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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113495

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113495

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAGDELAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 octobre 2021 et le 28 septembre 2022, M. F C, représenté par Me Magdelaine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un certificat de résident, l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer une carte temporaire de résident d'une durée d'un an ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'un vice de compétence ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leur famille du 27 décembre 1968 ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,

- et les observations de Me Lemichel, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C ressortissant algérien, né le 21 août 1976, déclare être entré en France, le 14 août 2014. Par un arrêté du 27 septembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit d'y retourner pendant une année. M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme B A, cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté PCI n° 2021-058 du préfet des Hauts-de-Seine du 1er septembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

4. M. C soutient qu'il réside habituellement en France depuis sept ans, qu'il est marié avec une ressortissante française et que sa présence est indispensable au côté de son père, âgé et malade. Toutefois et d'une part, M. C, qui n'apporte aucune pièce permettant d'établir l'existence d'une vie commune avec son épouse depuis son mariage, est sans charge de famille en France. D'autre part, les certificats médicaux produits par le requérant, peu circonstanciés sur la nature et l'ampleur des infirmités affectant le père du requérant, sont insuffisants à établir la nécessité pour ce dernier de bénéficier d'une assistance quotidienne dans l'accomplissement des actes de la vie courante, ni, a fortiori, l'impossibilité pour les frères et sœurs de M. C, résidant dans le même département que leur père, de lui apporter cette assistance dont il pourrait avoir besoin. Ainsi, la seule circonstance que ce dernier et plusieurs de ses frères et sœurs résident régulièrement en France est insuffisante à établir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en refusant de l'admettre au séjour. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que ce code s'applique " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 précité régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ces ressortissants peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. L'accord franco-algérien ne contient aucune disposition équivalente à celle prévue à l'article L. 435-1 permettant d'admettre exceptionnellement au séjour un ressortissant étranger en situation irrégulière. Le requérant ne peut donc utilement soutenir que le préfet, qui au demeurant n'a pas examiné sa demande au regard des dispositions de cet article du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a méconnu ces dispositions et le moyen, inopérant, ne peut qu'être écarté.

6. A supposer que le requérant soit regardé comme soutenant que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en refusant de lui délivrer, à titre exceptionnel, un titre de séjour, l'exercice d'une activité professionnelle pendant quelques mois entre août 2020 et février 2021 ne caractérise pas un motif exceptionnel justifiant que le préfet fasse usage du pouvoir de régularisation qu'il détient même sans texte pour l'admettre au séjour en qualité de salarié. S'agissant par ailleurs d'une régularisation au titre de la vie privée et familiale, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'un tel motif n'est pas davantage établi.

7. Il résulte de ce qui précède tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même soutenu, que sa présence sur le territoire français représenterait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que l'interdiction de retour litigieuse est entachée d'erreur d'appréciation et, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à son encontre, à en obtenir l'annulation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2021 en tant que le préfet des Hauts-de-Seine lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune des mesures d'exécution sollicitées. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. C de la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le Tribunal décide :

Article 1er : La décision du préfet des Hauts-de-Seine du 27 septembre 2021 faisant à M. C interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.

Article 2: L'État versera à M. C la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme D et M. E, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

M. DLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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