vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2113309 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GENIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 28 octobre 2021, Mme E D, représentée par Me Geniés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a octroyé le concours de la force publique à la SCP d'huissiers Pybourdin pour procéder à son expulsion du logement qu'elle occupe à Gennevilliers 2, rue Pierre Timbaud à Gennevilliers ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'aucun commandement de quitter les lieux ne lui a été remis ;
- elle est prématurée au regard des dispositions de l'article L. 412-1 du code de procédure civile d'exécution, dés lors qu'elle n'a été destinataire d'aucun commandement à quitter les lieux ;
- les diligences accomplies par l'huissier sont insuffisantes dès lors que :
* sa boite aux lettres a été enlevée à la demande de son bailleur ;
* l'huissier ne pouvait se contenter de faire lecture du commandement de quitter les lieux au gardien de son immeuble ;
* elle n'a pas pu saisir le juge de l'exécution ;
* elle a subi trois expulsions illégales ;
* son bailleur est de mauvaise foi ;
- aucune solution de relogement ne lui a été proposée et aucun diagnostic social n'a été effectué ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'absence de relogement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Un mémoire, non communiqué, présenté par Mme D a été enregistré le 15 novembre 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegardes des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Edert a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a conclu avec Mme A un bail d'habitation avec prise d'effet au 11 octobre 2015, portant sur un appartement situé 52 rue Pierre Timbaud à Gennevilliers. Par un arrêt en date du 26 mai 2020, la cour d'appel de Versailles a prononcé l'expulsion de Mme D, ainsi que celle de tous occupants de son chef, des lieux sis 52, rue Pierre Timbaud à Gennevilliers. Par courrier en date du 28 septembre 2021, la préfecture des Hauts-de-Seine a informé Mme D de l'octroi de la force publique à la SCP d'huissiers Pybourdin afin de procéder à son expulsion à compter du 4 octobre 2021. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution en vigueur : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire statuant sur la demande d'expulsion ou sur la demande de délai pour quitter les lieux et telles que l'exécution de l'expulsion serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, ou ayant statué sur la demande de délai pour quitter les lieux, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B C, préfète déléguée à l'égalité des chances auprès du préfet des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait, par un arrêté PCI n°2021-045 du 12 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département des Hauts-de-Seine le 13 juillet suivant, d'une délégation à l'effet de signer pour l'exercice des missions définies ou confiées à l'article 1er qui mentionne notamment la conduite de la politique publique de l'habitat, " tous arrêtés, décisions, actes et correspondances autres que les décisions attributives de subvention () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 411-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Sauf disposition spéciale, l'expulsion d'un immeuble ou d'un lieu habité ne peut être poursuivie qu'en vertu d'une décision de justice ou d'un procès-verbal de conciliation exécutoire et après signification d'un commandement d'avoir à libérer les locaux ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code des procédures civiles d'exécution alors en vigueur " Si l'expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7. () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux à peine de suspension du délai avant l'expiration duquel l'expulsion ne peut avoir lieu, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion doit en informer le représentant de l'État dans le département en vue de la prise en compte de la demande de relogement de l'occupant dans le cadre du plan départemental d'action pour le relogement des personnes défavorisées prévu par la loi n°90-449 du 3 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement ".
5. Il résulte de ces dispositions que le concours de la force publique ne peut être légalement accordé avant l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la réception par le préfet du commandement d'avoir à quitter les lieux antérieurement signifié à l'occupant.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le commandement d'avoir à libérer les lieux dans un délai de deux mois été signifié à Mme D le 29 juillet 2020. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que ce commandement joint à la demande de réquisition d'assistance de la force publique, a été adressé le 5 octobre 2020 au préfet des Hauts-de-Seine par l'huissier instrumentaire. Le concours de la force publique a été octroyé par le préfet des Hauts-de-Seine le 28 septembre 2021 soit au delà du délai de deux mois prescrit par les dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure et du caractère prématuré de la demande de concours de la force publique dont serait entachée la décision attaquée doivent être écartés.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / () ".
8. Les dispositions de l'article R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution, prévoyant que la réquisition est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier a procédé et des difficultés d'exécution, ont pour objet non d'habiliter le préfet à porter une appréciation, qui n'appartient qu'à l'huissier, sur la nécessité de demander le concours de la force publique, mais de l'éclairer, le cas échéant, sur la situation et sur les risques de troubles que l'expulsion peut comporter. Par suite le moyen tiré de ce que le commissaire de justice n'aurait pas accompli toutes les diligences requises doit être écarté.
9. En quatrième lieu, si Mme D fait valoir qu'elle n'a bénéficié d'aucune solution de relogement, malgré l'enquête sociale et l'enquête de police, cette circonstance est sans incidence sur la décision attaquée.
10. En cinquième lieu, Mme D fait valoir qu'elle a été humiliée et anéantie moralement par les agissements de son bailleur, que le logement est indécent et qu'elle n'a pas été relogée. Toutefois le comportement de son bailleur a fait l'objet d'une condamnation et les circonstances invoquées ne peuvent faire regarder l'expulsion du logement irrégulièrement occupé comme susceptible d'attenter à sa dignité ni comme l'empêchant de mener une vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas fait une appréciation manifestement erronée de la situation de Mme D en accordant le concours de la force publique en vue de procéder à son expulsion.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée dans toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironet conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La présidente-rapporteure,
S. Edert
L'assesseure la plus ancienne
E. ChaufauxLa greffière,
K. Nabunda
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026