jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2113183 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MACUDZINSKI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2113183 le 13 octobre 2021 et le 23 juin 2023, la société Fiducial Private Security, représentée par Me Laplante, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 février 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. B A pour motif d'insuffisance professionnelle, ensemble la décision implicite de rejet née le 13 août 2021 du silence gardé sur son recours hiérarchique du 12 avril 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 22 octobre 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique née le 13 août 2021, a annulé la décision du 22 février 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé le licenciement de M. A pour motif d'insuffisance professionnelle, et a refusé d'autoriser le licenciement de M. A pour ce motif ;
3°) d'enjoindre au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion d'autoriser le licenciement de M. A pour ce motif ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- la décision du 22 février 2021 et la décision implicite de rejet du recours hiérarchique sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard de l'insuffisance professionnelle de M. A ;
- la décision du 22 octobre 2021 est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'insuffisance professionnelle de M. A.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, M. A, représenté par Me Macudzinski, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Fiducial Private Security la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2023 le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne les décisions du 22 février 2021 et du 13 août 2021 et au rejet du surplus des conclusions.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2115990 le 20 décembre 2021 et le 23 juin 2023, la société Fiducial Private Security, représentée par Me Laplante, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 février 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. B A pour motif d'insuffisance professionnelle, ensemble la décision implicite de rejet née le 13 août 2021 du silence gardé sur son recours hiérarchique du 12 avril 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 22 octobre 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique née le 13 août 2021, a annulé la décision du 22 février 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé le licenciement de M. A pour motif d'insuffisance professionnelle, et a refusé d'autoriser le licenciement de M. A pour ce motif ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions portant refus d'autorisation de licenciement sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard de l'insuffisance professionnelle de M. A.
Par mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2023 M. A, représenté par Me Macudzinski, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Fiducial Private Security la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative pour les mêmes motifs que ceux exposés sous le n° 2113183.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2023 le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne les décisions du 22 février 2021 et du 13 août 2021 et au rejet du surplus des conclusions.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goudenèche, rapporteure,
- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- les observations de Me Laplante représentant la société Fiducial Private Security et de Me Macudzinski représentant M. A, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est employé par la société Fiducial Private Security en contrat à durée indéterminée depuis le 27 novembre 2000 et occupait en dernier lieu les fonctions de chef de site sur le site Dassault Saint-Cloud. Il exerce les mandats de membre du conseil social et économique et de conseiller du salarié. Par une demande du 22 décembre 2020 réceptionnée le même jour, la société requérante a sollicité auprès des services de l'inspection du travail des Hauts-de-Seine l'autorisation de le licencier pour motif d'insuffisance professionnelle. Par une décision du 22 février 2021, l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. A. La société a alors formé, le 12 avril 2021, un recours hiérarchique auprès de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion contre cette décision. Par une décision implicite née le 13 août 2021, cette dernière a rejeté ce recours. Par une décision du 22 octobre 2021, la ministre du travail a retiré sa décision implicite du 13 août 2021, annulé la décision de l'inspectrice du travail du 22 février 2021 et refusé à la société requérante l'autorisation de licencier M. A. Par les présentes requêtes, la société Fiducial Private Security demande l'annulation de ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2113183 et n° 2115990 présentées par la société Fiducial Private Security ont le même objet. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du ministre du travail du 22 octobre 2021 :
3. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement d'un salarié protégé est motivée par son insuffisance professionnelle, il appartient uniquement à l'inspecteur du travail et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé, et si l'insuffisance alléguée est telle qu'elle justifie le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général du droit n'impose d'obligation de reclassement à un employeur qui souhaite licencier un salarié auquel il reproche une insuffisance professionnelle, les dispositions du code du travail ne prévoyant une telle obligation que dans les hypothèses où le licenciement est justifié par un motif économique ou par l'inaptitude du salarié.
4. La société Fiducial Private Security doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen dès lors qu'elle ne se prononce pas sur l'ensemble des motifs invoqués au soutien de sa demande de licenciement de M. A du 22 décembre 2020. Cette demande reposait sur trois motifs : l'insuffisance professionnelle de M. A, la volonté du donneur d'ordre de ne plus voir ce salarié affecté sur son site et enfin le refus opposé par ce salarié à une proposition de poste. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et de la décision attaquée que le refus de proposition de poste n'a été apprécié par l'administration qu'au titre de l'obligation de l'offre de reclassement, obligation non opposable à l'employeur dans le cadre d'un licenciement pour motif d'insuffisance professionnelle, et non en tant que motif fondant la demande de licenciement, tel qu'elle y était pourtant tenue. Par suite, en l'absence d'examen de ce motif de licenciement, le moyen doit être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision du 22 octobre 2021 de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion doit être annulée en tant qu'elle refuse, dans l'article 3 de son dispositif, d'autoriser le licenciement de M. A.
6. Aucun moyen n'est dirigé contre les articles 1er et 2 de la décision litigieuse, portant respectivement retrait de la décision de l'inspectrice du travail du 22 février 2021 et de la décision implicite rejetant le recours hiérarchique de la société Fiducial Private Security. A supposer que la société requérante ait entendu contester ces éléments de la décision du ministre, ses conclusions doivent ainsi être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 22 février 2021 et de la décision implicite du ministre rejetant le recours gracieux de la requérante :
7. Le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable. Il en va toutefois différemment lorsque, faisant usage de la faculté dont il dispose dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, il joint les requêtes pour statuer par une même décision, en tirant les conséquences nécessaires de ses propres énonciations. Dans cette hypothèse, toutes les parties concernées seront, en cas d'exercice d'une voie de recours, mises en cause et celle à laquelle un non-lieu a été opposé, mise à même de former, si elle le souhaite, un recours incident contre cette partie du dispositif du jugement.
8. A ce titre, lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
9. Les conclusions dirigées contre la décision du 22 octobre 2021 du ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion en tant qu'elle retire la décision de l'inspectrice du travail du 22 février 2021 et la décision implicite rejetant le recours hiérarchique de la société Fiducial Private Security ayant été rejetées pour les motifs exposés au point 6, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions des requêtes dirigées contre les deux décisions qu'elle retire.
Sur l'injonction d'office :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
11. L'exécution du présent jugement implique que la demande de la société Fiducial Private Security soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre chargé du travail de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Fiducial Private Security, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Fiducial Private Security et non compris dans les dépens.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 22 février 2021 et de la décision implicite de rejet du ministre chargé du travail.
Article 2 : La décision du 22 octobre 2021 du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion est annulée en tant qu'elle refuse d'autoriser le licenciement de M. A.
Article 3 : Il est enjoint au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion de réexaminer la demande de la société Fiducial Private Security et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision.
Article 4 : L'Etat versera à société Fiducial Private Security la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Fiducial Private Security, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à M. B A.
Copie sera adressée au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.
La rapporteure,
signé
C. GoudenècheLa présidente,
signé
C. Bories
La présidente,
C. Van Muylder
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2113183 et 2115990
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026