Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113146

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme C, qui contestait le refus du préfet des Yvelines de délivrer une carte nationale d'identité à sa fille mineure. Le tribunal a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en considérant qu'il existait un doute suffisant sur la réalité du lien de filiation paternelle, en raison d'une reconnaissance de paternité jugée frauduleuse. La décision s'appuie sur les articles 18 et 316 du code civil, ainsi que sur le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955, et rappelle que l'administration peut refuser un titre d'identité en cas de fraude établie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 21 septembre 2021, enregistrée le 28 septembre 2021 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme D C.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Versailles le 11 août 2021, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision en date du 21 mars 2019 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de délivrer une carte nationale d'identité à sa fille mineure.

Elle soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la réalité du lien de filiation entre M. B A et sa fille est établi.

La requête a été transmise au préfet des Yvelines qui n'a pas produit d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte d'identité ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, rapporteure,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, née le 17 décembre 1994 a déposé une demande de carte nationale d'identité française pour le compte de sa fille, née le 9 juin 2018 à Pontoise. Par une décision du 21 mars 2019, le préfet a refusé de donner suite à cette demande. Mme C demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

2. D'une part, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". L'article 316 du code même code dispose que : " Lorsque la filiation n'est pas établie dans les conditions prévues à la section I du présent chapitre, elle peut l'être par une reconnaissance de paternité ou de maternité, faite avant ou après la naissance. / La reconnaissance n'établit la filiation qu'à l'égard de son auteur. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande ". L'article 4 du même décret dispose que : " I. - En cas de première demande, la carte nationale d'identité est délivrée sur production par le demandeur : () / Lorsque la nationalité française ne ressort pas des pièces mentionnées aux alinéas précédents, elle peut être justifiée dans les conditions prévues au II. / II. - () Lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues aux alinéas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française. "

4. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou d'une carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de carte d'identité ou de passeport.

5. Si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude. Il lui incombe donc de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte nationale d'identité ou du passeport sollicités par ou pour la personne se présentant comme de nationalité française.

6. Pour refuser de délivrer une carte nationale d'identité à la fille mineure de Mme C, le préfet des Yvelines a considéré qu'il existait un doute quant à la réalité du lien de filiation paternelle de cet enfant avec son père français, M. B A, et que la reconnaissance de paternité présentait un caractère frauduleux. Il ressort des pièces du dossier qu'une enquête a été menée pour vérifier la réalité du lien de filiation entre M. B A et la fille mineure de la requérante et que l'audition de ce dernier le 15 novembre 2018 n'a pas permis de lever le doute sur ce lien. Cette tentative d'obtention frauduleuse de titre a été signalée par le préfet de la Loire en application de l'article 40 du code de procédure pénale au procureur de la République de grande instance de Saint Etienne le 22 novembre 2018. Dans ces conditions, alors que la requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir ce lien de filiation, l'autorité administrative, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer qu'il existait un doute suffisant sur la réalité de la filiation de l'enfant Shana B A, et partant sur sa nationalité française, et lui refuser, pour ce motif, la délivrance d'une carte nationale d'identité.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par Mme C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

Signé

T. BertonciniLa greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.