mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2113529 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DIEUDONNE DE CARFORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2021, M. B, représenté par Me Dieudonne de Carfort, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé, à tort, lié par l'avis de la direction la direction régionale de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) du Val-d'Oise alors qu'il n'était pas tenu de consulter cette direction au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît la circulaire NOR : INTK1229185C du 28 novembre 2012 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Une pièce complémentaire enregistrée le 5 novembre 2021 a été produite pour M. B.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Louvel, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, né le 23 avril 1983, expose être entré en France au mois de février 2015 et s'y être maintenu depuis en situation irrégulière. Le préfet du Val-d'Oise a, par l'arrêté attaqué du 28 septembre 2021, rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté dont l'annulation est demandée est revêtu de la signature de Mme D E, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise. Par l'arrêté n° 21-008 du 31 mars 2021, régulièrement publié le 1er avril 2021 au recueil des actes administratifs de l'État dans le Val-d'Oise, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A, directeur, " toute obligation de quitter le territoire français (OQTF) () tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour () ". Il n'est pas établi, ni même allégué, que M. A n'était pas absent ou empêché lorsque l'arrêté a été signé. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et obligeant M. B à quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent les fondements tant de la décision de refus de titre de séjour que de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.
4. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles () ". Aux termes de l'article de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". En vertu de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce code s'applique sous réserve des conventions internationales.
5. Les stipulations susmentionnées de l'article 3 de l'accord franco-marocain régissent l'intégralité des conditions dans lesquelles un titre de séjour portant la mention " salarié " est délivré aux ressortissants marocains. Ces stipulations font, dès lors, obstacle à l'application, aux ressortissants marocains, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelées au point 3, en tant qu'elles prévoient la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salarié ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, en tant qu'elles concernent la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", doit être écarté comme inopérant.
6. Si les ressortissants marocains ne peuvent pas se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", ils peuvent, en revanche, se prévaloir des dispositions de cet article à l'appui d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
7. En premier lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Val-d'Oise s'est cru lié par l'avis émis par la direction régionale des entreprises, de la concurrence et de la consommation, du travail et de l'emploi, le 23 avril 2021, sur la demande d'autorisation de travail présentée par la société Atalian en faveur du requérant pour un emploi d'agent de service.
8. En second lieu, M. B fait valoir qu'il séjourne habituellement en France depuis cinq ans à la date de l'arrêté attaqué et qu'il a toujours travaillé depuis l'année 2012, comptabilisant plus de trente-deux mois de travail comme agent d'entretien ainsi qu'il en justifie par les fiches de paie qu'il produit. Toutefois, ainsi que le relève l'arrêté attaqué, le métier d'agent d'entretien n'est pas un métier sous tension et la SARL Steb au profit de laquelle M. B soutient avoir travaillé de mars 2018 à 2019 a été reconnue par le tribunal correctionnel de Pontoise dans un jugement du 12 novembre 2020 comme une société fictive ayant fourni de faux kits employeurs pour faciliter la régularisation d'étrangers en situation irrégulière. Il ressort par ailleurs de la fiche de situation familiale signée par l'intéressé le 7 mai 2019, qu'il est célibataire, sans enfant à charge en France, et qu'il dispose d'attaches au Maroc, où résident notamment ses parents ainsi que ses frères et sœurs. Dans ces conditions, et alors même qu'il justifie bénéficier d'une promesse d'embauche de la société Atalian, au profit de laquelle il travaille en qualité d'agent de service à temps plein depuis le mois de novembre 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'admission au séjour en France de M. B répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tant qu'elles concernent la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", doit être écarté.
9. M. B ne peut utilement, par ailleurs, se prévaloir de la méconnaissance des énonciations de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, lesquelles ne créent aucune ligne directrice susceptible d'être invoquée devant le juge de l'excès de pouvoir.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 ci-dessus, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Au regard des circonstances mentionnées plus haut sur les attaches du requérant sur le territoire français, les moyens tirés de ce que le préfet du Val-d'Oise a en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B et en l'obligeant à quitter le territoire français entaché son appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle de l'intéressé d'une erreur manifeste, doivent être écartés.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les conclusions à fin d'annulation de M. B devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Louvel, premier conseiller,
M. Baude, premier conseiller.
Assistés de Mme Le Gueux, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le rapporteur,
signé
T. Louvel
Le président,
signé
P. ThierryLa greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2113529
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026