mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2113520 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | CABRAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Cabral, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle la directrice des ressources humaines du centre hospitalier René Dubos de Pontoise l'a suspendue de ses fonctions sans traitement ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier René Dubos de Pontoise, d'une part, de lui verser la rémunération qui lui est due au titre de son congé de maladie sur la période courant du 15 septembre 2021 au 30 septembre 2021, et d'autre part, de procéder à la reconstitution de sa carrière pour la période durant laquelle elle a été suspendue de ses fonctions (congés payés, droits acquis au titre de son ancienneté, prise en compte de son avancement) et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier René Dubos de Pontoise la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner le centre hospitalier René Dubos de Pontoise aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- A titre principal, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, contrevenant aux objectifs du législateur et constituant une atteinte manifeste au droit à l'emploi et à la liberté d'entreprendre, dès lors que les agents en congé de maladie à la date du 15 septembre 2021, après la date d'entrée en vigueur de la loi du 5 août 2021, n'assurent aucun service effectif et ne représentent ainsi aucun risque de contamination ;
- A titre subsidiaire, elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les agents suspendus pour défaut de production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination demeurent maintenus en position d'activité et disposent du droit au maintien de leur traitement, de leurs congés payés, des droits acquis au titre de leur ancienneté et des droits à avancement ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le centre hospitalier René Dubos de Pontoise représenté par Me Paraveman, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête et à titre subsidiaire, à son rejet au fond.
Il fait valoir que :
- A titre principal, il n'y a pas lieu de se prononcer sur la requête dès lors que la décision de suspension n'a pas été appliquée pendant le congé de maladie de la requérante et que celle-ci a continué à bénéficier de ses droits à rémunération, à avancement et à congé du fait de sa position de congé de maladie ;
- A titre subsidiaire, les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n°2023-368 du 13 mai 2023 ;
- le décret n°2021-1059 du 7 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur,
- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, infirmière titulaire de classe supérieure, exerce ses fonctions au service de soins palliatifs du centre hospitalier René Dubos de Pontoise. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 3 août 2021 puis prolongée jusqu'au 30 septembre 2021. Par une décision du 15 septembre 2021, la directrice des ressources humaines du centre hospitalier René Dubos de Pontoise a suspendu l'intéressée de ses fonctions sans traitement jusqu'à la production par cette dernière d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n°2021-1059 du 7 août 2021 modifiant le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire et a décidé que cette période de suspension ne pourrait pas être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée de ses congés payés et de ses droits acquis au titre de son ancienneté, ni prise en compte au titre de son avancement. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 15 septembre 2021.
Sur l'exception de non-lieu à statuer en défense :
2. En défense, le centre hospitalier René Dubos de Pontoise fait valoir que la décision litigieuse n'a jamais été exécutée pendant le congé de maladie de la requérante et que cette dernière a continué à bénéficier de ses droits à rémunération, à avancement et à congé et qu'elle n'a ainsi produit aucun effet et ne lui a pas fait grief. Pour autant, cette circonstance n'a pas pour effet de faire disparaître de l'ordonnancement juridique la décision en litige. Par suite, le centre hospitalier ne saurait soutenir que les conclusions de la requête sont devenues sans objet. L'exception de non-lieu à statuer ainsi opposée en défense ne peut, en tout état de cause, être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".
4. D'autre part, aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Et aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. À défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".
5. Il résulte des dispositions précitées que contrairement aux affirmations de Mme A, la mesure de suspension prévue par ces dispositions ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination des droits à congés payés et n'entre pas dans le calcul de l'ancienneté. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit et du détournement de pouvoir doivent être écartés.
6. Par ailleurs, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les objectifs poursuivis par le législateur, lequel, a prévu la suspension des fonctions ou du contrat de travail, sans traitement, de tout agent public exerçant ses fonctions dans certaines catégories d'établissements qu'il a exhaustivement listés et ne justifiant pas, au 15 septembre 2021, être vacciné contre la Covid-19 ou d'une contre-indication médicale à cette vaccination. Il a en outre prévu que l'agent peut lui-même mettre un terme à cette suspension en souscrivant à ce protocole vaccinal. Ce faisant, le législateur n'a pas privé les agents publics concernés du droit d'obtenir un emploi et n'a pas porté atteinte à l'exercice de ce droit, mais a seulement encadré les conditions dans lesquelles ces agents peuvent, dorénavant, exercer leur emploi. La requérante, placée en congé de maladie, n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que la décision en litige constitue une atteinte au droit à l'emploi et à la liberté d'entreprendre.
7. Néanmoins, si le directeur d'un établissement de santé publique peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
8. En l'espèce, il est constant que Mme A était en congé de maladie ordinaire du 3 août 2021 au 30 septembre 2021. Dans ces conditions, à la date de la décision litigieuse, la requérante se trouvait en congé de maladie de sorte que la mesure contestée ne pouvait entrer en vigueur. Par suite, elle est fondée à soutenir que l'arrêté du 15 septembre 2021 est entaché d'une erreur de droit en tant qu'il prend effet au 15 septembre 2021.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2021, en tant seulement qu'il prend effet au 15 septembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. En l'espèce, il est constant que l'arrêté de suspension n'a pas été exécuté. Or, à la date du présent jugement, l'obligation vaccinale a été suspendue par le décret n°2023-368 du 13 mai 2023 relatif à la suspension de l'obligation de vaccination contre la covid-19 des professionnels et étudiants. Par conséquent, dans les circonstances de l'espèce, les conclusions aux fins d'injonction sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier René Dubos de Pontoise, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, soit condamné à verser à Mme A la somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens. Enfin, la présente instance ne comportant aucun dépens, les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Pontoise du 15 septembre 2021 est annulé en tant qu'il prévoit une date d'entrée en vigueur au 15 septembre 2021.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier René Dubos de Pontoise.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
M. Jacquelin, premier conseiller ;
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
G. Jacquelin
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
H. Mofid
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2113520
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026