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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113485

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113485

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantKHIAT-COHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 octobre 2021 et le 2 février 2022, M. B A, représenté par Me Khiat Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de refus du préfet des Hauts-de-Seine du 29 septembre 2021 d'examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'examiner sa demande de titre de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard sur le fondement des dispositions des articles L.911- 1 et L.911-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi que la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus d'enregistrement de sa demande est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'interdiction de retour sur le territoire n'interdit pas l'examen d'une demande de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Lerapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien, né le 13 juin 1987, a fait l'objet le 12 octobre 2019 d'une obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet de police de Paris, puis d'une assignation à résidence. Le 2 septembre 2021, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, que le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'examiner par décision du 29 septembre 2021. Par la requête susvisée, il demande l'annulation de ce refus d'examiner sa demande.

Sur la demande d'annulation de la décision de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Le simple fait que l'étranger soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser.

4. Pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. A, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que, dès lors qu'il n'avait pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 12 octobre 2019 par le préfet de police de Paris, il ne pouvait examiner sa nouvelle demande de titre de séjour. En se fondant sur un tel motif, sans rechercher si la nouvelle demande de titre de séjour présentait un caractère abusif ou dilatoire, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de droit.

5. Toutefois l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondée sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Le préfet des Hauts-de-Seine qui doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs, fait valoir que la demande de M. A présentait un caractère dilatoire et ne visait qu'à faire échec à son éloignement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour présentée par M. A, intervenant par ailleurs près de deux ans après l'édiction de l'obligation de quitter le territoire du 12 octobre 2019, était une première demande d'admission exceptionnelle au séjour, au soutien de laquelle le requérant faisait état d'une activité professionnelle et d'attaches sur le territoire français. Par suite, cette demande ne revêtait pas un caractère abusif ou dilatoire, en dépit du non-respect par l'intéressé des mesures d'éloignement et d'assignation à résidence dont il avait fait l'objet. Ainsi, le nouveau motif opposé par le préfet des Hauts-de-Seine en cours d'instance n'est pas de nature à fonder la décision litigieuse.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens présentés par M. A, que celui-ci est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 septembre 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

9. Le présent jugement implique que le préfet des Hauts-de-Seine enregistre la demande de titre de séjour de M. A en vue de l'instruire. Il y a donc lieu de prescrire au préfet de procéder à cet enregistrement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée par M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L .761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. C et M. Viain, premiers conseillers ;

assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C.HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2113485

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