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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113244

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113244

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCHEMLALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 octobre 2021, M. A C et Mme B D, représentés par Me C, avocate, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 16 août 2021, déclarant insalubre remédiable le pavillon situé 41 rue Claude Bernard, à Gennevilliers ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'erreurs de fait, dès lors que le logement était en bon état lors de l'état des lieux réalisés le 21 octobre 2017 et que les désordres relevés par le préfet des Hauts-de-Seine sont imputables au locataire ;

- est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'ils n'ont pas loué le logement en litige avec un sous-sol habitable et que le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait donc pas leur reprocher d'avoir méconnu les dispositions des articles L. 1331-22 du code de la santé publique, 27-1 et 27-2 du règlement sanitaire départemental des Hauts-de-Seine.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens de la requête de M. C et Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- le règlement sanitaire départemental des Hauts-de-Seine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Prost, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M C et Mme D sont propriétaires d'un pavillon situé 41 rue Claude Bernard, à Gennevilliers qu'ils ont donné en location le 17 octobre 2017. À la suite d'un signalement d'insalubrité du locataire, en date du 8 juillet 2021, adressé à la mairie de Gennevilliers, des visites du 19 mai et 12 juillet 2021 du service communal d'hygiène et de santé de la commune de Gennevilliers, du rapport d'enquête établi le 16 juillet 2021 par le laboratoire central de la préfecture de police et du rapport, en date du 15 juillet 2021, du service communal d'hygiène et de santé de la commune de Gennevilliers, la commission départementale de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques des Hauts-de-Seine a émis un avis d'insalubrité remédiable à l'unanimité. Par un arrêté, en date du 16 août 2021, notifié le 19 août 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a déclaré le logement insalubre remédiable et prescrit les travaux nécessaires pour y remédier. Les requérants demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre () ". Aux termes de l'article L. 1331-23 du même code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". Aux termes de l'article L. 511-4 de ce code : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : () 2° Le représentant de l'Etat dans le département dans le cas mentionné au 4° du même article ". Aux termes de l'article L. 511-8 du code précité : " La situation d'insalubrité mentionnée au 4° de l'article L. 511-2 est constatée par un rapport du directeur général de l'agence régionale de santé ou, par application du troisième alinéa de l'article L. 1422-1 du code de la santé publique, du directeur du service communal d'hygiène et de santé, remis au représentant de l'Etat dans le département préalablement à l'adoption de l'arrêté de traitement d'insalubrité () ". Aux termes de l'article L. 511-11 du même code : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif () ".

3. D'autre part, l'article 27-1 du règlement sanitaire départemental des Hauts-de-Seine dispose : " L'interdiction d'habiter dans les caves, sous-sols, combles et pièces dépourvues d'ouverture est précisée dans l'article L. 43 du code de la santé ". Aux termes de l'article 27-2 du même règlement : " Les pièces affectées à l'habitation doivent présenter les caractéristiques suivantes : / a) Les murs ainsi que le sol doivent assurer une protection contre l'humidité, notamment contre les remontées d'eaux telluriques ; / b) L'éclairement naturel au centre des pièces principales doit être suffisant pour permettre, par temps clair, l'exercice des activités normales de l'habitation, sans recourir à un éclairage artificiel. A cet effet, la pièce doit être munie de baies donnant sur un espace libre. / c) La superficie d'un logement au sens du décret du 14 juin 1969 doit être au moins de 9 m2 pour un logement d'une personne, 11 m2 pour 2 personnes et 5 m2 par personne au-delà. / Tout logement doit comprendre une pièce de 9 m2 au moins, cette superficie étant calculée sans prise en compte des salles de bains ou de toilette ni des parties formant dégagement ou cul-de-sac d'une largeur inférieure à 2 m. ".

4. Le recours dont dispose le propriétaire d'un logement contre la décision par laquelle l'autorité préfectorale déclare ce logement insalubre est un recours de pleine juridiction. Il appartient dès lors au juge de se prononcer sur le caractère impropre à l'habitation du logement en cause en prenant en compte l'ensemble des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il statue.

5. Il résulte de l'instruction que la commission départementale de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques des Hauts-de-Seine qui a émis, le 29 juillet 2021, un avis favorable, à l'unanimité, à la déclaration d'insalubrité remédiable du logement ici en cause, s'est appuyée sur un rapport, en date du 29 juillet 2021, du service communal d'hygiène et de santé de la commune de Gennevilliers, à la suite des visites effectuées sur les lieux les 20 mai et 12 juillet 2021. Ce rapport fait état de plusieurs causes de l'insalubrité, tenant en particulier à la présence d'humidité et de moisissures dans la pièce de vie et le sous-sol du logement, d'une infiltration au niveau de la toiture et de fils électriques non protégés, ainsi qu'au dysfonctionnement du disjoncteur différentiel 30 mA et du disjoncteur de branchement 500 mA, à l'existence d'anomalies au niveau du tirage de la chaudière, à l'aménagement du sous-sol en chambre et à un éclairement insuffisant de cette pièce.

6. M. C et Mme D soutiennent que les désordres relevés sont imputables au locataire, dès lors que l'état des lieux d'entrée dans le logement ne faisait état d'aucun de ces désagréments. Toutefois, il résulte de l'instruction, outre que le procès-verbal précité mentionnait expressément que la chaudière était " en panne (prévu changement neuf avant l'entrée du locataire) ", que les requérants ne contestent pas utilement les constats effectués par le rapport d'enquête établi le 16 juillet 2021 par le laboratoire central de la préfecture de police qui concluait au fait que " l'installation n'est pas réglementaire et présente un risque potentiel d'intoxication oxycarbonée pour les occupants du logement " et ne justifie aucunement avoir réalisé les réparations nécessaires. Il résulte également de l'instruction que les requérants admettent leur responsabilité quant à l'entretien de la toiture et ne font valoir aucune contestation sérieuse quant à la nécessaire remise aux normes des dysfonctionnements électriques relevés dans le rapport mentionné au point 5. Enfin si M. C et Mme D font valoir qu'ils n'ont jamais loué leur pavillon avec une chambre en sous-sol, il résulte de l'instruction que le procès-verbal d'état de lieux faisait état d'une superficie du logement d'environ 50 m² correspondant à la prise en compte de la pièce située au sous-sol et accessible depuis le logement, méconnaissant en cela les dispositions du règlement sanitaire départemental des Hauts-de-Seine. Enfin, s'ils font état d'un plan d'action visant à effectuer les travaux, les requérants ne justifient nullement avoir remédié à ces infractions. Par suite, les erreurs de faits alléguées ne peuvent qu'être, à la date du présent jugement, écartées.

7. M. C et Mme D soutiennent que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de droit en faisant application des dispositions du code de la santé publique et du règlement sanitaire départemental des Hauts-de-Seine, dès lors qu'ils n'ont pas loué leur logement avec un sous-sol habitable. Toutefois, ainsi qu'il vient d'être dit, il résulte de l'instruction que la pièce en sous-sol avait été refaite à neuf et était directement accessible depuis le logement. Enfin, les requérants ne produisent aucune pièce à même de justifier qu'ils ont effectué les travaux résultant de ces constats et notamment condamné l'accès au sous-sol depuis le logement, à la date du présent jugement.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de de l'État, n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et Mme B D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

F.-X. PROST

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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