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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113190

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113190

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantZANOTTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2021, la société Alcion Group, représentée par Me Aranda, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 août 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. A B ;

2°) d'enjoindre l'inspectrice du travail de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. B ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors que la société n'a pas été en mesure de présenter ses observations ou de fournir toute précision utile à l'instruction du dossier ;

- l'inspectrice du travail a entaché sa décision d'erreur de fait et d'appréciation en considérant que la matérialité des faits n'était pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités conclut au rejet de la requête, estimant qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 10 mars 2022, M. B, représenté par Me Zanotto, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Alcion Group sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 24 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué, rapporteur,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Une note en délibéré a été produite pour M. B le 26 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté le 8 novembre 2006 par la société Alcion Group en qualité d'ingénieur commercial, en contrat à durée indéterminée. Il exerce le mandat de conseiller du salarié. Le 26 mai 2021, la société Alcion Group a demandé à l'inspectrice du travail l'autorisation de licencier M. B pour motif disciplinaire, autorisation qui a été implicitement refusée le 27 juillet 2021. Par une décision explicite du 12 août 2021, l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement. La société requérante demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 1222-1 du code du travail : " Le contrat de travail est exécuté de bonne foi. ". Aux termes de l'article 1103 du code civil : " Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. ". Aux termes de l'article 8 du contrat de travail signé le 8 novembre 2006 par M. B et la société Alcion Group : " le collaborateur devra impérativement faire parvenir à la société, à chaque fin de mois, un compte-rendu d'activité () ".

3. Les salariés qui, en vertu du code du travail, bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail. S'il est envisagé, le licenciement d'un de ces salariés ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent de rechercher si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

4. Il ressort des motifs de la décision litigieuse que l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement sollicité par la société Alcion Group aux motifs que, d'une part, les faits de négligence menant à une inactivité totale tenant à une volonté de ne pas exécuter son contrat de travail et le non-respect des consignes managériales n'étaient pas établis, et que d'autre part les faits relatifs à un comportement hostile et inacceptable envers son manager n'étaient pas matérialisés. La société requérante soutient que M. B ne remplissait pas ses obligations contractuelles, qu'il ne prenait pas de rendez-vous client ou de prospection, qu'il refusait de remplir l'outil CRM de compte rendu de l'activité commerciale, malgré de nombreuses relances de sa hiérarchie, et qu'il n'avait pas rendu compte de son activité au cours des années 2018 à 2021. La société invoque un désinvestissement dans l'exécution de ses missions se traduisant par un refus délibéré et réitéré d'appliquer les consignes de sa hiérarchie.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des statistiques de connexions et de compte-rendu du CRM, que le requérant avait peu d'activité. M. B fait valoir que son activité était existante et matérialisée, et soutient avoir eu plus de saisies d'activité avant 2017 du fait d'un nombre supérieur de comptes clients. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ce constat est démenti par l'activité de 2021, pour laquelle malgré quatre comptes clients, aucune activité comparable à celle de ses collègues n'apparaît au dossier. Enfin, si le requérant invoque une discrimination de la part de sa direction, il ressort des pièces du dossier que ses différentes demandes professionnelles ont été prises en compte, comme la demande en 2019 d'obtenir le compte de la société générale, ou celle en 2020 d'avoir de nouveaux comptes clients dans son portefeuille, ce qu'il a obtenu avec trois nouveaux comptes clients pour l'année suivante.

6. Par ailleurs, M. B conteste l'absence d'exécution des consignes de sa hiérarchie et soutient qu'il aurait mis à jour son outil CRM et fait remonter son activité à sa hiérarchie de façon régulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'employeur de M. B lui a demandé pendant plusieurs années d'utiliser l'outil CRM de reporting, et a effectué des rappels sur ce sujet par mail, lors des réunions d'entreprise, lors des entretiens annuels d'évaluation de 2019 et 2020, à l'occasion de divers recadrages de la part de la DRH ou du directeur de la société. Ces rappels réguliers aux instructions hiérarchiques ont été ponctuellement assortis de renvois aux fiches techniques d'utilisation de l'outil CRM. M. B, cadre en poste depuis plus de douze ans, ne pouvait ignorer les attentes de son employeur à ce sujet et le fonctionnement de l'outil en question. En outre, M. B n'invoque aucun motif justifiant son refus de se conformer aux directives de sa hiérarchie.

7. Il ressort des points 5 et 6 précités que la matérialité des faits reprochés à M. B, à savoir des négligences menant à une faible activité révélant une volonté de ne pas exécuter son contrat de travail avec bonne foi et le non-respect des consignes managériales, doit être regardé comme établie.

8. Eu égard tant à la nature, au caractère répété des manquements et à leur impact significatif sur le fonctionnement de la société Alcion Group qu'à la volonté manifeste de M. B de ne pas se conformer aux directives de sa hiérarchie, et de ne pas utiliser les outils mis à disposition, pour éviter tout " reporting " sur son activité, en méconnaissance des stipulations de son contrat de travail, les fautes relevées au point précédent doivent être regardées comme étant d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 12 août 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'accorder l'autorisation de licencier M. B pour motif disciplinaire est entachée d'erreur d'appréciation. Il y a lieu, pour ce seul motif et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Les motifs du présent jugement impliquent seulement qu'il soit enjoint à l'inspectrice du travail de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement présentée par la société Alcion Group, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à la société Alcion Group. Les mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit à la charge de la société Alcion Group, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du 12 août 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'inspectrice du travail de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement présentée par la société Alcion Group, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à la société Alcion Group au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Alcion Group, à M. B et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie sera adressée à la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme C et M. Bourragué, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023

Le rapporteur,

signé

S. Bourragué La présidente,

signé

C. Van Muylder La rapporteure,

M. C La présidente,

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2113190

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