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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113532

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113532

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème Chambre
Avocat requérantSCP ARLAUD AUCHER-FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, d'une part, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et d'autre part, de lui délivrer une autorisation de travail dans un délai de quinze jours suivant la notification de ce jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 425-1 de ce même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, non communiqué, enregistré le 30 juin 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 13 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Probert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de la République démocratique du Congo (RDC), né le 14 septembre 1975, est entré en France le 27 février 2012, selon ses déclarations. Il a sollicité le 15 février 2019 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 6 octobre 2021, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai.

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué fait état de la demande d'admission au séjour du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique notamment que l'intéressé ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre sa régularisation en qualité de salarié ou au titre de sa vie privée et familiale. La décision en litige, qui n'avait pas à comporter l'ensemble des éléments portés par l'intéressé à la connaissance du préfet relatifs à son insertion professionnelle et à sa vie privée et familiale, comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, elle est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier aliéna de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. D'une part, la seule durée de séjour en France alléguée par l'intéressé, qui ne justifie d'aucune attache privée et familiale en France et qui ne conteste pas avoir indiqué ne pas être dépourvu de liens privés ou familiaux dans son pays d'origine, ne lui permet pas de justifier de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour. D'autre part, si M. B indique avoir cumulé depuis le dépôt de sa demande quatre mois de fiches de paie, il n'en justifie pas. En tout état de cause, une telle durée de travail en France ne lui permet pas d'y justifier d'une expérience professionnelle significative. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'autorité préfectorale n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant en refusant de prononcer son admission exceptionnelle au séjour.

6. En troisième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que la décision attaquée n'a pas porté une atteinte excessive à la vie privée et familiale de M. B au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ait sollicité son admission au séjour sur le fondement des anciennes dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'article L. 423-23 du même code. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, qui est inopérant et au demeurant non fondé compte tenu de ce qui vient d'être dit, doit être écarté.

8. En cinquième lieu, M. B ne justifie pas avoir sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De surcroît, l'intéressé ne justifie pas de la détention préalable d'une autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

9. En dernier lieu, compte tenu des éléments relatifs à la vie privée et familiale de l'intéressé et à son insertion professionnelle, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation du requérant.

10. Il résulte des points 2 à 9 que les conclusions tendant à l'annulation du refus de tire de séjour doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision contestée, qui fait suite à une décision portant refus de séjour, indique que l'intéressé est célibataire, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses trois enfants, sa mère et sa fratrie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans, et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. La décision comporte ainsi les motifs de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Par suite, elle est suffisamment motivée.

12. En deuxième lieu, compte tenu des attaches privées et familiales limitées de l'intéressé en France, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. En dernier lieu, il résulte des deux points qui précèdent que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

M. Probert, premier conseiller,

M. Weiswald, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

L. Probert La présidente,

signé

S. MégretLe greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°211353

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