficiait à ce titre d'un congé maladie depuis le 17 mai 2021 et qu'elle s'engageait à se vacciner après son accouchement.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2022, le directeur du centre hospitalier René Dubos, représenté par Me Paraveman, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il fait valoir, à titre principal, qu'il n'y a pas lieu de se prononcer sur la requête, dès lors que la décision de suspension n'a pas été appliquée et, à titre subsidiaire, que le moyen soulevé n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n°2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Robert, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A est agent public titulaire au sein du centre hospitalier René Dubos. Par une décision du 15 septembre 2021, le directeur du centre hospitalier René Dubos l'a suspendue de ses fonctions sans traitement jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n°2021-1059 du 7 août 2021. Par la présente requête, Mme A sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Le directeur du centre hospitalier René Dubos soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la légalité de l'arrêté du 15 septembre 2021, dès lors qu'il n'a pas reçu d'exécution pendant les congés maladie et maternité de Mme A et que cette dernière a repris ses fonctions à l'issue de son congé maternité. Toutefois, il n'apporte aucune précision sur la date et les conditions dans lesquelles Mme A a repris ses fonctions. En outre, ces circonstances n'ont pas eu pour effet de faire disparaître de l'ordonnancement juridique l'arrêté du 15 septembre 2021. Par suite, le centre hospitalier René Dubos ne saurait soutenir que les conclusions dirigées contre cet arrêté sont devenues sans objet. L'exception de non-lieu à statuer ainsi opposée en défense ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ; () / II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. () / III. - Le I ne s'applique pas aux personnes chargées de l'exécution d'une tâche ponctuelle au sein des locaux dans lesquels les personnes mentionnées aux 1°, 2°, 3° et 4° du même I exercent ou travaillent. () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. () / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. / () V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. () ". Et aux termes de l'article 14 de cette loi : " () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 41 de la loi visée ci-dessus du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois (). Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions, prévus en application de l'article 42. () / 5° Aux congés de maternité et liés aux charges parentales prévus aux a, b, c, d et e ci-dessous. Durant ces congés, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement, du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence () ".

5. Les dispositions précitées de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 qui permettent à l'employeur d'interdire à un agent public hospitalier soumis à l'obligation vaccinale d'exercer son activité et d'interrompre sa rémunération tant qu'il n'a pas présenté l'un des documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, au B du I de l'article 14 de cette loi, ne trouvent pas à s'appliquer à l'agent qui, placé en congé de maladie à la date d'entrée en vigueur de ces dispositions, n'est pas en mesure d'exercer son activité. Les mesures prévues à l'article 14 de la loi précitée du 5 août 2021 ne peuvent ainsi avoir de conséquences sur sa situation de bénéficiaire d'un congé de maladie et ne peuvent dès lors être légalement exécutées que postérieurement à l'expiration du congé de maladie dont l'agent bénéficie.

6. Mme A, qui est agent public titulaire au sein du centre hospitalier René Dubos, entre dans le champ des dispositions de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 et était, par suite, soumise à l'obligation vaccinale dans les conditions fixées par cette loi, à compter du lendemain de la publication de celle-ci. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date du 15 septembre 2021 à laquelle la décision de suspension de fonctions contestée est intervenue, Mme A était placée en arrêt de travail depuis le 15 mai 2021 en raison d'une grossesse à risque. Ainsi, Mme A, bien que soumise à l'obligation vaccinale, se trouvait à la date de la décision en litige, du fait de son arrêt de travail, dans l'impossibilité d'exercer effectivement son activité et n'était, dès lors, pas tenue de fournir à son employeur les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, au B du I de l'article 14 de cette même loi, avant la reprise effective de son service. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur d'appréciation en tant qu'il l'a suspendue à compter du 15 septembre 2021 et pendant la durée de ses congés de maladie, puis de maternité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2021.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur du centre hospitalier René Dubos.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

D. RobertLe président,

signé

P.-H. d'ArgensonLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2113065

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